Après l’Ascension de Notre-Seigneur, les apôtres se réunirent dans le cénacle pour s’y préparer, d’un cœur unanime, par le silence et la prière, à l’avènement de l’Esprit-Saint.
Pierre, se levant, prit la parole : « Hommes, mes frères, » dit-il, « il faut que la prophétie dictée à David par l’Esprit de Dieu reçoive son accomplissement. Judas s’est fait le guide de ceux qui saisirent Jésus ; il avait vu son rang marqué parmi nous, il avait été élu pour partager notre ministère. Et maintenant il est en possession du champ acheté au prix de l’iniquité : il s’est pendu ; son ventre s’est ouvert et ses entrailles se sont répandues sur le sol. Le fait est bien connu des habitants de Jérusalem, qui ont donné le nom de Hacel dama au champ de sa sépulture. Cependant il est écrit au livre des Psaumes : Que sa maison demeure abandonnée ; que nul ne vienne l’habiter, et que son épiscopat soit confié à un autre. Ainsi il faut constituer un de ces hommes qui nous ont accompagnés pendant toute la durée de la vie publique du Seigneur Jésus, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour de l’Ascension, afin qu’il soit avec nous un témoin de la résurrection. » — Ils en présentèrent deux : Joseph Barsabas, surnommé le Juste, et Matthias. Ensuite ils prièrent et dirent : « Seigneur, qui connaissez le cœur de tous, montrez celui des deux que vous aurez choisi pour lui donner, dans ce ministère et cet apostolat, la place que Judas a laissée par sa prévarication pour aller en son lieu. » Ils jetèrent le sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut ainsi associé aux onze apôtres. (Act. Apost. I.)
Telle est l’histoire de l’élection de saint Matthias, où s’effacent les vues humaines pour laisser agir l’Esprit-Saint. On ne connaît point ici les sollicitations et les brigues ; nul ne se présente soi-même ; Dieu qui connaît le fond des cœurs décide seul ; rien n’est abandonné aux lumières et à l’industrie de l’homme.
Après la dispersion des apôtres, Matthias évangélisa la Judée. Il en parcourut les provinces, annonçant partout Jésus, confondant par sa sagesse les ennemis de l’Évangile, et opérant par ses vertus et ses miracles un grand nombre de conversions. Les chefs du peuple, irrités de ses conquêtes, l’arrêtèrent à Giscala, en Galilée, et le livrèrent au grand-prêtre Ananus. Le vaillant apôtre comparut devant le sanhédrin, qui n’avait à lui reprocher que sa foi au Sauveur du monde : « Ne sais-tu pas, » lui dit Ananus, « que, d’après la loi, celui qui blasphème le Seigneur est digne de mort ? » — « Jésus-Christ est le Fils de Dieu ! » répond Matthias. A ces mots, le pontife se bouche les oreilles et grince des dents : « Il a blasphémé ! » s’écrie-t-il ; « qu’il meure donc et que son sang retombe sur sa tête ! » On le conduisit au supplice. Deux témoins lui jetèrent les premières pierres. Le saint martyr demanda qu’on en mît deux clans son tombeau, pour servir de témoignage ; et comme il tenait les mains étendues vers le ciel, les bourreaux lui abattirent la tête d’un coup de hache (l’an 63). Ses disciples l’ensevelirent avec honneur. Plus tard, sainte Hélène apporta son corps à Rome. Une partie repose maintenant à Sainte-Marie-Majeure, et l’autre dans une église de Trêves qui lui est dédiée.
Réflexion pratique
Le Ciel détermine à chacun de nous sa vocation. Étudions donc la volonté divine et n’essayons pas d’y substituer la nôtre : ce serait mettre au jeu notre éternité.





