La Roche Porena est un lieu du duché de Spolète, en Ombrie, dépendant de la petite ville de Cascia.
Ce lieu était au quatorzième siècle la résidence habituelle de deux époux très-vertueux, déjà avancés en âge, et n’ayant pas d’enfants. Leurs vœux et leurs prières furent assez efficaces pour obtenir enfin une fille, qui fut nommée Marguerite au baptême, et que l’on s’accoutuma ensuite à appeler Rite, par abréviation. Ce fut une enfant de bénédiction, prévenue, dès ses plus jeunes années, de précieuses faveurs du ciel. Son respect pour les auteurs de ses jours, ses vertus solides, à un age où, d’ordinaire, on se met peu en peine de les acquérir, son mépris pour les jeux puérils et les vaines occupations des autres jeunes personnes la rendirent bientôt un modèle de perfection. Dès l’âge de douze ans, elle résolut de se consacrer au Seigneur par le vœu de chasteté ; mais ses parents, qui se trouvaient près du terme de leur carrière, exigèrent qu’elle s’engageât dans le mariage avant qu’elle les perdit. Rite se soumit à leurs volontés, et Dieu, qui voulait sans doute que son exemple servit de leçon aux femmes chrétiennes qui ont des maris fâcheux, permit qu’elle fût unie à un homme d’un caractère féroce, et qui était la terreur de son canton. Elle sut tellement l’adoucir, qu’elle vécut en paix avec lui, l’espace de dix-huit ans, et qu’elle finit par le rendre non-seulement traitable, mais même soumis de cœur à la loi de Dieu. Cet homme ayant été tué par des ennemis, elle pria pour eux, et empêcha deux fils qu’elle avait de venger la mort de leur père. Ces deux jeunes gens étant morts quelque temps après, Rite, dégagée de tous les liens qui l’attachaient à la terre, songea sérieusement à quitter le monde et à se consacrer au Seigneur dans un monastère. Persuadée que telle était la volonté de Dieu à son égard, elle se rendit à Cascia, et, se présentant au couvent de Sainte-Marie-Madeleine, elle sollicite la faveur d’y être reçue. L’usage de cette maison n’était pas qu’on y admit des veuves ; aussi Rite, ayant à trois diverses reprises présenté sa demande, les trois fois elle fut refusée ; mais saint Jean-Baptiste, saint Augustin et saint Nicolas de Tolentino vinrent à son secours. Une nuit que, prosternée, elle exhalait son âme dans la prière, ces trois saints protecteurs lui firent entendre leur voix, l’enlevèrent à travers les airs et l’introduisirent, les portes closes, dans la solitude après laquelle Rite soupirait. Converties par ce miracle, les religieuses l’accueillirent avec bienveillance et l’admirent dans leur société. La Bienheureuse, au comble de tous ses vœux, alla vendre tous ses biens, en distribua le prix aux pauvres et rentra ensuite au couvent, où elle s’engagea par la profession solennelle.
Devenue l’épouse d’un Dieu crucifié, elle se crucifia aussi par les plus rigoureuses pratiques de la mortification. Les jeûnes, le cilice et la discipline n’avaient rien qui pût l’effrayer. Elle ne mangeait qu’une fois le jour et ne prenait que du pain et de l’eau pour toute nourriture. Elle disait que le meilleur moyen de se délivrer des tentations contre la pureté était de ne pas s’occuper de son corps et de n’avoir pour lui aucune compassion. Son obéissance à ses supérieurs égalait son ardeur pour la pénitence, et pendant assez longtemps, pour obéir à son abbesse, qui voulait éprouver sa vertu, elle alla, sans se plaindre, arroser chaque jour, avec fatigue, un morceau de bois sec qui se trouvait dans le jardin du couvent.
