Après avoir fondé le siège d’Antioche, en Orient, saint Pierre vint à Rome. Son dessein était de faire de la capitale du monde le centre de la foi. Entreprise audacieuse s’il en fut, et dont le caractère surnaturel est mis en lumière par ce dramatique dialogue imaginé par un saint père.
Figurez-vous l’Apôtre,au visage pâle et la barbe crépue, revêtu d’une robe et d’un manteau usés par le voyage, pieds nus ou avec de pauvres sandales, se reposant près de la Porte-Navale, par exemple, tâchant de se renseigner sur le chemin qu’il doit suivre dans les détours de la grande ville, et se faisant nommer quelques-uns des principaux monuments qu’il découvre. De la borne où il est assis, il peut apercevoir, sur le sommet du Capitole, le temple de Jupiter qui domine Rome et le monde.
Pendant qu’il médite sur ce qu’il voit, un de ces chercheurs de nouvelles qui se plaisent à questionner les arrivants, s’approche de lui : « Étranger, » dit-il, « pourrais-je savoir quelle affaire t’amène à Rome ? Peut-être serai-je en état de te rendre quelque service. » — « Je viens annoncer le DIEU inconnu et substituer son culte à celui des démons. » — « Vraiment ? Mais voilà une nouvelle que j’aurai le plaisir de raconter tout à l’heure à mes amis, en me promenant avec eux dans le Forum. Si tu veux bien, causons un peu. Et d’abord, quel est ton pays ? » —« J’appartiens à cette race d’hommes que vous méprisez : je suis Juif.» — « Tu es alors un grand personnage dans ta nation ? » — « Regarde ces pauvres mariniers qui se tiennent là, sur le bord du fleuve : comme eux, j’ai vécu du produit de ma pêche je n’ai ni or ni argent. » — « Mais tu as quitté cette grossière profession pour étudier ; les lettres et les sciences ; tu comptes sur ton éloquence ? » — « Je suis un ignorant. » — « Le culte du DIEU que tu prêches est donc bien attrayant pour te passer de toute recommandation ? » — « Le DIEU que j’annonce est mort du dernier supplice, sur une croix, entre deux voleurs. » — « Et quelle doctrine apportes-tu au nom d’un DIEU si étrange ? » — « Une doctrine qui semble folie aux hommes superbes et charnels, et qui détruit tous les vices auxquels cette ville a élevé des temples. » — « Quoi ! tu prétends convertir les Romains ? »— « Toute la terre. » — « Et pour longtemps ? » — « Tous les siècles. » — « Par Jupiter ! l’entreprise est difficile ; et tu n’imagines pas sans doute compter parmi tes amis les riches, les philosophes, les césars ? » — « Les riches, je leur dirai de se détacher de leurs biens ; les philosophes, je veux captiver leur esprit sous le joug de la foi ; les césars, je les destituerai du souverain pontificat ! » — « Tu dois donc prévoir qu’ils se tourneront contre toi et tes disciples, si tu en as. Que ferez-vous alors ? » — « Nous mourrons. » — « C‘est, en effet, ce qu’il y a de plus vraisemblable dans tout ce que tu m’annonces. Étranger, au revoir. (A part.) Pauvre fou ! C’est pourtant dommage, car il m’a l’air d’un assez brave homme. »
Il se mit à l’œuvre, ce pauvre fou qui avait l’air d’un brave homme ; il mourut à la peine ; mais la foi du CHRIST, qu’il scella de son sang, ne tarda pas à triompher : Rome et le monde furent bientôt chrétiens. (V. Darras, Histoire de l’Église, t. V, p. 446.)
Réflexion morale
Pour être fiers de notre foi, il suffit de nous rappeler ses triomphes.





