Saint Cyrille, dont le front resplendit de la double auréole du savoir et de la sainteté, naquit à Jérusalem, vers l’an 315. Ses études furent fortes et brillantes.
Une connaissance approfondie et détaillée des saintes Lettres, des ouvrages des pères et des écrits païens, faisait le charme et la variété de sa parole. Ordonné prêtre à l’âge de trente ans, sa mission fut de prêcher tous les dimanches dans l’assemblée des fidèles et d’instruire les catéchumènes ; ce qu’il fit avec zèle et réputation. Nous avons de ses enseignements vingt-trois catéchèses ou instructions familières : dix-huit expliquent le symbole, et cinq les trois sacrements de baptême, de confirmation et d’eucharistie, que les néophytes recevaient le même jour. Cette exposition claire et nette du dogme catholique est toujours citée avec éloge, et a valu au catéchiste le titre de docteur de l’Église.
Maxime, son évêque consécrateur, étant mort, Cyrille fut nommé par acclamation pour régir l’église de Jérusalem. Un grand prodige illustra le commencement de son épiscopat. Dans les cinquante jours de Pâques à la Pentecôte, le 7 mai 351, à neuf heures du matin, une immense croix de lumière paraissait dans les airs, étendant ses bras du Golgotha à la montagne des Olives. Idolâtres, Juifs et chrétiens, tous purent la voir ; ils l’admirèrent pendant plusieurs heures avec une crainte mêlée de joie, s’écriant : « Jésus-Christ est vraiment Fils de Dieu et faiseur de miracles ! »
Une entreprise orgueilleuse et impie suivit ce triomphe du divin Crucifié. Au signal de Julien l’Apostat, les Juifs, disséminés sur tous les points du globe, se rassemblèrent, comme au temps de Zorobabel, pour aller reprendre possession du sol de la patrie. Ce fut alors un spectacle imposant que les longues files de caravanes se dirigeant vers Jérusalem. Des milliers de familles voyageaient par groupes, emmenant leurs troupeaux, leurs meubles, leurs serviteurs, leurs richesses : tous les yeux, tous les cœurs étaient fixés vers la ville sainte. On s’y acheminait en chantant les hymnes de David qui célèbrent la gloire de l’antique Sion. Dans un élan spontané, les femmes juives donnaient leurs bijoux, leurs pierreries, pour contribuera la grande œuvre de restauration. Des collectes,comme au temps de Béséléel, furent organisées avec enthousiasme. Pour stimuler encore l’ardeur unanime, Julien déclarait qu’il avait reçu de Dieu la noble mission de mettre fin à la nouvelle captivité de Babylone et de rétablir le temple de Jéhovah ; et il, donnait ordre à tous les trésoriers de la province de pourvoir sur le trésor public aux frais énormes de la reconstruction.
Un plan avait été adopté sur des proportions gigantesques et avec une magnificence sans égale. D’habiles architectes furent mis à la tête des travaux. Sous leur direction, les meilleurs ouvriers en tout genre devaient exécuter une œuvre qu’on voulait voir figurer comme jadis au rang des merveilles du monde. Bientôt les marbres précieux, les pierres de taille, les bois de construction, s’accumulèrent à Jérusalem, pendant que de vastes ateliers s’organisaient pour exécuter les divers travaux de ciselure, de sculpture, de tissage ou d’orfèvrerie.
