Le bourg de Bosco, dans le territoire d’Alexandrie, en Piémont, est devenu célèbre par la naissance de Pie V.
Ce grand Pape y vint au monde le 17 janvier 1504, et fut nommé Michel sur les fonts de baptême ; des auteurs disent cependant qu’il fut appelé Antoine, et que le nom de Michel ne lui fut donné qu’à son entrée en religion. Son père s’appelait Paul, et était de la famille de Ghislieri, noble et patricienne, de Bologne, mais qui en avait été bannie longtemps auparavant par une sédition populaire. Sa mère se nommait Domenica Augeria. Tous deux pauvres, mais vertueux, ils eurent grand soin d’élever cet enfant dans la crainte du Seigneur, persuadés que la bonne éducation valait mieux que tous les trésors de la terre. Lorsqu’il fut âgé de douze ans, il entra, avec l’agrément de ses parents, chez les Dominicains de Voghera, à sept lieues de Bosco. Chaque matin, il servait la messe et consacrait le reste du jour à l’étude. Il passa ensuite au couvent de Vigevano, où il fit son noviciat, puis sa profession en 1519. À peine eut-il appris la philosophie et la théologie qu’on le jugea capable de les enseigner. Il reçut la prêtrise à Gênes, âgé de vingt-quatre ans. Dans un Chapitre de son Ordre, à Parme, en 1543, il soutint des thèses publiques où il réfuta admirablement les erreurs des luthériens et des calvinistes, qui commençaient à se répandre.
Ses études, néanmoins, ne l’empêchaient pas d’assister assidûment au chœur et à l’oraison, ni de satisfaire à ses autres exercices de piété. Cette grande capacité, jointe à une solide vertu, fit jeter les yeux sur lui pour l’élever aux charges de son Ordre ; il gouverna ses frères avec tant de prudence, de douceur et de charité, que chacun s’estimait heureux de vivre sous sa conduite : il avait un merveilleux empire sur les esprits les plus difficiles et les moins traitables. On raconte une chose remarquable qui lui arriva lorsqu’il était prieur en Lombardie. La guerre et la famine affligeant cette province et les autres voisines, trois cents soldats vinrent à son couvent pour le piller : notre Saint se présente à eux sans crainte, les accueille comme des hôtes, et leur inspire tant de vénération, que ces gens de guerre séjournent un mois dans la communauté, non-seulement sans commettre aucun dégât, mais même sans en troubler l’ordre : ils observaient eux-mêmes la Règle, se trouvant à l’office, mangeant au réfectoire avec les autres religieux, et entendant, avec un profond silence, la lecture qui s’y faisait. Nommé inquisiteur de Côme et de Bergame, le saint religieux fit paraître dans cette charge le zèle qu’il avait pour la foi. Il y courut souvent de grands dangers, qui ne purent ébranler sa constance. On décria même sa conduite auprès des princes : il fut obligé d’aller se justifier à Rome. Il s’acquit en cette ville l’estime des plus grands personnages, entre autres de Jean-Pierre Carafa, cardinal Théatin, qui fut depuis Paul IV, et de Rodolphe Pio, cardinal de Carpi ; et, à leur recommandation, il fut établi par Jules III commissaire général de l’inquisition à Rome ; et, après la mort de ce Pape et celle de Marcel II, qui ne fut que vingt et un jours sur le Siège apostolique, le même cardinal Théatin étant parvenu au pontificat, il le fit premier, souverain et perpétuel inquisiteur, avec une autorité si étendue, qu’il avait le pouvoir de juger par lui-même toutes sortes de causes, et d’absoudre ou de condamner en dernier ressort les accusés, ce que les souverains Pontifes n’avaient pas encore accordé, et ce qu’ils n’ont pas même, depuis, accordé à personne, s’étant toujours réservé le jugement en dernier ressort. Ce Pape l’avait auparavant fait, malgré lui, évêque de Népi et de Sutri, et, deux ans après, l’avait créé cardinal-prêtre du titre de la Minerve ; mais il s’appela cardinal Alexandrin, surnom qu’il portait déjà depuis longtemps, à cause de la ville d’Alexandrie, qui était peu éloignée du lieu de sa naissance.
Ces honneurs, qui auraient été capables de faire quelque changement dans les autres, ne firent aucune impression sur son cœur, et il en était si peu touché, que quand Paul IV lui parla de la pourpre, il lui dit ces paroles : « Hé quoi ! Saint-Père, voulez-vous me tirer du purgatoire pour me précipiter dans l’enfer? » Sa modestie lui faisant regarder cette éminente dignité comme beaucoup au-dessus de ses forces et de ses mérites, il craignait de n’en pas assez bien remplir toutes les obligations. Il ne quitta point la robe dominicaine, observa ses jeûnes et ses austérités habituels, et ne voulut pas que ses parents attachassent à son crédit la moindre espérance temporelle. Sa maison ne fut composée que des personnes dont il ne pouvait se passer avec bienséance, et dont la vie était irréprochable. Quand il recevait quelqu’un au nombre de ses domestiques, il l’avertissait que ce n’était point tant dans un palais qu’il entrait que dans un monastère où il fallait vivre en religieux. Il avait soin qu’on s’approchât souvent des Sacrements, et prenait quelquefois certains jours pour donner lui-même la communion à tous ceux de sa maison. Il était plein de bonté pour eux, respectant leur sommeil, leurs repas, ne les accablant jamais de fatigues, ayant soin d’eux dans leurs maladies.
