Thomas eut pour père Landolphe, seigneur d’Aquin, de Lorette et de Belcastro et pour mère Théodora Caracciolo, qui descendait du fameux Tancrède de Hauteville.
Il naquit au château de Rocca-Secca, vers la fin de 1226. Les religieux du Mont-Cassin lui donnèrent les premières leçons et furent émerveillés de ses progrès ; à onze ans, il fut en état de suivre les cours d’Universités. Sous la conduite d’un sage précepteur, on l’envoya à celle de Naples. Dans cette ville corrompue, Thomas reste pur et mène de front l’étude de la science et la sanctification de son âme. A quatorze ans, il frappe à la porte des Dominicains, qui l’admettent. Sa mère accourt, veut l’arracher à la solitude : il se dérobe à l’entrevue et part pour Rome. Théodora y vole sur ses traces ; mais le pape intervient et décide en faveur de la vocation de Thomas.
Pour le soustraire à d’inutiles instances, on le dirige sur Paris ; ses frères parviennent à l’arrêter et le ramènent au château paternel. Là, pour l’ébranler, il a contre lui toute sa famille ; sa mère d’abord, qui le supplie en pleurant : « Ma mère, » répondait le novice,« parce que j’aimerais Dieu davantage.vous en aimerai-je moins ? » ses sœurs, qui essaient de lui inspirer l’amour du monde et qu’il convertit à l’amour de Dieu ; ses frères, qui l’enferment dans une tour, l’accablent d’outrages et vont jusqu’à tendre un piège à son innocence. C’est une courtisane d’une grande beauté qu’ils introduisent auprès de lui pour le séduire. Thomas, qui redoute les ardeurs de sa jeunesse, ne peut prendre la fuite ; alors, implorant le ciel d’un regard, il saisit un tison ardent, poursuit sa tentatrice et l’oblige à quitter sa chambre. Après cette victoire, le saint jeune homme se prosterne, remercie le Seigneur et lui demande instamment la grâce de ne jamais pécher contre la sainte vertu. Pendant sa prière, un ange lui apporte une ceinture comme gage de la protection divine et symbole de sa perpétuelle chasteté.
Thomas était ainsi captif depuis deux ans, lorsque, sur l’intervention du pape Innocent IV et de l’empereur Frédéric II, ses frères le laissèrent s’évader. Une corbeille suspendue à une corde que tiennent seulement les faibles mains de ses sœurs, le descend au pied du donjon pendant la nuit. Les Dominicains, secrètement avertis, étaient là pour le recevoir. Il retourne à Naples, fait sa profession l’année suivante (1243) et part pour Cologne, où il doit compléter ses études sous la direction d’Albert le Grand. Comme il traversait Paris : « Ne voudriez-vous pas être le roi de cette ville ? » lui demande naïvement son compagnon. — « J’aimerais mieux les commentaires de Chrysostome sur saint Matthieu, » répond vivement le saint.
A Cologne il écoutait, rêveur et taciturne, les leçons du maître, et ses condisciples, par dérision, l’appelaient le grand bœuf muet de Sicile. Bientôt son illustre professeur l’obligea de parler dans une thèse publique. En l’entendant il s’écria :« Le bœuf muet poussera dans la science de tels mugissements, qu’ils retentiront dans le monde entier. » En 1245, Thomas suit son maître à Paris et l’écoute encore dans la célèbre maison de Saint-Jacques. Trois ans plus tard, ils retournent tous deux à Cologne. Mais cette fois frère Thomas, à peine âgé de vingt-deux ans, devra lui-même enseigner, sous la surveillance d’Albert le Grand.
Après son ordination (1250), il revint à Paris,où la Sorbonne lui offrait une chaire. Leçons, prédications, écrits : tout fut remarquable dans le jeune docteur, et son nom retentit bientôt dans le monde catholique tout entier. Urbain IV l’appela à Rome dans le dessein de lui donner la pourpre, mais l’humble savant ne voulut jamais y consentir, et n’accepta que la charge de Maître du palais, qui l’obligeait à suivre le pape et à prêcher dans les villes qui recevaient la visite pontificale. A cette époque, il fut chargé, avec son ami saint Bonaventure, de composer l’office de la Fête-Dieu. Au jour fixé, les deux religieux paraissent devant le Souverain-Pontife et les cardinaux réunis: « A vous, frère Thomas, » dit Urbain IV. Et le fils de Saint Dominique commence la lecture de cette œuvre immortelle où son pieux génie a merveilleusement mêlé la science du docteur avec l’onction du saint. A mesure qu’il déroule sa sublime inspiration dans l’auditoire frémissant, tous l’écoutent en silence et osent à peine respirer. Par moments, cependant, on pouvait remarquer le léger bruit de feuillets que l’on froisse. A la fin, les applaudissements éclatent, l’enthousiasme est à son comble. « A votre tour, frère Bonaventure, » dit le Pape. Alors le fils de Saint François se lève et, montrant à ses pieds, épars sur le sol, les fragments de son manuscrit déchiré: « Très Saint Père, » répond-il, « voilà ce qui reste de mon œuvre. »
Urbain IV mourut bientôt après. Son successeur, Clément IV, appela Thomas, sans le consulter, au siège archiépiscopal de Naples. Ce fut un coup si rude pour l’humble Dominicain que le Pape, craignant de voir s’éteindre le flambeau pour l’avoir voulu placer sur le chandelier de l’Église, dut retirer sa bulle d’institution. Cet acte d’humilité valut au monde la Somme Théologique. Libre désormais de toute entrave, le docteur commença résolument cette œuvre capitale, dont les six mille articles, au dire du Pape Jean XXII, sont autant de miracles. Pour réaliser son chef-d’œuvre, Thomas n’eut que le court espace de huit ans ! Grégoire X l’avait appelé comme théologal au concile œcuménique de Lyon. N’écoutant ni sa faiblesse ni ses souffrances, il se mit en chemin, et mourut dans l’exercice même de l’obéissance, chez les Cisterciens de Fosse-Neuve, le 7 mars 1274, à l’âge de quarante-huit ans. Albert le Grand, son maître, vivait encore. Lorsqu’il apprit la triste nouvelle, il s’écria tout en larmes : « Frère Thomas d’Aquin, la lumière de l’Église, n’est plus de ce monde ! »
RÉFLEXION MORALE
Saint Thomas préférant à la première ville de France le livre d’un Père de l’Église qui explique l’Évangile : c’est le commentaire pratique de cette maxime de Jésus-Christ : Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? Sur toutes choses nos intérêts éternels doivent avoir le pas.





