Joseph, de la tribu de Juda, et de la famille royale de David par la lignée de Salomon, était fils de Jacob et frère de Cléophas.
Il ne pouvait avoir plus noble origine selon le sang, et cependant il était réduit, pour vivre, à faire le métier de charpentier. Malgré cette déchéance apparente, Dieu le destinait à glorifier sa race plus que tous ses illustres ancêtres, en lui confiant, dit Bossuet, « un emploi dont les anges du premier ordre se seraient sentis honorés. »
La Vierge Marie allait quitter la maison du Seigneur. Le grand-prêtre reçut d’en haut l’ordre de lui donner pour époux celui dont la verge fleurirait dans le temple. Tous les jeunes hommes de la famille de David vinrent donc déposer leurs baguettes près de l’autel.
On offrit des sacrifices au Dieu qui fit autrefois fleurir la verge d’Aaron, et qui voulait renouveler les prodiges des anciens jours. Mais, le lendemain, aucune des baguettes n’avait poussé de fleurs. Le pontife comprit que tous les fils de David ne s’étaient pas présentés au temple. Il se trouvait, en effet, parmi les membres de la famille royale un homme craignant Dieu, nommé Joseph. Comme il était avancé en âge, il n’était pas venu offrir sa baguette au grand-prêtre. Mais, apprenant que le ciel lui-même avait trahi le secret de sa vieillesse, il déposa la hache qu’il tenait à la main pour venir à son tour placer près de l’autel la verge du sort. Le lendemain, elle était couverte de fleurs, et l’on vit une blanche colombe, descendant du ciel, venir s’y reposer. Il fut donc manifeste que Joseph était l’époux choisi par le Seigneur lui-même à la Vierge immaculée.
Marie donna donc la main à l’humble Joseph, et ils se présentèrent ensemble devant les prêtres ; on inscrivit sur les tables annuaires leurs deux noms à jamais révérés ; le fils de David mit au doigt de sa fiancée un anneau formé d’une pierre d’améthyste, symbole de virginale fidélité.
Après la cérémonie, Joseph revint dans sa modeste demeure, et Marie retourna dans la maison de ses parents, accompagnée de sept jeunes vierges, qui demeurèrent quelque temps avec elle. Joseph ne tarda pas à se réunir à sa divine épouse. Mais comme l’Esprit-Saint lui avait appris qu’elle avait voué au Seigneur sa virginité, il ne vint s’établir auprès d’elle que pour être le gardien de sa pureté, le fidèle témoin des merveilles du Seigneur.
Son atelier, séparé, comme tous ceux du Levant, de la maison où vivait son épouse en était éloigné d’environ cent quarante pas.Cette pièce était une salle basse et carrée de trois à quatre mètres de côté : un banc de pierre s’offrait au dehors pour reposer le passant ou le voyageur, qu’une natte de palmier garantissait des rayons brûlants du soleil. C’était là le chétif abri que Joseph devait offrir un jour au Fils de Dieu, qui voulut passer pour fils de l’artisan. Là Joseph, suivant le témoignage de saint Justin martyr (163), confectionnait des jougs et des charrues. Là Jésus devait plus tard l’aider, dans ses rudes travaux, à scier le bois, manier la hache et le rabot, et vaquer à tous les détails intérieurs d’une vie d’atelier. Là enfin, l’Homme-Dieu devait donner au monde l’exemple d’une vie laborieuse, et le racheter de ses sueurs avant de le sauver par son sang.
Époux de la Reine des vierges, père nourricier de Notre-Seigneur, Joseph se montra digne de ces titres glorieux. L’Évangile l’a proclamé homme juste ; Dieu l’a trouvé toujours docile à ses ordres, toujours vigilant, toujours dévoué. A Bethléem, en Égypte, à Nazareth, il a gardé Jésus, il a gardé Marie, unissant ainsi, pour le rachat du genre humain, les sollicitudes d’un homme mortel aux humiliations du Fils de l’Éternel.
On croit que Joseph mourut peu de temps avant le ministère public de Notre-Seigneur. Il eut donc le bonheur d’expirer entre les bras de Jésus et de Marie. Selon le vénérable Bède, son corps fut porté dans la vallée de Josaphat, près du sépulcre où devait être déposée plus tard la dépouille mortelle de la plus pure des vierges.
