Le samedi saint, qu’on appelle aussi le grand samedi, a toujours été regardé dans l’Église comme un des jours les plus solennels, avant même qu’on eût avancé les offices de la nuit du dimanche de Pâques. L’office de ce jour est, pour ainsi dire, la continuation des obsèques du Sauveur, et en particulier de sa sépulture. L’Église est encore dans son grand deuil.

Son profond silence et la cessation du divin sacrifice qu’on n’offrait point, de même que le vendredi saint, tout cela marque son affliction, Elle est uniquement occupée à pleurer la mort du divin Époux, à honorer le repos mystérieux qu’il garde dans son sépulcre, et en même temps sa descente aux enfers, c’est-à-dire, comme dit saint Paul, dans les plus bas lieux de la terre : In inferiores partes terræ. L’âme très-sainte de Jésus-Christ, de laquelle la divinité ne fut jamais séparée, non plus que de son corps adorable mis dans le sépulcre, cette très-sainte âme descendit dans les lieux les plus souterrains ; elle y triompha des démons qu’elle venait de vaincre par sa mort, et à qui elle fit sentir les tristes suites de leur défaite ; elle y consola les justes du purgatoire, en leur faisant espérer d’être bientôt délivrés de leurs douloureuses peines ; enfin elle tira de ces ténèbres les âmes des saints patriarches et de tous ceux à qui Dieu par avance avait fait miséricorde, et accordé la rémission de leurs péchés en vue des mérites de Jésus-Christ. Elles ne pouvaient jouir pleinement de l’effet de celte miséricorde jusqu’à ce que le Sauveur eût satisfait à Dieu son Père par l’effusion de son sang pour les péchés de tous les hommes. C’est de ces bienheureux prédestinés que l’âme de Jésus-Christ se fit d’abord comme une cour ; il les mena ensuite avec lui en triomphe dans le ciel, dont l’entrée était fermée aux hommes jusqu’à ce qu’il l’eût ouverte par sa mort. C’est cette partie des lieux souterrains où étaient ceux qui étaient morts dans la grâce de Dieu avant la venue de Jésus-Christ, que l’Écriture appelle le sein d’Abraham, et que nous nommons les limbes. Durand remarque que la raison pour laquelle l’Église a consacré tous les samedis de l’année au culte et à la dévotion de la sainte Vierge, c’est que Jésus-Christ étant mort et tous ses disciples doutant de sa résurrection, la foi se trouva toute dans le cœur de Marie ; elle fut la seule qui, durant le samedi, en conserva avec soin le précieux dépôt.

Tout l’office du samedi saint, selon l’esprit de l’Église, ne tend qu’à honorer ce double mystère : la descente de l’âme de Jésus-Christ dans les enfers, et le repos de son corps adorable dans le sépulcre. Comme le jour civil chez les juifs commençait toujours au coucher du soleil, c’était aussi à ce moment, le samedi saint, que se faisait cette célèbre veille, la plu ancienne et la plus solennelle de l’année. On se rendait alors à l’église ; peu de fidèles qui n’y passassent toute la nuit en des exercices de piété. L’office qui était fort long, la lecture des leçons prises de l’ancien Testament, les instructions, les cérémonies, les prières, occupaient jusqu’au point du jour où commençait l’office de Pâques, qui était suivi de la messe à laquelle communiaient les fidèles qui étaient tous à jeun, les uns depuis l’austère et modique repas du vendredi saint, plusieurs même depuis le jeudi ; après la messe chacun se retirait chez soi pour prendre un peu de repos, et retourner ensuite à l’église. Ce religieux usage subsiste encore chez les Grecs ; mais depuis que l’Église latine, toujours conduite par l’Esprit-Saint, a jugé à propos, pour plusieurs raisons, d’interdire les assemblées nocturnes, l’office du samedi saint a été avancé, comme celui des deux autres grandes féries, au soir du jour précédent, et tout l’office du samedi saint se termine le matin à l’office de None. Alors commence l’office de la grande veille de Pâques ; mais l’Église, en changeant le temps de le célébrer, n’en a point changé les cérémonies ni les prières.