Pie IV, qui avait succédé à Paul IV, ne fut pas plus tôt élu souverain Pontife, qu’il transféra le cardinal Alexandrin des évêchés de Népi et de Sutri à celui de Mondovi, dans le Piémont ; car cette église était tellement désolée, soit par la négligence des évêques précédents, soit par le voisinage des hérétiques, qu’il fallait un pasteur qui eût autant de zèle que notre Saint pour y rétablir la foi dans son ancienne pureté. Dès qu’il fut de retour à Rome, après la visite de son diocèse, le Pape, qui lui avait ordonné de revenir, le mit d’une congrégation qu’il avait établie pour terminer les difficultés touchant le Concile de Trente, qui se tenait alors. Le cardinal Alexandrin se montra en toutes ses fonctions le défenseur des lois et de la discipline ecclésiastiques. Ainsi il s’opposa vigoureusement à la promotion au cardinalat de Ferdinand de Médicis et de Frédéric de Gonzague, à cause de leur grande jeunesse, et parce que c’était le temps où l’on travaillait activement à réformer la discipline ecclésiastique ; quand il s’agissait de l’honneur et de l’intérêt de l’Église, il faisait au Pape les remontrances les plus hardies. Lorsqu’on lui représentait que cette trop grande liberté pourrait lui attirer quelque disgrâce, il répondait que dès qu’on ne voudrait plus souffrir qu’il dit la vérité, il retournerait de grand cœur dans son cloître.
Après la mort de Pie IV, arrivée le 9 décembre 1563, saint Charles Borromée, résolu d’éviter pour lui-même une succession qui entraînait une si grave responsabilité, réunit tous les suffrages en faveur du cardinal Alexandrin. Ce choix fut universellement approuvé. Mais l’élu était désolé : il eut recours aux prières et aux larmes pour qu’on ne lui imposât pas un fardeau au-dessus de ses forces. Enfin, la crainte de résister à la volonté de Dieu lui fit donner son consentement le 7 janvier 1566.
Il prit le nom de Pie V, pour montrer au peuple, qui appréhendait sa sévérité, qu’il voulait gouverner avec douceur. C’est pourquoi il disait depuis « qu’il se comporterait d’une telle manière, qu’on aurait plus de regret de sa mort qu’on n’avait eu de crainte de son élection ». En effet, il commença son pontificat par des actions d’une débonnaireté singulière ; il ne fut pas plus tôt assis sur le Siège apostolique, qu’il se fit apporter la liste de tous les pauvres de la ville, afin de leur donner à chacun une aumône par semaine ; et, au lieu de jeter de l’or et de l’argent au peuple, ou de l’employer en des festins et en d’autres dépenses superflues, ainsi qu’on faisait ordinairement à l’élection des Papes, il fit distribuer toutes ces sommes aux hôpitaux et aux pauvres honteux. Il établit aussi des personnes qui eussent soin des orphelins et des jeunes filles, jusqu’à ce qu’elles fussent en âge de se marier ; alors, il les pourvoyait libéralement de dot. Enfin, le jour même de son couronnement, il fit donner cinq cents ducats à un laboureur qu’il reconnut au milieu de la foule, et qui l’avait reçu autrefois charitablement chez lui, lorsqu’il s’était égaré de son chemin en se sauvant la nuit de Bergame, à cause de la persécution des hérétiques. Ces libéralités dissipèrent es vaines craintes que l’on avait conques de son gouvernement, et firent espérer aux Romains d’être heureux sous le pontificat d’un si saint homme ; mais ce ne furent là encore que des préludes des profusions qu’il devait faire dans la suite pour le repos de l’Église. La France n’oubliera jamais les secours d’hommes et d’argent qu’il envoya à Charles IX contre les calvinistes, qui avaient pris les armes contre lui ; et nous ne lui sommes pas peu redevables, comme ce roi ordonna à son ambassadeur à Rome de le déclarer en plein consistoire, des célèbres victoires de Jarnac et de Montcontour, où les troupes italiennes, qu’il avait envoyées sous la conduite du comte de Sainte-Flore, aidèrent infiniment le duc d’Anjou, qui fut depuis Henri III, à défaire ces rebelles ; aussi le roi, en reconnaissance de cette assistance, lui envoya, après ces victoires, plusieurs enseignes des ennemis, dont les premières furent mises en l’église de Saint-Pierre et les autres en celle de Saint-Jean-de-Latran.
