Les annales chrétiennes n’offrent point, dans toute la suite des âges, de plus grande figure que Vincent Ferrier. Il apparaît avec la triple auréole d’une science précoce, d’une éminente sainteté et d’une puissance de parole incomparable.

Valence, en Espagne, fut son berceau. A douze ans, il étudiait la philosophie, à quatorze la théologie, et à dix-sept il entrait chez les Dominicains. Bientôt, on lui confia la chaire de philosophie dans sa ville natale d’abord, puis à Barcelone et à Lérida. Ses leçons eurent partout un éclat prodigieux. A vingt-huit ans, l’évêque, le clergé et tout le peuple de Valence le réclamèrent instamment, et il revint parmi eux enseigner et prêcher. On reconnut dès lors que Dieu donnait au monde un apôtre, et le démon jaloux plus d’une fois lui tendit des embûches. Un soir, le religieux, rentrant dans sa cellule, y trouva une jeune femme d’une rare beauté : « Je n’ai pu, lui dit-elle, me défendre des sentiments que j’éprouve pour vous, et me voici. » C’était en hiver, et dans un brasero brûlaient des charbons. Le saint les répand à terre, se met à genoux au milieu et, à son tour, provoque sa tentatrice en s’écriant : « Viens, malheureuse ! viens éprouver si ce feu est aussi terrible que celui de l’enfer.» A ce spectacle, la pécheresse épouvantée demanda pardon en sanglotant et se convertit sans retard.

A cette époque Pierre de Luna, devenu pape d’Avignon, fit venir à sa cour Vincent, dont il connaissait les grands mérites, le nomma maître du palais et le prit pour confesseur. L’homme de Dieu s’efforça vainement d’éteindre le schisme dans lequel gémissait l’Église. Il en conçut une telle douleur qu’il faillit mourir. Au plus fort de la fièvre, Notre-Seigneur lui apparaît, le guérit subitement et lui ordonne d’aller par toute l’Europe prêcher les grandes vérités. Refusant la pourpre que lui offre Benoît XIII, il se fait nommer missionnaire apostolique et reprend le cours de ses prédications. Il commence par l’Espagne, sa patrie, où toutes les provinces, sauf la Galice, entendront sa voix ; il parcourt ensuite le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, la Savoie, la Lombardie, l’Allemagne, la Lorraine, la Flandre, l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande, revient en France pour la remuer de la Picardie à la Gascogne, se rend à l’appel du roi maure clans le royaume de Grenade, où il gagne plus de huit mille musulmans, reporte son action sur la Castille, l’Andalousie, l’Aragon, la Catalogne et les Asturies, avec un tel succès que vingt-cinq mille Juifs se convertirent. Les Vaudois eux-mêmes, perdus dans de profondes vallées sur les deux versants des Alpes, reçoivent la visite de l’intrépide missionnaire, et contre toute attente accueillent l’Évangile.

Vincent fit tous ses voyages à pied, sauf dans les dernières années de sa vie, où il alla sur un âne. Après cinq heures de sommeil, il passait le reste de la nuit à prier, lire et méditer. Il cherchait l’inspiration au pied du crucifix, et l’on sentait bien, en l’entendant, que son éloquence venait de là. Au point du jour, il chantait la messe et prononçait deux ou trois sermons. En descendant de chaire, il accueillait la foule de ses auditeurs, consolait les affligés, imposait les mains aux malades et souvent les guérissait. Puis venait un repas frugal et sobre.Vincent jeûnait tous les jours, excepté le dimanche, le mercredi et le vendredi, au pain et à l’eau. Il observa ce régime pendant quarante ans. La seconde moitié du jour était prise par les confessions. Lorsque l’homme de Dieu arrivait dans une ville, l’unique affaire était de l’entendre ; l’ouvrier quittait son atelier, le laboureur ses champs, le professeur son école, le juge son tribunal. On pouvait à peine retenir les malades dans leurs lits. Nobles et bourgeois formaient de brillantes cavalcades pour escorter avec honneur le missionnaire. A sa présence disparaissaient les fêtes mondaines, les désordres publics. C’était aussitôt une révolution dans les mœurs : plus de blasphèmes, ni de contestations, ni d’intempérance. Sa parole remuait profondément les âmes. A peine avait-il ouvert la bouche que les larmes coulaient de tous les yeux. En l’entendant prêcher les terribles jugements de Dieu, les pécheurs ne pouvaient dissimuler leur émotion ou dominer leur crainte ; souvent ils confessaient tout haut leurs crimes ; ils renonçaient à leurs passions pour embrasser les rigueurs de la pénitence et accomplir les œuvres de la charité chrétienne. Ce saint religieux retira du vice plus de cent mille pécheurs, convertit plus de quatre-vingt mille Juifs, hérétiques ou païens, et fit plus de huit cents miracles, parmi lesquels on cite la résurrection d’un enfant que sa mère avait coupé en morceaux et fait rôtir.

Vincent, appelé au concile de Constance, contribua à la pacification de l’Église et à l’élection de Martin V. Il avait repris ses courses apostoliques lorsqu’il mourut à Vannes, le 5 avril 1419, à l’âge de soixante-dix ans.

Réflexion pratique

Ô puissance de la grâce, et dans cet illustre convertisseur qui mène une vie si prodigieuse, et dans les deux cent mille âmes qu’il arracha au démon ! Mais la miséricorde du Seigneur ne s’est point amoindrie ; ayons confiance en elle et convertissons-nous aujourd’hui tout de bon.

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