Saint Ignace s’appelait aussi Théophore. Il fut disciple des Apôtres, et en particulier de Saint Pierre et de Saint Jean. Il reçut des Apôtres mêmes l’ordination épiscopale, et il gouverna l’Église d’Antioche avec une charité et une humilité dignes d’un successeur de Saint Pierre.
Pendant les persécutions excitées sous Domitien, il s’opposa comme un bon pilote à la violence de la tempête, par la prière, le jeûne, l’instruction continuelle, et par la force qu’il recevait de l’Esprit de Dieu. Il vit avec joie le calme et la tranquillité rendus à son Église ; mais il regrettait de n’avoir pas été jugé digne de mourir pour le Seigneur, ce qui lui faisait croire qu’il n’était pas encore parvenu au véritable amour de Jésus-Christ, ni au rang de ses parfaits disciples. Pendant le peu d’années que dura la paix, il continua d’éclairer son peuple, en lui expliquant les divines Écritures ; et Dieu lui accorda enfin la grâce du martyre, à laquelle il aspirait depuis si longtemps. Ce fut dans la persécution de Trajan.
Ce prince, enflé des victoires qu’il venait de remporter sur plusieurs peuples barbares, avait déclaré la guerre à la religion chrétienne. Étant venu à Antioche, l’an 107 de Jésus-Christ, dans le dessein de marcher de là contre les Parthes, il se fit amener Saint Ignace, et lui dit : « Est-ce toi, malheureux démon, qui méprises nos ordres, et persuades aux autres de se perdre ? » Saint-Ignace répondit : «On n’appelle pas Théophore un Mauvais démon, (il faisait allusion à la signification de son nom de Théophore, qui signifie Porte-Dieu.) — Et qui est Théophore ? lui dit Trajan. — C’est, répondit Ignace, celui qui porte Jésus-Christ dans son cœur. » Trajan dit : « Tu crois donc que nous n’avons pas dans le cœur les dieux qui combattent avec nous contre nos ennemis ? Vous vous trompez, répondit Ignace, d’appeler dieux les démons que les gentils adorent ; car il n’y a qu’un Dieu, qui a fait le ciel et la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent ; il n’y a qu’un seul Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, au royaume duquel j’aspire. » Trajan lui dit : « Parles-tu de celui qui a été crucifié sous Ponce-Pilate ? — Je parle, dit Ignace, de celui qui a crucifié mon péché avec son auteur, et qui met toute la malice des démons sous les pieds de ceux qui le portent dans leur cœur. » Trajan dit : « Tu portes donc en toi le Crucifié ? — Oui, répondit Ignace, car il est écrit : J’habiterai en eux. » Alors Trajan prononça cette sentence : « Nous ordonnons qu’Ignace, qui dit qu’il porte le Crucifié, soit enchaîné et conduit à Rome par des soldats, pour y être dévoré par les bêtes, et servir de plaisir au peuple. » Le Saint, ayant entendu prononcer l’arrêt de sa mort, s’écria plein de joie: «je vous rends grâces, Seigneur, de ce qu’il vous a plu de m’honorer de ce témoignage de l’amour parfait que j’ai pour vous, en permettant que je sois chargé de chaînes comme Paul votre apôtre. » Ayant ainsi parlé, il se mit dans les chaînes avec plaisir, pria pour l’Église, et la recommanda à Dieu avec larmes ; puis il fut enlevé par des soldats pour être conduit à Rome.
D’Antioche on le mena à Séleucie, où il s’embarqua avec deux de ses disciples et dix soldats qui le gardaient jour et nuit. Ceux-ci étaient si brutaux et si farouches, que les bienfaits ne servaient qu’à les irriter ; mais plus ils le maltraitaient, plus il s’instruisait par leurs injustices dans la doctrine de la patience et de la croix.Au reste, il reçut partout des témoignages d’affection des fidèles, et il ne cessait de leur recommander sur toutes choses de s’attacher inviolablement à la tradition des apôtres.
Après de grandes fatigues, Ignace aborda à Smyrne, et se hâta d’aller voir Saint Polycarpe, évêque de cette ville, son ancien ami et disciple de Saint Jean comme lui. Il l’entretint de sujets spirituels, et lui témoigna combien il était glorieux de ses chaînes. A Smyrne se trouvèrent les députés de toutes les Églises voisines, qui venaient le saluer, et qui s’empressaient d’avoir quelque part à la grâce spirituelle dont il était rempli. Le martyr les supplia tous, et particulièrement Polycarpe, de joindre leurs vœux aux siens, afin que la cruauté des bêtes le fit bientôt disparaître de dessus la terre pour aller paraître devant Jésus-Christ. De Smyrne il écrivit à quelques Églises d’Asie des lettres pleines de l’esprit apostolique. Il écrivit aussi aux fidèles de Rome, par des Éphésiens qui devaient y arriver avant lui.