L’île de Malte serait peut-être entre les mains des Turcs, si ce saint Pape, lorsque tout était désespéré, n’eût secouru ces généreux chevaliers, leur envoyant trois mille hommes avec quinze mille écus d’or, et s’il n’eût continué de leur en donner cinq mille par mois pendant les sept que dura encore le siège.
On se souviendra éternellement de la mémorable bataille de Lépante, où la foi triompha de l’infidélité, et les armes chrétiennes des armes ottomanes ; le grand Pie V en sera toujours regardé comme le principal auteur. Il sollicita les princes chrétiens de faire une sainte ligue contre Sélim II, qui, enflé des succès qu’il avait eus en plusieurs entreprises, et s’imaginant que rien ne pourrait arrêter le cours de ses conquêtes, avait résolu la ruine de l’Italie. Le Pape engagea particulièrement dans l’union le roi d’Espagne, la seigneurie de Venise et les autres princes dont les États étaient plus voisins des Turcs ; et ce fut par ses pressantes instances que le traité en fut conclu dans Rome, et signé au Consistoire le 20 mai 1571. Il fournit, de son côté, douze galères équipées et armées, avec trois mille hommes de pied et deux cent soixante-dix chevaux, sous la conduite de Marc-Antoine Colonna. Enfin, le Saint-Père n’épargna rien pour l’exécution d’un si grand dessein, et le ciel, dont il avait imploré le secours par des jeûnes, des prières et des aumônes extraordinaires, le favorisa tellement, que la prodigieuse armée des infidèles fut entièrement défaite, et qu’en l’espace de quatre heures (7 octobre 1571), il y eut trente mille Turcs tués et dix mille faits prisonniers ; trente-quatre des principaux capitaines et cent vingt chefs de galères y périrent ; quinze mille chrétiens furent mis en liberté ; les-confédérés prirent cent quatre-vingt-dix navires, en brûlèrent ou coulèrent à fond quatre-vingts, et ne perdirent qu’environ sept mille cinq cents hommes.
Ce fut un étrange spectacle de voir la mer teinte de sang, couverte de bras, de jambes, de têtes, de cadavres et de moribonds, et remplie de voiles déchirées, de mâts rompus, de rames brisées et d’une quantité innombrable d’armes de toutes sortes flottant sur les eaux. C’est néanmoins ce qui nous fait connaître la grandeur de cette victoire, et quelles sont les obligations que les fidèles ont à saint Pie V, qui l’a procurée à l’Église par ses soins et l’a obtenue par la ferveur de ses prières. Ayant eu révélation du temps où la bataille se devait livrer, il passa, comme un autre Moïse, le jour et la nuit précédente en oraison ; et on remarqua qu’au moment où les armées en vinrent aux mains, le vent, qui avait été jusqu’alors contraire aux chrétiens, changea tout à coup, et, poussant la fumée des canons contre les Turcs, les mit presque hors d’état de combattre. Les prisonniers ennemis avouèrent aussi que, durant la bataille, ils avaient vu en l’air Jésus-Christ et les apôtres saint Pierre et saint Paul, suivis d’une multitude d’anges l’épée à la main, qui les menaçaient de les faire mourir ; ce qui leur avait donné une telle épouvante, qu’ils ne savaient plus ce qu’ils faisaient. On n’a pas omis cette circonstance miraculeuse dans la description que l’on a faite de cette signalée victoire, sur un tableau qui se voit encore au Vatican. Pie V eut aussi révélation du gain de la bataille, à la même heure que les chrétiens triomphèrent des infidèles.
Outre ces illustres trophées que le saint Pape a remportés par les armes matérielles sur les ennemis de l’Église, nous rapporterons, en peu de mots, les glorieuses victoires qu’il a gagnées par les armes spirituelles sur l’hérésie et sur les vices. Bien que l’Église soit toujours sainte, pure et incorruptible en sa doctrine, le dérèglement néanmoins ne se glisse que trop souvent dans les membres particuliers qui la composent. Il était extrême au temps de notre Saint, et les mœurs étaient si corrompues, et la discipline ecclésiastique si relâchée, qu’il fallait un aussi grand courage que le sien pour entreprendre une réformation générale sur le modèle des décrets du saint Concile de Trente. Pour cet effet, il envoya partout des légats, des nonces, savoir : en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Hongrie, en Pologne, en Flandre, en Allemagne et en France, afin de s’opposer aux progrès de l’hérésie qui s’était déjà emparée d’une partie de ces royaumes et menaçait l’autre d’une funeste ruine ; d’y fortifier les fidèles contre les nouvelles erreurs, et d’y assister les pauvres catholiques que la persécution avait réduits à l’extrémité. Il eut grand soin de consoler les personnes affligées pour la religion, soit par des envoyés, soit par ses propres lettres.