Cet office commence par la bénédiction solennelle du nouveau feu, l’ancien étant éteint. L’ancien feu semble représenter la loi ancienne, éteinte et abolie à la mort du Sauveur; et le feu nouveau, cette ardente charité qui doit être comme l’âme de la loi nouvelle. Jésus-Christ, la lumière du monde, étant mort, cette divine lumière fut, durant ces trois jours, comme éteinte. Ce fut donc au moment que le Sauveur reprit une nouvelle vie, que reparut ce nouveau feu dont celui qu’on tire aujourd’hui du caillou est comme le symbole et la figure. Les oraisons dont l’Église se sert pour bénir solennellement ce nouveau feu en développent elles seules tout le mystère aussi bien que les sens mystique et moral.

Ô Dieu ! dit-elle, qui, par votre Fils qui est la pierre angulaire de votre Église, avez répandu dans les cœurs de vos fidèles le feu de votre charité, sanctifiez ce feu nouveau que nous avons tiré de la pierre pour votre usage : Productum e silice, nostris profuturum usibus, novum hunc ignem sanctifica : Et accordez-nous que, durant ces fêtes de Pâques, nous soyons tellement embrasés de désirs tout célestes, qu’avec des cœurs purs nous puissions arriver à la solennité des fêtes de la gloire éternelle. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Seigneur Dieu, père tout-puissant, lumière éternelle, créateur de toute lumière, bénissez celle-ci, comme vous l’avez bénie et sanctifiée en éclairant tout le monde, afin que vous en fassiez naître un feu divin qui nous embrase et nous éclaire ; et comme vous avez éclairé Moïse, sortant de l’Égypte, par une lumière miraculeuse, daignez aussi éclairer nos cœurs et nos sens, afin que nous puissions arriver un jour à la vie et à la lumière éternelle. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Seigneur, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel, nous bénissons ce feu en votre nom, au nom de votre Fils unique Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur ; et au nom du Saint-Esprit ; daignez coopérer avec nous, assistez-nous de votre secours contre les traits enflammés de l’ennemi, et répandez sur nous la lumière de votre grâce céleste. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec le même Jésus-Christ, votre Fils unique, et avec le Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

La bénédiction des cinq grains d’encens destinés pour être appliqués au cierge pascal n’est pas moins significative. Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant ! dit le prêtre, que cet encens reçoive une effusion abondante de votre bénédiction. Allumez vous-même ce feu qui doit nous éclairer pendant cette nuit, vous qui renouvelez le monde par des opérations invisibles de votre puissance, afin que non-seulement le sacrifice qui vous est offert cette nuit reçoive les impressions secrètes de votre lumière, mais aussi que de tout ce que nous sanctifions ici, les artifices et la malice du démon en soient bannis, et que la vertu de votre divine majesté s’y fasse sentir par une assistance particulière. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Toutes ces prières font voir quel est l’esprit de l’Église dans ces mystérieuses cérémonies, et avec quel sentiment de religion on doit y assister. On assure que, pendant un assez long temps, on a vu tous les ans à Jérusalem, dans l’église du Saint-Sépulcre, un miracle le samedi saint, à l’occasion de ce nouveau feu ; toutes les lumières étant éteintes, au moment qu’on croit que Jésus-Christ ressuscita, une lampe était miraculeusement allumée, à la vue d’une multitude innombrable de témoins que la dévotion et le prodige attiraient de toutes parts. Odolric, évêque d’Orléans, au retour d’un pèlerinage qu’il avait fait à Jérusalem, en 1033, témoigne avoir rapporté la lampe que le feu du ciel avait allumée l’année qu’il y était, et l’avoir achetée du patriarche Jourdain, pour en faire présent à son église.

