François de Sales ! voilà bien une des plus belles âmes que puissent offrir à notre admiration les annales la sainteté. Il vint au monde le 21 août 1567, au château de Sales, près d’Annecy en Savoie.
« Ce béni enfant, » dit le P. La Rivière, « portait dans toute sa personne le caractère de la bonté : toujours son visage était gracieux, son regard aimant et son maintien si modeste !… il semblait un petit ange. » Il fit ses études classiques a Paris, chez les jésuites. Dès cette époque, il promit à Dieu de rester toujours chaste. En ce même temps, il éprouva une tentation de désespoir si violente que le trouble, la sécheresse et le dégoût s’emparèrent de son cœur. Pendant tout un mois, il se crut damné. Un jour que son âme était au paroxysme de l’épouvante, il va se prosterner devant l’image de Notre-Dame, dans l’église de Saint-Étienne-des-Grès, implore le secours de la Mère de Dieu, lui promet de réciter le chapelet tous les jours de sa vie, et s’écrie dans un suprême effort de la plus séraphique charité : « Eh bien ! si je ne dois pas aimer le bon Dieu dans l’autre monde, je veux du moins l’aimer dans celui-ci ! » A l’instant même il retrouva la paix du cœur. Elle ne le quitta plus.
Lorsqu’il eut couronné du double titre de docteur ses études de droit à Padoue, il fit le pèlerinage de Rome et de Lorette, renouvela sa résolution de renoncer au monde et revint auprès de son père. Le comte de Sales rêvait pour son fils le plus brillant avenir, mais, toutes les aspirations de François étant vers le sacerdoce, Claude de Granier, son oncle, évêque de Genève, lui conféra la prêtrise et le chargea du ministère de la prédication. Les succès du jeune missionnaire furent prodigieux : trois ans de son apostolat ramenèrent à la vérité plus de soixante-douze mille protestants ; ce qui faisait dire au cardinal du Perron : « Convaincre les hérétiques, je m’en charge ; mais pour les convertir, il faut François de Sales. »
L’Évêque de Genève le demanda pour coadjuteur et mourut peu de temps après. François reçut la consécration épiscopale, pour succéder à son oncle, le 8 décembre 1602. Sa nouvelle dignité ne fit qu’accroître son zèle, et il continua, comme un simple prêtre, à confesser, prêcher, catéchiser. Il visita jusqu’aux paroisses les plus reculées de son diocèse, dans les gorges sauvages ou sur les flancs escarpés des montagnes, bravant les fatigues, les privations, et parfois les périls du voyage.
Sa vertu dominante était la douceur. « Le remède souverain contre les émotions subites d’impatience, » disait-il un jour, « est un silence doux et sans fiel. Quelque peu de paroles qu’on dise, l’amour- propre s’y glisse, et il échappe des choses qui jettent le cœur dans l’amertume. Lorsqu’on ne dit mot et qu’on sourit de bon cœur, l’orage passe, on étonne la colère et la calomnie, et l’on goûte une joie pure et durable. »
Il avait pour les pécheurs une tendresse ineffable. « Venez, » leur disait-il, «venez, mes chers enfants, que je vous embrasse et que je vous mette dans mon cœur. Je ne vous demande que de ne point vous désespérer : je me charge de tout le reste. » Effectivement, il se chargeait de tout le reste, et au-delà : le trait suivant le fait bien voir. Un jour, il confessait un pécheur endurci, qui racontait froidement ses crimes comme on narre une histoire. L’évêque se mit à fondre en larmes : « Mon Père, qu’avez-vous donc ? » lui demanda ce mauvais pénitent. — «Mon fils,» répondit le saint, « je pleure de ce que vous ne savez pas pleurer. » Ce doux reproche fut efficace, et le pécheur pleura.
François avait-il à se plaindre d’une insolence, jamais l’aigreur n’y paraissait. Un jeune homme l’insultait un jour grossièrement : « Monsieur, » lui dit le saint évêque, « vous m’obligeriez beaucoup de me dire tout bas les injures qu’il vous plaira. Je vous proteste que je les porterai au pied du crucifix, et que personne n’en saura rien. » Un autre avait parlé de lui en termes licencieux : « Eh bien ! vous me voulez du mal, je le sais, » lui dit le charitable prélat « mais, croyez-le bien, m’arracheriez-vous un œil, que de l’autre je vous regarderais encore de bon cœur. »
François ruinait sa maison pour donner aux pauvres ; et lorsque son économe lui faisait des remontrances : « Vous avez raison, » répondait-il, « je suis incorrigible, et, qui pis est, j’ai bien l’air de l’être pour longtemps. » L’économe n’insistait pas, mais, en se retirant, il disait à ceux de la maison qu’il rencontrait : « Notre maître est un saint, mais il nous mènera tous et ira lui-même le premier à l’hôpital ! » François de Sales, de concert avec sainte Chantal, institua les visitandines, qui restent toujours fidèles à l’esprit de leur saint fondateur.
Nous devons aussi à l’évêque de Genève des écrits abondants et lumineux, où respirent l’onction et la piété sous un coloris de langage admirable. L’Introduction à la vie dévote et le Traité de l’amour de Dieu sont des chefs-d’œuvre qui conduisent bellement et sûrement les âmes dans le chemin de la perfection.
François mourut à Lyon d’une attaque d’apoplexie, le 28 décembre 1622.
RÉFLEXION PRATIQUE
Pourquoi le souvenir de saint François de Sales éveille-t-il toujours tant de sympathie ? Parce que cet homme de Dieu fut comme une incarnation delà douceur. Par la pratique de cette vertu l’homme revêt une force qui nous subjugue, nous attire et nous attache. Soyons doux, et, selon la promesse de Notre-Seigneur, nous posséderons la terre.