Il en écrivit plusieurs à Marie Stuart, reine d’Écosse, qui était cruellement persécutée par Elisabeth, reine d’Angleterre. Sachant qu’elle était privée de l’usage des Sacrements, particulièrement de celui de l’Eucharistie, par l’impitoyable geôlier, il lui donna permission de se communier elle-même, quand on lui ferait parvenir des hosties consacrées. Il envoya aussi des missionnaires aux Indes, pour y cultiver la vigne du Seigneur qu’on y avait nouvellement plantée, et pour éclairer les idolâtres qui étaient encore dans les ténèbres du paganisme. Cependant il travaillait continuellement à Rome à la réformation des mœurs du clergé et du peuple, pour tâcher de rendre à l’Église son ancienne splendeur. Il exhortait souvent les cardinaux à être la lumière du monde, selon les paroles de Jésus-Christ, et à briller plus par leur vertu et par l’innocence de leur vie, que par la pourpre et l’éclat de leur dignité. Il protestait hautement qu’il n’accorderait ni ne souffrirait jamais rien qui fût contraire aux décrets du concile de Trente. Il ordonna à tous les évêques de résider dans leur diocèse, disant que les pasteurs qui voulaient paître leurs brebis n’en devaient pas être éloignés. Il défendit aux juges, sous de graves peines, de prolonger les procès, de favoriser qui que ce fût dans leurs jugements, pas même ceux de la maison pontificale. Il voulut que la justice fût rendue gratuitement aux pauvres. Il fit un édit contre les courtisanes : elles furent reléguées dans un quartier obscur, et menacées de peines sévères si elles se montraient ailleurs. Il réprima un autre fléau de Rome : c’était l’usure des Juifs. Il favorisa à cet effet les monts-de-piété, dont l’institution est due à Paul III (1539). Il délivra les États pontificaux des assassinats et des brigandages qui désolaient alors l’Italie. Cependant le chef des bandits, le plus redoutable, Mariano d’Ascoli, avait échappé à toutes les poursuites. Un homme de la campagne vint offrir au Pape de le lui livrer : Comment ferez-vous ? demanda Pie V. — Il a l’habitude de se fier à moi, répondit le montagnard, je l’attirerai facilement dans ma maison. — Jamais nous n’autoriserons une semblable perfidie, s’écria le Pape ; Dieu fera naître quelque occasion de châtier ce brigand, sans qu’on abuse ainsi de la bonne foi et de l’amitié. Mariano d’Ascoli ayant appris cette noble réponse de Pie V, se retira aussitôt de ses États et n’y reparut plus.
Ce saint réformateur proscrivit les combats d’’animaux, comme contraires à l’humanité ; les jeux que réprouve la justice, les excès des cabarets et des assemblées publiques. Il s’appliqua aussi particulièrement à rétablir ce qui regardait le culte divin ; il fit faire la correction du Bréviaire, du Missel et du petit office de la sainte Vierge, aux litanies de laquelle, après la bataille de Lépante, il fit ajouter ces mots : Auxilium Christianorum, ora pro nobis ; c’est-à-dire : « Vierge sainte, qui êtes le secours des chrétiens, priez pour nous ».
Il ne faut pas oublier dans cet ordre d’idées sa réformation de la musique religieuse. Au commencement du XVIe siècle, cette musique s’était laissée envahir par un style tellement fleuri et profane, que le pape Marcel II avait été sur le point de bannir de l’Église toute autre mélodie que celle du plain-chant. L’exécution d’un décret si rigoureux ne fut conjurée que par la patiente condescendance de saint Charles Borromée et par le génie de Palestrina. Ce grand artiste, jadis simple enfant de chœur sous le nom de Pierre-Louis, dans une obscure église de Palestrina, son lieu natal, s’était élevé au rang de maître de chapelle de la basilique de Saint-Jean-de-Latran. Saint Charles, agissant en qualité de membre d’une commission instituée par Pie IV pour décider la question de la musique religieuse, envoya chercher Palestrina, et lui donnant clairement à entendre que le sort de l’art était entre ses mains, lui commanda d’écrire une messe suivant les principes sévères tracés par le concile. Trois mois après, Palestrina présentait au cardinal Borromée trois messes, dont l’une, communément appelée messe du pape Marcel, porte cette devise : Deus in adjutorium meum intende, tracée par la main tremblante du compositeur et encore lisible aujourd’hui sur le manuscrit. Ce fut un succès complet pour la cause de la musique sacrée, et Pie V, dont l’élévation eut lieu presque immédiatement après, nomma Palestrina son maître de chapelle, sanctionnant par cette élection même l’usage de la musique, dans tous les temples de la catholicité.
