Dieu, ayant donné l’archange saint Michel à son Église, pour en être le protecteur, comme il était autrefois celui de la Synagogue, a voulu faire paraître, en divers temps et en divers lieux, quelque merveille par son intercession et par son ministère, afin que les fidèles ne pussent pas douter de sa bienveillance à leur endroit ; qu’ils lui rendissent leurs respects et qu’ils eussent recours à lui dans leurs besoins. Nous trouvons dans les Histoires ecclésiastiques diverses apparitions de cet Archange, et nous y remarquons plusieurs églises consacrées en son honneur, tant en Orient qu’en Occident.

Siméon Métaphraste rapporte une de ces appariions faite dès le premier ou le second siècle de l’Église, près de la ville de Chone, en Phrygie, à un homme de Laodicée ; elle fut cause de sa conversion et de celle de sa fille, ainsi que de la guérison de cette même fille qui était muette. Elle fut aussi suivie de la construction d’un temple en l’honneur de ce glorieux protecteur, tel que la persécution et le malheur des temps le pouvaient permettre. Florus de Trapani, le plus ancien des poètes chrétiens, assure qu’avant son temps saint Michel était apparu à Rome, et qu’on y faisait une fête solennelle en son honneur ; ce qui ne peut être que fort ancien. Ses vers sont rapportés par le cardinal Baronius, en ses Commentaires sur le martyrologe romain. Sozomène et Nicéphore, en leurs histoires, font mention d’une autre apparition de saint Michel à Constantin le Grand, dans les premières années de son empire ; elle le porta à bâtir, dans Constantinople, une église magnifique qui fut appelée Sosthène. Procope témoigne que l’empereur Justinien, qui régnait dans le VIème siècle, fit dédier six églises en mémoire du même prince du ciel, et qu’il les orna de riches présents. La peste désolant la ville de Rome, en l’année 390, saint Grégoire le Grand vit, au-dessus d’un fort, le môle d’Adrien, un ange qui remettait son épée dans son fourreau, pour marquer que la colère de Dieu était apaisée par les prières du peuple, et que ce mal allait cesser ; et en mémoire de ce miracle, vingt ans après ou environ, le pape Benoît III ou IV fit construire au même lieu une église de Saint-Michel, qui fit changer de nom à ce fort, et le fit appeler le château Saint-Ange. Cette église fut bientôt accompagnée d’une autre du même nom dans le marché appelé de la Pêcherie. Enfin, nous apprenons, par une ancienne inscription que l’on voit à Rome, gravée sur du marbre, que le pape Léon IV, après avoir remporté une insigne victoire sur les Sarrasins, et les avoir chassés du port de Rome, fit bâtir un nouveau temple au Vatican, sous le nom de ce chef des armées de Dieu : ce fut vers l’année 849.

La France n’a pas non plus manqué de témoignages de la protection et de l’assistance de saint Michel. Nos historiens remarquent que, vers l’année 709, il honora saint Aubert, dixième évêque d’Avranches, d’une apparition très remarquable, et lui déclara que la volonté de Dieu était qu’il lui fit bâtir une église dans la mer, sur le haut d’un rocher appelé La Tombe. Le Saint, qui voulait s’assurer de la vérité de cette vision, n’obéit pas aussitôt ; mais l’Archange lui apparut deux autres fois, et, à la troisième, il lui pressa le front avec son doigt, et y laissa une forte empreinte, que l’on voit encore à son crâne. Ainsi il fut obligé de se rendre ; et, ayant fait bâtir l’église à l’endroit qui lui avait été marqué, il y mit des chanoines réguliers. Elle fut ensuite donnée aux religieux de l’Ordre de Saint-Benoît. C’est ce que nous appelons le mont Saint-Michel, dont le pèlerinage fut si célèbre, et que Dieu a rendu illustre par une infinité de miracles et de secours surnaturels. Mais la plus insigne et la plus remarquable apparition de saint Michel, est celle que l’Église célèbre aujourd’hui, et qui se fit au mont Gargan, que l’on nomme maintenant le mont Saint-Ange, près de la ville de Siponto, dite aujourd’hui Manfredonia, en la province de la Pouille et au royaume de Naples.

En voici l’histoire en abrégé. Au temps du pape Gélase Ier, l’an 492, un homme riche, nommé Gargan, ayant de grands troupeaux à la campagne, un de ses taureaux s’éloigna des autres, et s’enfuit dans les montagnes. On le chercha quelques jours inutilement ; mais, l’ayant enfin trouvé dans une caverne, on lui tira une flèche, qui, rejaillissant contre celui qui l’avait tirée, le blessa. Ses compagnons, étonnés de cet accident, et jugeant qu’il y avait quelque chose de mystérieux là-dessous, eurent recours à l’évêque de Siponto pour apprendre de lui ce que ce pouvait être. Ce prélat ordonna un jeûne de trois jours, et exhorta les fidèles à se mettre en prières pour obtenir du ciel la grâce de découvrir ce que signifiait ce miracle. Au bout de trois jours, saint Michel lui apparut, et lui déclara que cette caverne, où le taureau s’était retiré, était sous sa protection, et que Dieu voulait qu’elle fût consacrée sous son nom en l’honneur de tous les anges. L’évêque, accompagné de tout son clergé et de son peuple, fut la reconnaître, et la trouva déjà toute disposée en forme d’église : on commença d’y célébrer les divins offices, et l’on y bâtit aussi un temple plus magnifique, où la puissance divine a opéré plusieurs grands miracles, qui font bien voir la vérité de la révélation. Saint Romuald, fondateur de l’Ordre des Camaldules, ordonna à l’empereur Othon d’y aller nu-pieds depuis Rome, pour pénitence de ce qu’il avait fait mourir le sénateur Crescence, ou du moins de ce qu’il avait consenti à sa mort. C’est une marque de la vénération que l’on a toujours eue pour ce saint temple, et une preuve que c’était un lieu de dévotion, où les pèlerins allaient pour implorer sa miséricorde.

Comme nous devons traiter plus amplement, au jour de la dédicace de saint Michel, de ce qui touche cet admirable Archange, et parler en même temps des perfections, des propriétés et des ministères des autres anges, nous ne nous y arrêterons pas davantage en ce lieu ; nous remarquerons seulement que le docteur Michel Navé, chanoine et archidiacre de Tournay, a composé une chronique de toutes les apparitions de Saint-Michel, et de toutes les faveurs extraordinaires que l’on a reçues publiquement de lui tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Ceux qui souhaiteront avoir plus d’instruction sur ce sujet, pourront aisément le consulter.

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