Le patriarche Job naquit dans la terre de Hus, pays situé entre l’Idumée et l’Arabie, vers l’an 1700 avant Jésus-Christ.

Il était un modèle de vertus, craignant Dieu, élevant ses enfants dans la piété. Le Seigneur, qui se plaisait lui-même à rendre témoignage de la sainteté de son serviteur, permit au démon de lui faire subir les épreuves les plus terribles, à condition qu’il lui laisserait la vie sauve. Aussitôt toute sa fortune, qui était considérable, disparaît ; ses enfants périssent écrasés sous les ruines d’une maison, et ces tristes nouvelles lui sont apportées l’une après l’autre, sans le moindre intervalle. À chacune, Job se contente de répondre : Dieu me les avait donnés, Dieu me les a ôtés, il n’est arrivé que ce qui lui a plu ; que son saint nom soit béni. Le démon, vaincu par cette patience héroïque, l’affligea dans son corps en lui envoyant une lèpre hideuse, qui l’infecta de la tête aux pieds. Job, repoussé de la société de ses semblables, se vit réduit à se confiner sur un fumier, et à râcler avec un morceau de pot cassé le pus qui sortait de ses plaies. Sa femme, la seule personne de sa famille que le démon lui avait laissée, vint ajouter à ses maux en lui reprochant sa piété, qui ne lui avait servi de rien, et en insultant à son infortune. Job, pour toute réponse, lui dit : Puisque nous avons reçu des biens de la main de Dieu, pourquoi n’en recevrions-nous pas aussi des maux ?

Trois de ses amis vinrent le visiter et furent pour lui des consolateurs d’autant plus importuns, qu’ils confondaient les maux que le Seigneur envoie aux justes pour les éprouver avec ceux qu’il inflige aux méchants pour les punir, et ils s’efforcèrent de lui prouver que s’il souffrait, c’est qu’il l’avait mérité. Job se justifie avec calme et modération, et Dieu lui-même prend en main la cause de son serviteur, fait éclater son innocence, lui rend d’autres enfants, des biens plus qu’il n’en avait perdus, et le guérit de sa lèpre. Après une longue carrière, il mourut vers l’an 1500 avant Jésus-Christ, âgé de plus de deux siècles. Quelques auteurs ont prétendu que Job était un personnage imaginaire, et que le livre qui porte son nom était moins une histoire qu’une fiction ; mais celte opinion est contredite par l’autorité d’Ezéchiel et de Tobie, qui parlent de lui comme d’un personnage qui a réellement existé ; l’apôtre saint Jacques, qui le propose comme un modèle de patience, combat aussi ce sentiment qui à contre lui toute la tradition, tant celle des Juifs que des Chrétiens. Le livre de Job est écrit en vers dans l’original ; aussi est-il étincelant de beautés poétiques du premier ordre.

Personne (hors ceux qui ont voulu prendre Job pour un personnage parabolique) n’a douté qu’il n’eut été enterré dans son pays ; mais tout le monde n’a point été d’accord touchant ce qui est arrivé à son corps. Entre ceux qui estiment que jamais il ne fut remué du lieu de la sépulture, quelques-uns prétendent que son tombeau s’est conservé jusqu’en ces derniers siècles aux extrémités de l’Idumée, où ils mettent la terre de Hus, près de Bosra, ville de l’Arabie Pétrée, et où s’étendait autrefois le partage de la tribu de Manassès. L’on montre encore aux voyageurs et aux pèlerins de notre temps une pyramide que l’on dit avoir été érigée près de ce tombeau, pour y servir de monument à la postérité, selon que les anciens avaient coutume d’en user. D’autres ont prétendu que l’on avait transporté son corps à Constantinople. Il est vrai que l’on voyait en cette ville, dans le vie siècle, une église et un monastère du nom de Job, dont les archimandrites ou abbés le faisaient considérer par leur mérite ; mais l’histoire ne dit pas que les reliques de Job aient donné lieu à la construction de ces édifices. Aussi cette opinion de la translation du corps de Job à Constantinople semble être fondée sur une erreur qui, dans les siècles postérieurs, a fait prendre pour le saint homme Job un sarrasin ou arabe de ce nom, mahométan de religion, qui fut tué au siège de Constantinople l’an 672, et qui fut enterré au pied des murailles de la ville. C’est du tombeau de ce dernier qu’est venu le nom d’un faubourg de Constantinople, appelé Job, plutôt que du monastère du saint homme Job, quoique les Turcs aussi bien que les Chrétiens du quartier se soient laissé persuader du contraire.