Pie V ordonna que la fête de saint Thomas d’Aquin se célébrerait à l’avenir comme celles des quatre Docteurs de l’Église. Il retrancha plusieurs abus qui s’étaient introduits dans les matières bénéficiales, et spécialement dans les résignations par lesquelles on les rendait héréditaires dans les familles ; comme on lui remontra que ces lois allaient ruiner la cour romaine, le Saint fit cette admirable réponse : « Il vaut mieux que la cour soit ruinée, que de renverser la religion de l’Église catholique ». C’est par ses soins que fut achevé et publié le savant catéchisme du concile de Trente, qui renferme aussi nettement que solidement tous les mystères de la foi, toutes les beautés de la théologie ; l’Église a voulu que les pasteurs eussent, en un seul petit livre, de quoi nourrir leurs esprits et de quoi repaître les peuples qui leur sont confiés. Il érigea la Congrégation des Frères de la Charité, dont le bienheureux Jean de Dieu avait jeté les premiers fondements, et leur donna la Règle de Saint-Augustin. Il fit faire trois vœux de religion aux clercs réguliers, dits de Somasque, institués par le pieux Jérôme Émilien, sénateur de Venise. Il réforma l’ordre de Cîteaux en Sicile, où il était presque déchu. Il réunit les Servites qui s’étaient divisés en deux corps. Il supprima l’Ordre des Humiliés, autrefois si florissant en Italie, à cause d’un attentat qu’un religieux de cet institut avait commis contre la personne de saint Charles Borromée, qui avait entrepris de les réformer. Enfin, il fit plusieurs réformes monastiques, comme on peut le voir dans Gabutius. Il envoya aux Minimes de France, pour visiteur, le R. P. Mathurin Aubert, qui avait été son confesseur depuis sa promotion au cardinalat, avec le R. P. Le Tellier, tous deux religieux du même Ordre.
Grâce à ses soins, les religieux Minimes déployèrent une grande constance en face de l’hérésie : pas un ne fut du nombre des apostats, à une époque où il y en eut tant. Il nous reste à dire quelques mots de la vie privée et des vertus de notre saint Pape. Il ne manquait point de dire tous les jours la messe, à moins qu’une maladie ne le mît hors d’état de le faire. Il avait une singulière dévotion envers la Passion de Notre-Seigneur, sur laquelle il méditait souvent.
Il faisait assidûment l’oraison tous les matins, et il y était si appliqué que, quand ses domestiques avaient à lui parler, ils étaient obligés de le tirer par la robe pour le faire revenir à lui ; et elle était accompagnée d’une telle ferveur, qu’il obtenait de Dieu tout ce qu’il demandait ; le Sultan, comme il l’a confessé plusieurs fois, appréhendait plus les prières du saint Pape que les armes de tous les princes chrétiens. Il célébrait les divins mystères avec une telle révérence, que plusieurs juifs et hérétiques se convertirent pour l’avoir vu officier pontificalement. Il étudiait sans cesse l’Écriture sainte, et lisait tous les jours quelque endroit de la vie de saint Dominique ou de quelque autre saint de son Ordre, afin de se former sur leur conduite. Tous les soirs, il faisait assembler ses domestiques pour se trouver aux litanies et aux autres prières qu’il voulait qu’on récitât en sa présence. Les grandes occupations qu’il avait ne l’empêchaient point de dire tous les jours le chapelet à l’honneur de la sainte Vierge. Il priait souvent pour les morts, et il a avoué qu’il avait reçu de merveilleux secours de cette dévotion dans les plus grands périls. Tous les ans, pendant les jours de fêtes et de divertissements qui précèdent le Carême, il visitait les sept églises de Rome, suivi de toute la maison pontificale. Il ne jeûnait pas seulement le Carême, quoiqu’il eût plus de soixante ans et fût très-infirme, mais encore l’Avent ; dans les autres temps, il ne mangeait de la viande que trois fois la semaine, ce qu’il observa toute sa vie, même dans ses plus grandes maladies ; et, comme un de ces jours d’abstinence, étant malade à mort, on lui présenta, par ordre du médecin, une composition d’amandes pilées avec de la viande, dès qu’il s’en aperçut, il n’en voulut point manger, et, se plaignant de cette tromperie : « Voulez-vous », dit-il, « que, pour deux jours que j’ai encore à vivre, je viole une coutume que j’observe depuis soixante ans ? » Il garda sa chasteté inviolable ; ses confesseurs ont attesté, dans le procès de sa canonisation, qu’ils n’avaient point remarqué qu’il eût fait aucune faute notable contre cette vertu. Il visitait lui-même les hôpitaux et s’informait diligemment auprès des malades s’ils étaient bien assistés, tant pour leur corps que pour leur âme. On ne peut raconter les charités qu’il fit durant une maladie contagieuse et une cruelle peste qui affligèrent Rome sous son pontificat : il pourvut soigneusement aux besoins des personnes qui en étaient atteintes. Il avait une grande horreur de l’avarice ; quoique l’argent lui manquât dans la guerre contre les Turcs, bien loin d’établir des impôts pour cela, il jeta au feu des cahiers