Saint Joseph est le patron de l’Église universelle. (Bref de Pie IX en date du 7 juillet 1871). Il est le protecteur, à un titre spécial, des écoliers chrétiens et de leurs maîtres. Selon la remarque du Père Champeau, les enfants ont un attrait naturel pour le vénérable patriarche, qui a tant aimé Jésus, qui l’a porté tant de fois dans ses bras et qui a goûté si longtemps ses caresses. Ils vont à lui comme à un père, avec une confiance filiale, et saint Joseph accueille leurs naïves prières, comme il accueillait les demandes de l’enfant Jésus ; il ne les repousse jamais quand elles sont bonnes et utiles. Qui peut mieux que saint Joseph inspirer aux maîtres cet esprit de foi et de zèle qui l’a guidé toute sa vie dans ses sublimes fonctions auprès de Jésus, et qui leur est indispensable à eux-mêmes pour élever dignement les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ ? Car, si leurs devoirs sont pareillement nobles et saints, ils sont en même temps pénibles et délicats.
L’instituteur chrétien doit les regarder comme le ministère le plus élevé après le sacerdoce. C’est une paternité spirituelle et active, qui succède à la puissance créatrice, ou plutôt qui s’adjoint à elle dans une mystérieuse et divine collaboration, pour continuer l’œuvre commencée, la développer et la perfectionner. Qu’est un enfant au sortir des mains maternelles et paternelles ? Un être faible à tous égards, incapable de subvenir à ses besoins matériels, comme il l’est manifestement de former lui-même son intelligence et son cœur. C’est à l’éducation de développer, par une culture intelligente et patiente, ses forces physiques et ses facultés morales, c’est à elle d’en faire un homme, un chrétien, une image vivante de Jésus-Christ, le type des enfants de Dieu : œuvre d’autant plus importante que l’homme restera toute sa vie ce que l’éducation l’aura fait. Telle est la règle générale, formulée dans ce proverbe de la Sagesse : L’adolescent, lors même qu’il aura vieilli, ne s’écartera point de sa voie. N’est-ce pas assez pour faire ressortir la dignité du maître et sa responsabilité ? Saint Joseph, père et gardien de Jésus, a été plus honoré de Dieu ; mais il n’eut à donner à son divin pupille que des soins matériels. Ceux de l’instituteur ont une plus grande portée : ils décident de l’avenir intellectuel et moral de l’enfant, le plus souvent même de son éternité.
L’œuvre est capitale, mais difficile et délicate. Elle exige plus de soins et de dévouement que ne sait en donner le commun des hommes, et elle n’atteint sa perfection que par une vertu surnaturelle. L’homme est impuissant contre certains défauts, certaines natures rebelles : il faut que la main de Dieu même retouche son œuvre déformée par le péché, que l’Esprit sanctificateur amollisse la matière sous la main du maître qui lui sert d’instrument. Ceux qui prétendent faire de l’éducation sans religion, comme ceux qui veulent en faire sans peine, sont des présomptueux et des fous ; et s’ils crient sur les places publiques qu’ils y ont réussi, ils sont des charlatans et des menteurs. Les belles phrases ne corrigent pas les vices, et la vertu ne s’apprend pas par cœur. La discipline même la plus rigoureuse peut enchaîner les bras et faire marcher les pieds suivant des lignes stratégiques, mais elle n’enchaîne pas les passions, elle ne gouverne pas les affections, elle ne guérit pas les plaies du cœur : le collier de fer déchire le cou sans réformer le caractère. Autre chose est de dresser des animaux, de faire manœuvrer des soldats, autre chose d’élever des hommes. (V. P. Champeau, Vie de Saint Joseph.)
RÉFLEXION PRATIQUE
Le vénérable patriarche, qui eut le bonheur de s’éteindre entre les bras de Jésus et de Marie, est le patron de la bonne mort. Demandons-lui souvent de nous obtenir, pour notre heure dernière, la grâce du saint viatique et la protection de la Reine du ciel.