Les prétentions de ceux de l’Occident sur les reliques de Job ne paraissent pas avoir plus de fondement. Ceux qui veulent qu’elles fussent à Rome dès le VIIe siècle, ont négligé de nous dire quand et comment elles y étaient venues. Ils n’ont avancé cela que pour avoir le plaisir de feindre que Rotharis, roi des Lombards, qui régna depuis 638 jusqu’en 653, fit transporter de Rome à Pavie les corps de Job, des deux Tobies, de la jeune Sara et de beaucoup d’autres Martyrs de la loi nouvelle. On les déposa, dit-on, dans l’église de Saint-Jean-Baptiste, et elles furent exposées à la vénération publique dans la chapelle de Saint-Raphaël, archange, où elles demeurèrent jusqu’à ce qu’’elles furent furtivement enlevées, sans que l’on eût pu savoir dans la suite ce qu’en firent les voleurs. Leur intention était de dérober de véritables reliques et de nuire à ceux qui les croyaient telles, et qui les honoraient de bonne foi. De sorte que ce ne serait rien diminuer de l’énormité de leur sacrilège de nous apprendre que c’étaient toutes fausses reliques, que jamais on ne vit à Rome les os ni de Job ni des deux Tobies. et que de plus, il est faux que le roi Rotharis ait jamais rapporté des reliques de Rome, qu’on lui aurait données par reconnaissance, comme on le dit, pour avoir secouru et délivré la ville des Barbares ; ce qui est une autre fiction, capable de faire rire ceux qui savent que les rois lombards n’ont jamais fait que du mal à la ville de Rome.

Outre le tombeau de Job qu’Alfonse Tostat, évêque d’Avila, disait subsister encore de son temps près du Jourdain, être toujours visité avec une grande dévotion par les peuples, il semble que son fumier fut respecté aussi comme les reliques, au moins du temps de saint Chrysostome, S’il faut prendre littéralement et sans figure ce que ce Père a dit au peuple d’Antioche, on sera obligé de reconnaître que ce fumier, tout autrement précieux que le trône des rois et le lit des reines, attirait en Arabie une infinité de pèlerins d’au-delà des mers et des extrémités de la terre, pour voir ce théâtre des combats et de la patience victorieuse du saint homme, et en tirer des instructions.

Entre les saints personnages qui ont paru devant et après Jésus-Christ, l’Église n’en connaît guère qui ait mérité plus de culte et de vénération que Job, qui a eu l’avantage d’être Saint dans tous les états de sa vie, dans le repos et la prospérité, de même que dans les calamités et les douleurs, selon le témoignage de Dieu même qui voulut le faire éprouver par Satan, c’est-à-dire par l’ennemi du genre humain, le seul qui osât contester cette sainteté dans l’Écriture. Il est représenté dans Ezéchiel comme un ami de Dieu, capable d’intercéder pour les autres, jusqu’à faire de lui comme de Noé et de Daniel une espèce de proverbe, pour dire que quand il se trouverait parmi les pécheurs et les impies des justes aussi saints que ces trois, ils n’empêcheraient pas que Dieu punit le péché des autres dans sa colère, mais que leur justice leur servirait à se sauver eux-mêmes. Job avait déjà été reçu intercesseur de son vivant auprès de Dieu pour ses trois amis. Outre qu’’il est proposé dans le livre de Tobie comme un modèle de la patience sanctifiante, il semble que l’apôtre saint Jacques ait voulu le canoniser encore dans son Épître : « Vous voyez », dit-il, « que nous appelons les prophètes Bienheureux de ce qu’ils ont tant souffert ; vous avez appris quelle a été la patience de Job, et vous avez vu la fin dont le Seigneur l’a couronnée ».