qu’on lui avait présentés, qui contenaient des moyens, même légitimes, de lever quelques deniers. Des princes, lui demandant une dispense de mariage, lui offrirent quinze mille écus d’or pour l’obtenir ; mais le Saint, après avoir examiné la chose, et trouvé qu’il la pouvait accorder sans préjudice des saints Canons, l’accorda, et refusa l’argent qu’on lui présentait : son dataire lui remontrait qu’on pouvait, sans péché, recevoir cette somme et l’employer à des usages pieux ; le Saint cita pour réponse ces paroles du concile de Trente : Raro, ex causa, et gratis, c’est-à-dire rarement, pour des motifs réels, et gratuitement. Un criminel, condamné à la mort, lui ayant fait offrir dix mille ducats pour racheter sa vie, Pie V répondit que la justice était faite pour les riches comme pour les pauvres, et ne voulut point lui faire de grâce. Quoiqu’il fût naturellement prompt, il modérait néanmoins tellement son humeur, qu’il ne paraissait rien d’austère dans ses paroles. Il donnait volontiers audience à toutes sortes de personnes, mais particulièrement aux pauvres, qu’il écoutait avec une patience admirable, jusqu’à ce qu’ils lui eussent tout dit ; et, quand il ne pouvait leur accorder ce qu’ils demandaient, il ne les refusait qu’avec une peine extrême. Il s’efforçait d’obliger ceux qui lui avaient rendu quelque mauvais office, et jamais il ne garda le souvenir d’une injure. Il pardonna à un libertin, qui avait fait quelque pasquinade contre lui, en lui disant : « Mon ami, je vous ferais punir sévèrement si vous aviez outragé le souverain Pontife ; mais parce que vous n’avez offensé que Michel Ghislieri, allez-vous-en en paix ». Il ne voulut pas non plus qu’on poursuivit une autre personne de noble condition, qui avait conspiré contre sa vie.
Que dirai-je de l’humilité et de la modestie de notre saint Pape ? Bien que la dignité pontificale l’obligeât à recevoir des honneurs, ils n’étaient néanmoins pour lui que des supplices : il regardait cet éclat extérieur comme des épines très-piquantes, qui l’avertissaient du péril où il était exposé. En effet, il avoua qu’il n’avait pas eu un moment de repos depuis qu’il était sur le Siège apostolique ; que sa condition était digne de compassion, et qu’il se repentait bien d’avoir accepté une charge qui était au-dessus de ses forces. Aussi délibéra-t-il plusieurs fois s’il n’abdiquerait pas pour jouir de la tranquillité religieuse qu’il avait goûtée avec tant de plaisir dans son cloître. Il ne put souffrir d’ameublements précieux ni de tapisseries rares dans son palais ; on n’y voyait point de peintures profanes, mais des crucifix et d’autres tableaux de piété. Il défendit qu’on lui fit un habit neuf quand il fut élu pape, se contentant de ceux que son prédécesseur avait laissés. Il porta toujours une tunique de grosse laine au lieu de chemise, et il fut impossible de lui en faire mettre d’autre plus fine, ni de lui persuader de se servir d’un habit de drap de Cuença, parce qu’il le trouvait trop beau. Il ne voulut pas permettre que l’on mît, dans le Capitole, une statue que le peuple romain avait érigée en sa mémoire : « J’aimerais mieux », disait-il, « être gravé dans le cœur des gens de bien et vivre dans la postérité par des exemples de vertu, que d’être en marbre ou en airain sur une place publique ». Il tint la même conduite pour ses neveux, ses nièces et ses proches : il leur donnait ce qui était nécessaire pour les instruire, les marier, les faire vivre honnêtement : mais il refusa de leur ouvrir la voie des honneurs et de l’opulence. Il croyait, avec raison, que les revenus ecclésiastiques ne doivent avoir qu’une destination sainte. Il ne pouvait supporter que, dans le gouvernement soit spirituel, soit temporel, on eût en vue autre chose que la gloire de Dieu et l’honneur de l’Église ; d’après lui, ce qu’on appelle raison d’État est une invention du démon, de l’ambition, et des autres passions.
Ce saint Pape souffrait depuis longtemps les douleurs de la pierre, sans permettre qu’on lui fit l’opération, qui seule pouvait le guérir. Au mois de janvier 1572, les médecins déclarèrent que sa vie était en danger. Au milieu des souffrances les plus aiguës, il ne laissa pas échapper la moindre plainte ; il se contentait de soupirer devant le crucifix, qu’il regardait, qu’il baisait tendrement ; il disait alors à Notre-Seigneur : « Seigneur, augmentez le mal, mais aussi augmentez la patience ». Tant que ses forces lui permirent de se tenir debout, il célébra lui-même le saint sacrifice de la messe ; quand il n’en fut plus capable, il y assistait chaque matin dans sa chambre et y communiait. Le 4 avril, jour du vendredi saint, il fit apporter une grande croix dans son oratoire, se leva et alla nu-pieds l’adorer, arrosant de ses larmes les cinq plaies du Sauveur. Le bruit de sa mort s’étant répandu dans Rome, il put entendre les gémissements de son peuple, qui le pleurait. Touché de ces marques d’amour, il voulut encore une fois bénir les Romains.
