Pierre appartenait à une maison jadis opulente, qui s’était appauvrie. Lorsqu’il vint au monde, vers l’an 988, à Ravenne, il reçut mauvais accueil.

Un de ses frères, dont le nombre était déjà très grand, se plaignit de ce qui appelait la bénédiction de Dieu dans sa famille. « Il ne manquait plus que ce malheur ! » s’écria-t-il à la vue du nouveau-né ; « faut-il donc tant d’héritiers pour un si maigre héritage ? » La mère, au désespoir, refusa de nourrir ce nouvel enfant. Une femme du voisinage, émue et indignée devant cet abandon, prit dans ses bras le déshérité à demi-mort et lui prodigua les soins les plus tendres. Ensuite, le rendant à sa mère : « Quoi ! » lui dit-elle, « les tigresses et les lionnes ne laissent pas leurs petits mourir de faim, et vous, chrétienne, vous abandonneriez votre fils ! Cet enfant que vous rejetez sera peut-être un jour l’honneur de sa famille. » Ces paroles réveillèrent l’affection maternelle, et le nourrisson fut comblé de caresses.

Cinq ans plus tard, Pierre devint orphelin. Celui de ses frères qui le tenait en sa puissance n’avait pour lui aucune tendresse : il le nourrissait mal, l’employait à la garde des pourceaux et le logeait avec eux. Ce pauvre enfant, ainsi maltraité, avait pourtant bien bon cœur : ayant un jour trouvé une pièce d’argent, il courut tout heureux l’offrir à un prêtre, et le pria de dire une messe pour le repos de l’âme de ses parents.

Son frère aîné, Damien, était dans les ordres. Devenu archiprêtre de Ravenne, il se chargea de l’éducation de Pierre, qui, par reconnaissance, voulut ajouter à son nom celui de son bienfaiteur.

Pierre étudia à Ravenne, à Faënza, à Parme. Ses progrès dans la jurisprudence et les lettres furent si rapides qu’il put lui-même bientôt les enseigner. Le plus brillant avenir s’ouvrait ainsi devant lui. Mais les dignités de la terre touchaient peu son cœur : « A quoi bon des biens qui passent ? » disait-il en lui-même ; « il faudrait les quitter un jour : dès maintenant je veux les sacrifier. » Il prit donc le chemin de la solitude et entra dans l’ermitage de Font-Avellane. Les moines y vivaient dans la plus austère sainteté. Pierre les surpassa tous, et ils le jugèrent digne de les gouverner. L’humble religieux le fit avec tant de sagesse que sa réputation vola bientôt dans toute l’Italie. Les honneurs, qu’il avait voulu fuir, vinrent alors le trouver dans son désert : plusieurs papes lui donnèrent leur confiance et l’employèrent avec succès à d’importantes négociations. Étienne X le nomma, en dépit de sa résistance, cardinal-évêque d’Ostie(1057). Ce saint homme honora la pourpre par son zèle, sa doctrine, son éloquence, sa charité. Par son entremise, deux antipapes, Benoît et Honoré, abdiquèrent leurs prétentions ; la discipline ecclésiastique refleurit dans le clergé de Milan ; l’empereur Henri IV garda Berthe, sa femme, qu’il voulait répudier, et la ville de Ravenne rentra dans le devoir. Austère dans son palais comme autrefois dans sa cellule monacale, le pieux évêque jeûnait souvent au pain et à l’eau et n’avait pour lit qu’une planche. Il propagea le jeûne du vendredi, pour honorer la passion de Notre-Seigneur, et l’office de la Vierge avec le culte du samedi, pour célébrer la Reine du ciel, la Mère secourable.

Cependant, au sein des grandeurs, Pierre soupirait toujours après la tranquille obscurité de son ancien cloître. A force d’instances, il finit par obtenir d’y retourner. Mais il lui fallut en sortir trois fois encore pour s’employer, sur l’ordre du pape, à diverses missions graves et difficiles, dont nous avons dit plus haut les heureux résultats. Il revenait de sa dernière légation à Ravenne, lorsqu’il fut atteint d’une fièvre pernicieuse. Il mourut à Faënza, chargé de mérites, à l’âge de quatre-vingt-trois ans (1072).

Réflexion pratique

Pour accomplir ses plus grands desseins, Dieu choisit presque toujours les humbles et les petits. Ne méprisons personne, dans la crainte que l’avenir ne surprenne et ne confonde les vues toujours bien courtes de notre jugement.

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