Fils d’un sénateur immensément riche, arrière-petit-fils du pape Félix III, de la famille Anicia, Grégoire, le grand homme de son siècle, fut d’abord préteur de Rome.

Dans l’exercice de cette magistrature, il gagna le cœur des Romains et prit goût au luxe et à l’éclat des grandeurs terrestres, où il croyait pouvoir servir sans reproche son Dieu qui l’attendait ailleurs. Il hésite longtemps, déjà enflammé du souffle divin, mais sans cesse retenu au monde par les attraits de la vie séculière. Enfin il cède à l’influence de ses relations intimes ; et alors, obéissant à la grâce qui l’éclairé, il rompt brusquement ses liens, consacre ses richesses à doter six monastères nouveaux en Sicile, en établit un septième dans son propre palais, à Rome, sur le mont Cœlius, et s’y fait moine lui-même. Il vend tout le reste de son patrimoine pour le distribuer aux pauvres ; et Rome, qui avait vu le jeune et opulent patricien parcourant ses rues dans des habits de soie et tout couvert de pierreries, le revoit avec admiration vêtu comme un mendiant, et servant lui-même les mendiants dans l’hôpital de son monastère.

Le pape Benoît Ier l’en retira malgré lui pour l’élever à la dignité de cardinal régionnaire, et Pelage II l’envoya comme nonce auprès de l’empereur Tibère, à Constantinople. Il y remplit avec éclat les devoirs de sa charge, rétablit les bonnes relations entre le saint-siège et la cour de Byzance, ne négligea rien pour obtenir de Tibère et de son successeur Maurice les secours que l’Italie réclamait contre les invasions des Lombards, et réduisit le patriarche Eutychius, qui niait la résurrection palpable des corps, à une édifiante rétractation.

Après six ans de ce laborieux exil, le saint cardinal revint à Rome et s’enferma dans son cher monastère de Saint-André, dont les religieux lui confièrent bientôt le gouvernement (584).

A cette époque, Rome faillit le perdre. Passant un jour par le marché, il vit exposés en vente de pauvres enfants païens d’une grande beauté, qu’on lui dit être du pays des Angles : « Faut-il que le démon possède les âmes de ces anges corporels ! » s’écria-t-il en pleurant. Sur quoi il courut auprès du pape, et se fit nommer missionnaire de la Grande-Bretagne. En apprenant son départ, l’ancien amour qu’il avait inspiré aux Romains se ralluma. On entoure le pape, on lui crie : « Vous avez offensé Saint Pierre ! vous avez ruiné Rome en laissant partir Grégoire. » Le pape ordonne de courir après lui ; on le ramène de force à son monastère.

En 590, Pelage II meurt de la peste : Grégoire est élu. C’est en vain qu’il refuse, qu’il s’enfuit et se cache. On le suit, on le découvre, et on le ramène une seconde fois à Rome, mais cette fois pour y régner.

Son premier acte fut cette fameuse procession de trois jours où défilèrent devant lui tous les moines et toutes les religieuses de Rome, implorant du ciel la cessation de la peste. Le saint pontife tenait dans ses mains l’image miraculeuse de la Mère de Dieu, peinte par Saint Luc, et, nu-pieds, couvert d’un habit de pénitent, il traversa toute la ville, de l’église Sainte-Marie-Majeure à celle de Saint-Pierre. Dans ce parcours, quatre-vingts personnes tombèrent foudroyées par le terrible fléau. Un ange, remettant l’épée dans le fourreau, apparut alors sur le mausolée d’Adrien, qui, depuis, porte le nom de Château-Saint-Ange.

A l’avènement de Grégoire, le monde et l’Église n’offraient que des sujets d’alarmes. Les empereurs byzantins humiliaient la papauté ; l’Afrique était en proie aux donatistes, l’Espagne tout entière à l’arianisme, l’Angleterre dans l’idolâtrie. En Gaule, la simonie souillait le sanctuaire, et les luttes de Frédégonde et de Brunehaut désolaient les chrétiens.

Le grand pape envisagea d’un œil intrépide et perspicace les dangers de la situation, et commença hardiment son œuvre réparatrice. Il réprime l’audace des Lombards et ramène, en les convertissant, la paix en Italie ; il réduit les donatistes en Afrique ; il détruit en Espagne les restes de l’arianisme ; il convertit les Juifs de Sicile et de Sardaigne ; il met fin aux schismes qui désolaient l’Orient ; il combat les vices radicaux de l’église gallo-franque, l’incontinence et la simonie ; il ramène l’Angleterre à la foi.

Enfin, épuisé de fatigues après treize ans du plus laborieux pontificat, il meurt dans la soixantième année de son âge, et va recevoir au ciel la récompense de sa glorieuse vie (604).

La Légende dorée rapporte dans les termes suivants un miracle éclatant que Dieu opéra à la prière de saint Grégoire. Une femme offrait, tous les dimanches, du pain au benoit Grégoire, et quand il avait chanté la messe, il lui offrait le corps de Notre-Seigneur en lui disant : « Le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ te garde la vie pardurable. » Cette femme se prit à sourire. Et Grégoire remit une partie du corps de Notre-Seigneur sur l’autel, et puis se retourna vers la femme et lui demanda devant tout le peuple pour quelle cause elle avait osé rire. Et elle dit : « Parce que tu appelles le pain que j’ai fait de mes propres mains le corps de Jésus-Christ. » Et Grégoire se mit en raison pour la mécréance de cette femme. Et quand il se leva, il trouva la partie de pain qu’il avait mise sur l’autel convertie en chair. Et la femme revint à la foi chrétienne. Alors Grégoire pria derechef et trouva cette partie de chair convertie en pain, qu’il donna en communion à cette femme.

Réflexion Pratique

Grégoire avait une santé frêle et délicate. Cependant quels ne furent pas son activité, sa mortification, ses travaux ! Cessons de nous tant écouter, secouons la paresse : notre tâche deviendra plus facile.

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