Le jour de Pâques il se fit transporter, revêtu de ses habits pontificaux, dans la loge au-dessus de la grande porte de Saint-Pierre : la vie reparut un instant sur son visage ; sa voix se trouva fortifiée, de sorte que sa bénédiction fut entendue distinctement jusque dans les rangs les plus reculés de cette immense multitude agenouillée sur la place de Saint-Pierre. Le 21 avril, il entreprit un pieux exercice que tout le monde croyait au-dessus de ses forces, c’était de faire les stations des sept églises : il se mit en marche, malgré son médecin, soutenu par-dessous les bras. Sa pâleur était si livide qu’on crut le voir expirer pendant le trajet. Dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran, il monta l’escalier saint à genoux, baisa trois fois la dernière marche et ne pouvait se résoudre à quitter ce lieu sacré. Lorsqu’on l’eut ramené au Vatican, on tâcha d’écarter de son lit toute préoccupation extérieure ; mais on ne put lui cacher l’arrivée de catholiques anglais, qui fuyaient les persécutions d’Elisabeth. Il voulut les voir, les combla de gages d’affection, leur fit raconter tout ce qui intéressait l’Église en Angleterre, et recommanda particulièrement au cardinal Alexandrin de pourvoir aux besoins de ces hôtes, qui se trouvaient dans un parfait dénuement. Quand on les eut congédiés, on l’entendit s’écrier en joignant les mains : « Mon Dieu, vous savez si j’ai toujours été prêt à répandre mon sang pour le salut de cette nation ». Plus il approchait de sa fin, plus il était tranquille : une sainte joie brillait sur son visage, tandis que le spectacle de ses souffrances et de sa patience arrachait d’involontaires sanglots autour de lui. Parmi les prières qu’on lisait à son chevet, une grande partie du jour et de la nuit, il affectionnait surtout les sept Psaumes de la Pénitence ; il faisait arrêter le lecteur à chaque verset, afin de produire des actes de contrition, conformes à ceux du roi pénitent. Plusieurs fois on lui lut la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à chaque fois qu’on prononçait ce nom sacré, il se découvrait. Quand ses mains déjà raides et glacées lui refusèrent leur service, il s’acquitta de ce devoir respectueux avec l’aide d’une personne placée près de lui. Le 30 avril il reçut l’Extrême-Onction. Il voulut encore une fois s’agenouiller, et, dans la plus humble attitude, il invoqua Dieu pour les nécessités de son Église qui, objet de ses soins pendant sa vie, occupa ses pensées jusque dans la mort. Il fit venir quelques membres du Sacré-Collége pour leur donner ses dernières instructions : « Il ne me reste », leur dit-il, « qu’à vous recommander, de toute mon âme, cette même Église que Dieu avait commise à ma garde. Faites vos efforts pour m’élire un successeur plein du zèle de la gloire de Dieu ; qu’il ne soit attaché à aucun autre intérêt en ce monde, et ne cherche que le bien de la chrétienté ». La chaleur avec laquelle il prononça ces paroles, en agitant ses bras défaillants, épuisa ce qui lui restait de force. À partir de ce moment, les regards attachés sur la croix, il ne laissa plus échapper de ses lèvres que des textes, à peine articulés, de la sainte Écriture. Il expira le premier jour de mai 1572, à cinq heures et demie du soir, âgé de soixante-huit ans : son règne avait duré six ans, trois mois et vingt-trois jours. Les médecins, pour se rendre compte de son courage, firent l’autopsie de la partie qui avait été malade et y trouvèrent trois pierres noires : ils déclarèrent que sa patience, dans une situation si douloureuse, avait été surhumaine. La mort du saint Pontife fut pleurée dans tout l’univers catholique. En Espagne, sainte Thérèse en eut révélation et s’écria toute éplorée, devant ses carmélites : « Ne vous étonnez pas, mes sœurs, et pleurez plutôt avec moi, car l’Église est veuve de son très-saint Pasteur ».
Parmi les miracles que Dieu opéra en faveur de Pie V, le suivant est raconté par tous les historiens contemporains : Un jour qu’il voulut baiser, selon sa coutume, un crucifix devant lequel il faisait sa prière, le pied du Christ se retira de lui-même ; c’est que des pervers avaient enduit de poison ce crucifix, comme on le vit en l’essuyant avec de la mie de pain qui, présentée ensuite à des chiens, les fit périr sur-le-champ. Le Saint ne voulut pas même qu’on recherchât ces assassins. Les arts ont souvent reproduit l’événement du crucifix.