Le saint martyr, jugeant des sentiments des Romains envers lui par l’amour tendre qu’il remarquait dans les fidèles d’Asie, craignait qu’ils n’obtinssent de Dieu par leurs prières que les bêtes ne lui fissent aucun mal, comme il était arrivé à quelques martyrs. Sa lettre est employée tout entière à les conjurer de ne pas le priver de l’effet du plus ardent de ses désirs, qui était de mourir pour Jésus-Christ. « Je n’aurai jamais, leur dit-il, une si belle occasion d’arriver à Dieu ; et vous, si vous demeurez en repos, vous n’aurez jamais l’honneur d’une œuvre meilleure. Si vous ne parlez de moi, j’irai à Dieu; si vous m’aimez selon la chair, il faudra que je retourne à la course. Vous ne pouvez me procurer un plus grand bien que d’être immolé à Dieu, tandis que l’autel est encore prêt. Bornez-vous à demander pour moi à Dieu la force au dedans et au dehors, afin que je ne dise pas seulement, mais que je veuille, et qu’on ne me nomme pas chrétien, mais qu’on me trouve tel. Je vous en conjure, ne m’aimez pas à contre-temps. Souffrez que je sois la pâture des bêtes qui me feront jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je serai moulu par les dents des bêtes pour devenir un pain tout pur de Jésus-Christ. Flattez plutôt les bêtes, afin qu’elles deviennent mon tombeau, et qu’elles ne laissent rien de mon corps. Je les flatterai afin qu’elles me dévorent promptement. Si elles ne le voulaient pas, je les forcerais. Pardonnez-moi, je connais ce qui m’est utile. C’est maintenant que je commence à être disciple. Aucune créature, ni visible, ni invisible, ne m’empêchera, d’arriver à Jésus-Christ. Je ne crains ni le feu, ni la croix, ni les troupes de bêtes, ni la séparation de mes os, ni la division de mes membres, ni la destruction de tout mon corps, ni les plus cruels tourments du démon, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. » Telle était l’ardeur d’Ignace pour le martyre.
Les soldats, qui craignaient d’arriver trop tard à Rome, parce que les jeux allaient bientôt finir, le pressaient d’avancer, et le Saint en témoignait de la joie. Le bruit de son arrivée s’étant répandu, les chrétiens vinrent à sa rencontre, joyeux de pouvoir s’entretenir avec lui, mais affligés de ce qu’on le menait à la mort les salua tous, et ayant connu par l’esprit de Dieu que quelques uns disaient qu’il fallait tâcher d’apaiser le peuple, afin qu’il ne demandât point la mort de cet homme juste, il les conjura d’avoir une véritable charité pour lui, et leur dit encore plus que dans sa lettre, pour leur persuader de ne pas lui envier le bonheur d’aller à Dieu. S’étant mis à genoux avec tous les frères, il pria le Fils de Dieu pour les Églises, pour la cessation de la persécution et pour la charité mutuelle des fidèles. Aussitôt après on le conduisit ne à l’amphithéâtre, où le peuple était venu en foule pour jouir de ce spectacle. Quand le saint martyr entendit les rugissements des lions affamés, il dit tout haut ces paroles, qu’il avait déjà écrites aux Romains : « Je suis le froment de Jésus-Christ, il faut que je sois moulu par les bêtes afin que je devienne un pain tout pur.» . Il fut dévoré en un moment, suivant son désir ; et il ne resta de son corps que quelques ossements. Cette mort bienheureuse arriva le 20 décembre de l’an 107.
PRATIQUES
1. Souvenons-nous qu’étant baptisés, nous devons porter Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, dans notre cœur. Jésus-Christ et le monde ne peuvent être ensemble.
2. Souffrons avec patience les maux qui nous arrivent, les persécutions, les maladies, afin que nous ne soyons pas chrétiens de nom seulement, mais que nous le soyons en effet.
3. Les souffrances sont comme la meule qui nous broie, afin que nous devenions le pain de Jésus-Christ.
PRIÈRE
Vous êtes notre amour, Seigneur, et vous avez été crucifié pour nous ; faites-nous la grâce de ne pas craindre les souffrances, puisqu’elles nous purifient et qu’elles nous rendent vos véritables disciples.