La colonie chrétienne de la ville sainte, envahie et comme cernée par l’agglomération juive qui la pressait de toutes parts, était chaque jour l’objet des insultes et des sarcasmes de la foule. « Les fils d’Israël étalaient, » dit Rufin, « une arrogance et une fierté qui ne connaissaient plus de bornes. Ils se permettaient contre nous des actes de cruauté qui restaient toujours impunis ; ils inauguraient par ces violences le retour du règne de David ; c’est ainsi qu’ils l’appelaient. »
Cependant les travaux préparatoires se poursuivaient avec une ardeur incroyable. Il s’agissait de déblayer tout l’emplacement de l’ancien temple sur un périmètre égal à celui que le roi Hérode avait recouvert autrefois de ses immenses constructions. Il fallait achever de démolir les restes des fondations anciennes. Saint Cyrille suivait d’un œil attentif toutes les phases d’une entreprise si intéressante pour la foi chrétienne. Autour de lui, dans l’assemblée des frères, se manifestaient des inquiétudes fort naturelles. « Rassurez- vous, » disait-il, « les Juifs ne font en ce moment que réaliser eux-mêmes la prophétie de Jésus-Christ : ils démolissent ce qui restait encore des pierres superposées de l’ancien temple. » Tous les Juifs, riches et pauvres, hommes et femmes, grands et petits, s’étaient constitués ouvriers volontaires. On en vit employer au déblai des pics, des pelles et des corbeilles d’argent. Les Juives opulentes se paraient pour le travail de leurs robes tissées d’or et de soie; elles chargeaient les décombres dans le pan de leurs manteaux de pourpre.
Les travaux préliminaires de la reconstruction touchaient à leur fin. Les fondements du nouvel édifice étaient prêts, les matériaux nécessaires réunis à pied d’œuvre. Un jour fut fixé pour poser solennellement la première pierre. Au matin, une foule immense envahit le mont Sion,pour assister à la grande cérémonie. En ce moment, un tremblement de terre se fit sentir. La convulsion intérieure fut telle que des éclats de rochers s’élançant des entrailles du sol, comme poussés par une éruption volcanique, tuaient les ouvriers les plus rapprochés et portaient au loin la mort dans les rangs des spectateurs. Les édifices voisins du temple s’écroulèrent avec un fracas immense, engloutissant sous leurs débris une multitude de curieux qui s’y étaient entassés. Les cris des mourants et des blessés retentirent au milieu d’un sauve-qui-peut général. Le tremblement de terre dura toute cette journée, avec des intermittences terribles.
Le lendemain, les secousses ne se firent plus sentir ; on reprit courage, et l’on s’occupa de fouiller les décombres pour dégager les victimes qui auraient pu survivre à la catastrophe. Après cette première opération, que rien ne troubla, l’espérance et le courage se ranimèrent au fond des cœurs. On crut pouvoir reprendre l’œuvre si brusquement interrompue. A peine les ouvriers furent- ils installés, qu’une éruption de feux souterrains, combinés avec un orage effroyable, éclata tout à coup. Cette fois les victimes furent en bien plus grand nombre. La flamme électrique avait une telle énergie, qu’elle consumait en un clin d’œil et réduisait en cendres le fer des marteaux, des haches, des scies et des pics. Un cyclone, tourbillonnant au-dessus de la montagne, dispersa, comme des pailles légères, tous les matériaux réunis pour la construction. La tourmente dura toute la journée. La nuit venue, elle prit un caractère plus prodigieux encore. Une grande croix se dessina dans le ciel en traits de feu, et des milliers d’autres petites croix du même genre, circulant dans les airs, venaient s’incruster sur les vêtements des Juifs, en y traçant distinctement des croix noires constellées au moyen de trous d’une finesse et d’une régularité qui eussent défié l’aiguille la plus subtile. Dans cette nuit affreuse, on entendait des voix éperdues proclamer la divinité de Jésus-Christ et demander le baptême (363). (Darras, Histoire générale de l’Église.)
L’effet moral de l’événement fut immense. Julien et un grand nombre de Juifs s’obstinèrent dans leur incrédulité, mais le monde entier ne s’y trompa point : Dieu avait vengé la mort de son Christ et confondu l’orgueil du peuple déicide.
L’infructueuse tentative des fils d’Israël avait été néanmoins une terrible épreuve pour l’église de Jérusalem et son évêque. Elle ne fut pas la seule. Trois fois Cyrille eut à subir la déposition et le bannissement, par les intrigues de son rival Acace, évêque arien de Césarée. Cette persécution ne prit fin qu’en l’an 379, où l’empereur Théodose rétablit le saint pontife avec honneur. Depuis il gouverna tranquillement son troupeau jusqu’à l’année 385, qui fut celle de sa mort.
RÉFLEXION PRATIQUE
N’entreprenons rien contre Dieu : il a, pour arrêter et punir ses ennemis, la foudre et les flammes.