Il prédit plusieurs événements longtemps avant qu’ils arrivassent. Un jurisconsulte étant monté en chaire dans le dessein d’invectiver contre sa conduite, il perdit la parole à l’heure même, et mourut misérablement quelques jours après. Il a chassé les démons des corps de plusieurs possédés, et beaucoup de pécheresses se sont converties à la vue de son saint corps exposé après sa mort. Dans un incendie de la chapelle du duc de Sessa, le feu, qui avait fondu jusqu’aux vases d’argent, ne fit aucun dommage à deux images de Pie V, dont l’une était de toile et l’autre de carton. Anne-Marie Martinozzi, femme du prince de Conti, a été guérie de grandes douleurs de tête, et est accouchée heureusement après plusieurs fausses couches, en vénérant comme une précieuse relique le chapeau de ce saint Pape. Enfin, on a expérimenté que les Agnus Dei consacrés de sa main avaient une vertu particulière pour préserver de l’eau, des flammes et des armes : un débordement du Tibre fut arrêté en un moment par une de ces saintes images de cire qu’il y fit jeter, et des soldats devinrent presque invulnérables, en portant sur eux de ces précieuses reliques.
Dès qu’il fut décédé, chacun fit ses efforts pour avoir quelque morceau de ses vêtements, et on fut obligé, pour arrêter la dévotion du peuple qui avait été trop loin en cela, d’enfermer son corps dans une chapelle où on pouvait seulement lui baiser les pieds à travers des barreaux. Le général de l’Ordre de Saint-Dominique obtint, à force de prières, une tunique de laine , qu’il avait portée, et en fit ensuite présent à Sébastien, roi de Portugal. Plusieurs princes demandèrent, avec empressement, quelqu’une de ses calottes ou ses souliers, ou quelque autre chose qui lui avait servi, tant on avait de vénération pour lui. Les Turcs mêmes firent en sorte d’avoir son portrait, comme d’un des plus grands hommes du monde.
Les pèlerins qui se rendent à Rome ne manquent pas de visiter, au couvent de Sainte-Sabine, la chapelle dite de saint Pie V. Cette chapelle n’est pas autre chose que la cellule qu’occupa saint Pie V, alors qu’il s’appelait simplement frère Michel Ghislieri. Elle est en tête d’un long couloir, à l’entrée duquel on lit en gros caractères : Silence.
Le tableau du maître-autel représente le miracle du crucifix. Sur le mur de gauche, un tableau représente saint Philippe de Néri prédisant la tiare à notre saint religieux ; sur celui de droite, le saint Pontife ramasse un peu de poussière du Vatican et la donne à des ambassadeurs polonais, qui désiraient des reliques, en leur disant : Voici ce que vous désirez, cette poussière fut baignée, il y a quinze siècles, du sang des martyrs. Vis-à-vis l’autel, au-dessus de la porte, Pie V est peint à genoux, regardant avec anxiété par une des fenêtres de son palais, Un ange à ses côtés lui annonce la bataille de Lépante, et lui décrit avec enthousiasme les détails de cette grande victoire navale qui fut son œuvre, et dont il attribue le succès à la vierge du Rosaire. Enfin, sur l’autel, s’offre à votre vénération un très-beau crucifix d’ivoire. C’est celui même de saint Pie V. Jusque-là on l’avait conservé avec un religieux respect au Vatican ; mais Pie IX, notre bon Pontife, dans une de ses visites à Sainte-Sabine, l’a offert aux religieux du couvent, leur disant, avec sa gracieuseté accoutumée, que c’était à eux, mieux qu’à tout autre, que devait appartenir cette précieuse relique.
On représente encore saint Pie V avec un rosaire, car il avait une grande confiance en cette dévotion. On place aussi à ses côtés une flotte, pour rappeler la victoire de Lépante et l’institution de la fête de Notre-Dame de la Victoire.
Le corps de saint Pie V, qui se conserva sans corruption, fut inhumé dans l’église des religieux de son Ordre, qu’il avait fondée à Bosco, lieu de sa naissance, où il avait choisi sa sépulture ; mais quinze ans après, à savoir, l’an 1588, Sixte V le fit transporter en la basilique de Sainte-Marie-Majeure, où il lui avait fait dresser un superbe mausolée au côté droit de l’autel. Les miracles qui se firent à son tombeau engagèrent la sainte Congrégation des Rites à ordonner que, le jour de l’anniversaire de son décès, on ne dirait plus une messe des trépassés, mais une messe de la très-sainte Trinité, en actions de grâces de ce que Dieu avait reçu son âme en la compagnie des Saints ; ce qu’Urbain VIII confirma l’an 1615 ; et le 1er mai de l’an 1672, Clément X a fait le décret de sa béatification. Mais enfin, le 22 mai 1712, le pape Clément XI le déclara Saint, après avoir observé toutes les formalités ordinaires pour ce sujet.





