Ce fut à l’aube de ce jour, d’après Albert le Grand, que s’accomplit le plus auguste des mystères. Cette heure matinale, pleine de silence, de fraîcheur et de paix, était l’heure aimée de Marie.

Quand la nature s’éveille riante et parfumée, que l’herbe des campagnes a bu la rosée des nuits, que dans les bois l’oiseau secoue ses ailes humides et chante au Dieu de la création ses premiers concerts, l’âme s’élève plus facilement vers le Père commun qui veille du haut des cieux sur tout ce qui respire, et dont le cœur se penche pour recueillir la prière de ses enfants.

L’ange Gabriel, dit l’Évangile, fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, à Nazareth, vers une vierge fiancée à un homme de la race de David, qui s’appelait Joseph, Le nom de la vierge était Marie. L’ange vint à elle et lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. » En entendant ces paroles, la vierge fut troublée ; elle réfléchissait au sens d’une telle salutation : « Ne craignez point, Marie, » reprit l’ange, « car vous avez trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et enfanterez un fils que vous appellerez Jésus. Il sera grand et aura pour nom le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera à jamais sur la maison de Jacob, et sa royauté n’aura point de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » L’ange répondit : « L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous enveloppera de son ombre. Aussi l’être saint qui naîtra de vous sera-t-il appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, votre cousine, elle aussi a conçu un fils dans sa vieillesse, et elle est à son sixième mois, elle que l’on disait stérile ; parce que rien n’est impossible à Dieu.» Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon votre parole. » Et l’ange la quitta.

A peine la Vierge a prononcé ce fiat, que l’Esprit-Saint descend en elle. Du sang très pur de cette nouvelle Ève, il forme un corps parfait, lui donne une âme comblée de toutes les grâces et les unit, à la personne du Fils de Dieu. A cette heure bénie se réalisent quatre mille ans d’espérances et de promesses divines. Le ciel et la terre se réconcilient dans une étreinte d’amour, et le sein virginal de Marie, divinement fécond, devient le temple auguste où s’accomplit cette union bienheureuse, ce mariage mystique de Dieu avec l’humanité déchue. Et toute la cour céleste, fléchissant le genou devant Marie, adore en elle le Verbe fait chair qui daigne habiter parmi les hommes pécheurs.

Pour consacrer à jamais le souvenir de cet heureux jour, témoin du mystère de l’Incarnation, l’Église en a fait le point de départ d’une ère nouvelle, et, trois fois par jour, elle invite ses enfants à faire monter vers Dieu, au son de l’Angélus, la prière de la reconnaissance. Cette dévotion, qui remonte au XIe siècle, a inspiré une page digne d’un père de l’Église, et qui n’est point déplacée ici. Elle a pour titre l’Angélus des pauvres ouvrier.

Mes frères, la cloche a sonné l’Angélus. Suspendez vos travaux, suspendez vos chants : Dieu nous donne audience, il nous écoute du haut de son trône de gloire. A genoux, mes frères, et prions. Nous travaillons tout le jour pour gagner le pain du soir ; prions un instant pour acquérir la vie éternelle.

L’ange du Seigneur annonça à Marie.... et elle conçut du Saint-Esprit…

Ô Marie ! qui fûtes sur la terre une humble et pauvre femme, et qui maintenant régnez dans le ciel sur les anges et sur les saints ; ô Marie ! qui, du milieu de vos splendeurs éternelles, voulez être encore notre appui, notre refuge et notre mère : priez Dieu pour que nos cœurs soient purs comme le vôtre, afin que le Seigneur daigne aussi nous envoyer un ange, et qu'il descende lui-même dans nos âmes pour les régénérer, comme il descendit dans votre sein pour régénérer le monde.

Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole…

Vierge adorable, obtenez-nous cette foi qui ne met point en doute la divine parole, et cette soumission dont vous avez donné l'exemple glorieux pour le salut du genre humain. Puisque Dieu veut, pour nous sauver, notre consentement comme il voulut le vôtre, faites que jamais nous ne le refusions par nos péchés que nous ; soyons toujours prêts à tout ce qu'il lui plaira d'ordonner que nous ne reculions ; point devant la misère, vous qui l'avez subie ; devant la douleur, vous qui en fûtes abreuvée ; pas même devant l'opprobre, vous qui l'avez bravé, confiante dans la pureté de votre âme et dans l'infinie bonté de Dieu.

Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous...

Seigneur, vous avez revêtu notre corps et nos peines. Vous avez travaillé, vous avez souffert, vous avez vécu pauvre, et vous êtes mort sur la croix par amour pour nous! Nous n'étions plus les enfants de Dieu, et, pour apaiser sa colère, vous vous êtes fait notre frère et notre rédempteur ! Vous, son Fils innocent et sans tache, vous avez abdiqué son royaume pour venir ici-bas mourir, sous le poids des péchés du monde, et pour nous remettre dans la voie oubliée du salut. Seigneur, que sont donc les travaux et les peines du coupable auprès des fatigues et des souffrances de l'innocent ? Non ! nous ne nous plaindrons plus de nos misères, car toute la terre n'a pas assez de douleurs pour payer les joies que nous attendons ! Bientôt nous vous verrons, Seigneur, nous serons à vos pieds, nous serons dans vos bras. Dieu, par sa bonté, s'est fait homme, et, par sa bonté encore, l'homme deviendra Dieu ! Dieu est venu habiter parmi nous, nous l'avons chargé d'outrages, et cependant il veut que nous habitions le ciel et que nous demeurions éternellement heureux

Ah ! sainte Vierge, faites que nous ne perdions jamais cette belle espérance.

Priez pour nous, afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus- Christ.

Protégés de la Vierge Marie, frères de Jésus, enfants de Dieu, créatures bénies et bienheureuses que le Père céleste appelle à son héritage, relevons-nous et reprenons avec joie nos pénibles travaux. Le travail est saint, la pauvreté, sainte. Ces instruments dont nous déchirons la terre avare, ce ne sont plus l'indice de la servitude ; ce sont les armes glorieuses que Dieu même a placées en nos mains pour conquérir le ciel. Qu'importent les privations et les mauvais jours ? Demain nous ne vivrons plus, demain nous ne serons plus les sujets de l'homme et de la mort. Dieu n'a fait que nous prêter à la vie comme le forgeron prête le fer à la fournaise, pour l'en retirer plus pur et plus précieux. Demain nous sortirons de l'épreuve, demain nous serons vainqueurs et nous régnerons. Amen. Amen !

RÉFLEXION PRATIQUE

Soyons fidèles à la dévotion de l’Angélus. Elle nous remémorera, trois fois par jour, du grand bienfait de la Rédemption, et nous bénirons le Père céleste, qui nous a ainsi donné Jésus pour frère et Marie pour mère.

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