Léon, d’une des plus nobles familles de Toscane, naquit à Rome vers 390. Il se distingua dans les lettres profanes aussi bien que dans la science sacrée, et mérita la confiance des papes Zozime, Célestin Ier et Sixte III.
A la mort de celui-ci (440), les Romains le nommèrent par acclamation et le contraignirent de s’asseoir sur la chaire de Saint-Pierre. Jamais pontife ne s’était trouvé au milieu de circonstances plus critiques. Les Barbares menaçaient l’empire, gouverné par une femme au nom d’un enfant, et les hérétiques, soutenus par l’autorité de la cour, troublaient l’Église. Il fallait défendre le dogme, rétablir la discipline, corriger les mœurs, imposer la suprématie pontificale. Léon ne faillit point à cette œuvre : esprit délié, caractère énergique, il sut unir les vertus du saint aux qualités de l’homme d’État.
Il obtint des évêques de la Mauritaine Césaréenne, aujourd’hui province d’Alger, le respect des saints canons. Il fit juger par un tribunal mixte les manichéens d’Afrique réfugiés à Rome : on reconnut que leur doctrine était subversive de la religion, de la morale et de la société. Beaucoup d’entre eux abjurèrent leurs erreurs et rentrèrent dans le sein de l’Église ; les autres furent bannis.
Léon traça aux évêques d’Espagne la règle à suivre pour triompher des priscillianistes qui niaient, comme les manichéens, la réalité de l’Incarnation.
En Orient, un moine s’obstinait à n’admettre en Jésus-Christ que la nature divine avec l’apparence du corps humain, et voulait imposer son erreur. Un moment Eutichès parut triompher. Grâce aux intrigues de l’impératrice et à la faiblesse de Théodose, un conciliabule tenu à Éphèse anathématisait le pape et déposait saint Flavien, patriarche de Constantinople. Léon réunit à Chalcédoine un concile œcuménique, le fit présider par ses légats, et l’éclaira par sa lettre immortelle sur le mystère de l’Incarnation. Eutichès, Nestorius et leurs sectateurs impies furent alors condamnés par six cents évêques (451).
En Occident, Attila était descendu avec ses Huns de la Gaule en Italie ; déjà la Ligurie était mise à feu et à sang ; l’empereur Valentinien et sa cour quittaient Ravenne et couraient s’enfermer dans les murs de Rome. Or, l’antique capitale n’avait pour la défendre qu’une garnison insuffisante et découragée. Le seul espoir de salut était de compter sur la clémence d’Attila : c’était compter sur un miracle. Le miracle eut lieu et fut l’œuvre du pape saint Léon. Accompagné d’un consulaire, d’un sénateur et des principaux membres du clergé romain, le pontife, revêtu des insignes de sa dignité, pénétra dans le camp des Barbares et se présenta devant le fléau de Dieu. Attila, contre l’attente générale, accueillit avec les plus grands honneurs le vicaire du Christ, écouta respectueusement ses conseils, et lui promit de vivre en paix avec l’empire. Il avait vu debout près du pape un personnage d’une majesté surhumaine, aux regards terribles, au geste menaçant, qui lui ordonnait de consentir à tout ce que demandait l’envoyé des Romains.
Lorsque le sénateur Maxime eut fait assassiner Valentinien III pour lui prendre sa femme et la pourpre, Eudoxia, dit l’abbé Darras, crut venger son honneur et la mort de son époux en sacrifiant à son ressentiment l’intérêt sacré de la patrie. Elle fit appel au roi des Vandales, Genséric, et lui promit de l’aider à s’emparer de Rome. Le barbare sortit du port de Carthage à la tête d’une flotte formidable. La nouvelle de son arrivée le précéda en Italie et y répandit la terreur. Maxime, l’assassin couronné, se préparait à fuir. Sa lâcheté révolta ses partisans eux-mêmes. Quelques domestiques du palais le tuèrent, mirent son cadavre en pièces, et en jetèrent les membres épars dans le Tibre (12 juin 455). Cependant Genséric était à trois journées de la ville éternelle. Un seul homme avait conservé, au milieu de la consternation générale, tout son courage et toute son énergie : cet homme était le pape. Il avait sauvé la capitale de l’invasion d’Attila, il la sauva encore de la férocité de Genséric. Le pontife alla au-devant du roi vandale et lui fit promettre de respecter la vie et l’honneur des malheureux Romains et d’épargner les monuments publics. C’était tout ce qu’on pouvait raisonnablement espérer d’un roi pirate, qui amenait ses hordes sauvages au pillage de Rome comme à une récompense depuis longtemps promise.
Léon-le-Grand mourut en 461, et fut le premier pape enterré dans la basilique de Saint-Pierre.
Il nous reste de lui 69 discours, monument impérissable de son éloquence apostolique.
Réflexion Pratique
La vertu, jointe au génie, exerce une puissance incomparable. Si nous n’avons pas le génie, ayons du moins la vertu.