L’Église fait profession d’honorer Job comme un prophète, comme un Martyr, et comme le type ou la figure de Jésus-Christ, d’autant plus parfaite qu’il a joint les souffrances avec l’innocence. C’est ce que l’on trouve expliqué par les saints Pères, avec autant d’étendue et de variété que pouvait le demander l’importance du sujet, pour former des modèles à tous les fidèles. Les Grecs et les Orientaux ont choisi le sixième jour de mai pour faire la fête de Job dans leurs églises : ce qui se pratique aussi chez les chrétiens d’Arabie, d’Égypte et d’Éthiopie, chez les Russes ou les Moscovites et les autres peuples qui se gouvernent sur le rite des Grecs. Les Latins ont mieux aimé assigner son culte au dix du même mois. C’est le premier des Saints de l’Ancien Testament, après les frères Macchabées, martyrs, à qui l’Église d’Occident ait entrepris de décerner publiquement ces honneurs religieux. Les anciens martyrologes du nom de saint Jérôme se servent des termes de jour natal et de déposition, mais qui ne signifient rien ici. Ils donnent à Job la qualité de prophète ; ce qui a été observé dans les suivants, depuis ceux d’Adon et d’Usuard jusqu’au romain moderne. Saint Chrysostome lui avait déjà attribué celle de Martyr, comme ont fait d’autres encore depuis. Quelques autres martyrologes ne le marquent qu’au onze du même mois. Un calendrier Julien le met au neuf. Et il est remarquable que tontes les églises de la terre se sont accordées à le mettre dans le même mois, et dans l’espace de six jours ; ce qui ne se trouve guère en ceux qui ont un culte étendu en Orient et en Occident.

Nous ne connaissons point de Saints parmi les Prophètes et les autres justes qui ont précédé Jésus-Christ en l’honneur de qui on ait dressé des églises et des chapelles en plus grand nombre. On en voit en Italie plus qu’en aucun autre pays des Latins. Son office est de rite semi-double à Venise et par tout le diocèse, de même que celui du prophète Jérémie. On solennise sa fête comme celle des plus célèbres d’entre les saints venus depuis Jésus-Christ, dans plusieurs villes de Lombardie, de Toscane, de l’État ecclésiastique de Rome. Il y est devenu le patron d’un nombre prodigieux d’hôpitaux. Les malades de diverses espèces, principalement ceux qui étaient attaqués de la lèpre, de la ladrerie, de la galle et de la vérole en Italie, se sont mis sous sa protection particulière pour obtenir ou leur guérison, ou le don de la patience qui leur est nécessaire, par son intercession. Outre son office public reçu et approuvé de l’Église, il y avait une messe votive du bienheureux Job contre le mal de Naples, que les italiens ont mieux aimé appeler mal français. Quoiqu’elle se trouvât dans les missels, principalement dans le romain, le bienheureux pape Pie V ne laissa point de la supprimer et de l’interdire, mais sans nuire au culte du bienheureux Job dans les lieux où il se trouvait établi. Cette messe propre fut rétablie néanmoins dans le siècle suivant pour les églises d’Espagne, où l’on est travaillé plus qu’ailleurs du mal des écrouelles, qui sont comprises parmi les espèces contre lesquelles on réclame l’intercession de Job. C’est ce qui se fit par l’autorité du Saint-Siège, et qui se renouvela en dernier lieu sous le pape Clément IX. La contestation survenue à Rome sous Innocent XI, en 1680, à l’occasion de la chapelle d’un hôpital que l’on voulait dédier sous le nom du bienheureux Job, dans la ville d’Albano, n’a servi qu’à autoriser davantage son culte.

La France et les Pays-Bas ont admis aussi le culte public de Job, quoiqu’avec moins d’étendue et moins d’éclat peut-être que l’Italie et l’Espagne. On y voit des tableaux consacrés sur une infinité d’autels, surtout dans les hôpitaux. Le cardinal de Bérulle ayant dressé un calendrier et un bréviaire pour la Congrégation de l’Oratoire, qu’il avait fondée en France, fit composer un office de rite semi-double avec la messe pour le jour de la fête de Job, au dix de mai. Il le publia et le lit observer par l’autorité du Siège apostolique, et la permission expresse des évêques du royaume, après que l’affaire eut été longtemps examinée, débattue, et confirmée en diverses assemblées et chapitres généraux.

On représente naturellement le saint homme Job couché sur son fumier et couvert d’ulcères ; son image se multiplia surtout au XVIe siècle, où l’usage de l’invoquer contre le mal vénérien fut peut-être répandu par le souvenir de ces paroles de l’écriture : « Le diable le frappa d’un ulcère malin ». (Job, 11, T-)

Outre les lépreux et les syphilitiques, le saint homme Job a pour clients les gens mélancoliques et accablés de chagrin ; sans doute à cause du peu de consolation que sa femme et ses amis apportèrent à ses peines.

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