Une âme si mortifiée et si obéissante ne pouvait manquer d’être très agréable à Dieu, et d’en recevoir de précieuses faveurs. Rite posséda bientôt le don d’oraison et se livrait sans cesse à ce saint exercice. La passion de Notre-Seigneur et les tourments qu’il a soufferts étaient l’objet habituel de sa méditation, depuis minuit jusqu’au lever du soleil. Elle s’en occupait avec tant d’attention, qu’elle fondait en larmes, et qu’elle paraissait près de succomber à la vivacité de sa douleur. On rapporte qu’un jour, après avoir entendu un sermon sur les souffrances de Jésus-Christ, prêché par Jacques de la Marche, célèbre missionnaire franciscain, Rite s’étant retirée dans sa cellule pour en occuper son esprit et demandant au Sauveur la grâce de partager ses douleurs, elle sentit les pointes d’une couronne qui lui fit une plaie incurable, de laquelle sortait un pus d’odeur infecte, et qu’elle eut à supporter le reste de ses jours. Il n’y eut que dans une circonstance où cette sainte femme fut momentanément délivrée de sa pénible infirmité. Il s’agissait du voyage de Rome, que les autres religieuses devaient faire, à l’occasion du jubilé universel. La prieure, pour cette raison, ne voulait pas qu’elle y allât ; mais Rite guérit aussitôt et put ainsi satisfaire son pieux désir. En revenant au monastère, la plaie reparut de nouveau et d’une manière si affreuse, qu’il en sortait des vers. Afin de ne pas incommoder ses compagnes par sa présence, elle se tenait à l’écart, vivait solitaire et passait quelquefois quinze jours de suite sans parler à personne, ne s’entretenant qu’avec Dieu. Sa patience dans cet état aussi douloureux qu’humiliant la rendit de plus en plus agréable au Seigneur, qui lui accorda le don des miracles. Une femme de Cascia, qui avait sa fille malade, s’étant adressée à la Bienheureuse pour la recommander à ses prières, trouva cette enfant guérie lorsqu’elle rentra chez elle. Ce prodige et d’autres que Rite opéra la rendirent célèbre, et l’on venait la visiter des contrées même les plus éloignées. Elle recevait toutes ces visites avec charité, et nul de ceux qui la voyaient ne sortait d’auprès d’elle qu’elle ne l’eût consolé et édifié.
Une maladie qui dura quatre ans, vint achever de purifier la servante de Dieu, par la résignation qu’elle montra au milieu de ses souffrances ; elle ne prenait presque aucune nourriture, et ses sœurs, qui en étaient surprises, croyaient que c’était plutôt la sainte Eucharistie que les aliments matériels, qui la soutenait. Lorsqu’elle se sentit près de sa fin, elle demanda les derniers Sacrements ; après les avoir reçus, elle exhorta ses sœurs à la fidèle observance de leur Règle ; puis, ayant mis ses mains en croix et l’abbesse lui ayant donné sa bénédiction, elle expira tranquillement le 22 mai 1456. Son corps devint beau à l’instant de son bienheureux trépas, et la plaie du front, qui jusqu’alors était horrible, parut brillante au même moment. Une grande multitude assista à ses obsèques, et bientôt l’on commença à l’invoquer. Plusieurs miracles ayant prouvé le pouvoir de Rite auprès de Dieu, le pape Urbain VIII la mit au rang des Bienheureux, le 11 octobre 1627.
Une vieille peinture, qui se trouvait autrefois dans l’église des Augustines de Cascia, rappelait les principales circonstances de sa vie : son introduction dans le couvent par les trois Saints ses protecteurs ; sa prise d’habit ; la part qu’elle eut à la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au moyen de la plaie qui marqua son front en forme de couronne : des rayons partaient d’un crucifix et aboutissaient à sa tête ; sa mort : les religieuses, ses sœurs, sont en prière autour de son lit ; son tombeau et le concours des pèlerins, qui le visitent. Mais l’attribut principal de sainte Rite, ce sont avec les rayons du crucifix qui vont marquer son front, les fleurs et les fruits que Dieu accorda miraculeusement à sa servante dans sa dernière maladie. Une de ses parentes, qui l’était venue voir, lui demanda s’il ne serait pas possible de lui apporter quelque chose qui lui ferait plaisir. « Oui », répondit la Bienheureuse, « des figues et des roses ». Or, on était au mois de janvier, et l’on prit cette demande pour un effet du délire. La parente étant retournée chez elle, fut bien étonnée de trouver figues et roses dans son jardin : elle s’empressa de les cueillir et de venir les apporter à la bienheureuse Rite. On a prétendu aussi que des abeilles vinrent voltiger autour de sa tête pendant qu’elle était au berceau ; mais ces abeilles doivent être le symbole des piqûres que les rayons du crucifix laissèrent sur sa chair.
La bienheureuse Rite de Cascia est patronne d’une petite église de Rome, située au pied du Capitole. Le jour de la fête patronale, à la messe, communient les jeunes filles dotées par la corporation des pizzicaroli, charcutiers. Les visiteurs reçoivent des boutons de roses bénits, en souvenir de la floraison de roses que Dieu accorda miraculeusement en hiver aux prières de la Sainte.
On invoque cette Bienheureuse contre la petite vérole. Ce patronage a sans doute sa raison d’être dans la plaie maligne qui affligea la servante de Dieu et marqua son front pendant la dernière partie de sa vie.