C’est en l’honneur de la très-sainte Trinité, dont Jésus-Christ est la lumière, que d’abord, après la bénédiction du nouveau feu, on allume un cierge qui se divise en trois branches, et qu’on invite tout haut le peuple à remercier Dieu de la connaissance que nous a donnée Jésus-Christ de cet adorable mystère. Lumen Christi : Notre foi est proprement la lumière de Jésus-Christ. Deo gratias, répond-on : Quelles actions de grâces infinies ne lui devons-nous pas pour un si grand bienfait ? Le cantique de joie, qu’on appelle communément l’Exultet, parce qu’il commence par ce mot, est comme un cri d’allégresse de toute l’Église à l’agréable nouvelle de la résurrection du Sauveur ; aussi se chantait-il au moment que le jour commençait à poindre ; et comme les anges annoncèrent aux hommes l’heureuse naissance du Sauveur par un cantique céleste : Gloria in excelsis Deo : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, ainsi aujourd’hui l’Église annonce sa triomphante résurrection en invitant toute la cour céleste à célébrer avec elle ce glorieux triomphe : Exultet jam angelica turba cælorum : Que la troupe céleste des anges tressaille de joie maintenant, qu’elle célèbre avec une sainte allégresse nos divins mystères. Que la trompette sacrée qui nous annonça notre salut retentisse par tout l’univers et publie l’insigne victoire d’un si grand monarque : Et pro tanti regis victoria tuba insonet salutaris. Que la terre se réjouisse en voyant luire sur elle une si brillante lumière, et que les rayons éclatants de gloire que ce roi éternel répand partout lui fassent sentir le bonheur qu’elle à d’être enfin délivrée des épaisses ténèbres qui étaient répandues par tout le monde : Totus orbis se sentiat amisisse caliginem. Que l’Église, notre mère, tressaille de joie, ornée qu’elle est de l’éclat éblouissant d’une si grande lumière : Lætetur et mater Ecclesia tanti luminis adornata fulgoribus. Et que ce temple retentisse des cris d’allégresse de tout le peuple qui y est assemblé pour la célébration d’une si grande fête : Et magnis populorum vocibus hæc aula resultet. Tout ce cantique n’est que l’expression d’un continuel enthousiasme. Quapropter adstantes, vos, fratres charissimi : C’est pourquoi, mes très-chers frères, continue le diacre, vous qui êtes ici présents et qui venez d’être éclairés de l’admirable clarté de cette sainte lumière, joignez vos prières aux miennes afin que, de concert, nous obtenions qu’il répande sur moi les rayons de sa divine lumière, et que sans avoir égard à mon indignité, il me fasse la grâce de publier toutes les louanges de ce cierge mystérieux consacré en son honneur et en son nom… Élevons nos cœurs à Dieu et rendons-lui d’éternelles actions de grâces ; il est bien juste de joindre le son de la voix aux affections du cœur pour louer le Dieu invisible, le Père tout-puissant et son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a payé pour nous au Père éternel la dette d’Adam,et qui a effacé par son sang même l’acte qui était contre nous et l’arrêt qui nous condamnait comme coupables du péché du premier homme. Hæc sunt festa Paschalia, in quibus verus ille agnus occiditur, cujus sanguine postes fidelium consecrantur : Car voici les fêtes de Pâques dans lesquelles est immolé le véritable agneau dont le sang consacre et sanctifie les portes des maisons des fidèles. Voici la nuit, Hæc nox est, à mon Dieu ! dans laquelle vous avez retiré autrefois de l’Égypte nos pères les enfants d’Israël, et vous les avez fait passer la mer Rouge à pied sec. C’est cette nuit, Hæc nox est, qui a dissipé les ténèbres du péché par l’éclat d’une colonne lumineuse. Hæc nox est : c’est cette nuit qui, séparant aujourd’hui par tout le monde ceux qui croient en Jésus-Christ, des vices du siècle et des ténèbres de l’idolâtrie, les rétablit dans la grâce et les fait entrer dans la société des Saints. Hæc nox est : c’est cette nuit dans laquelle Jésus-Christ, ayant rompu les liens de la mort, est remonté victorieux des enfers. Aussi ne nous eût-il rien servi d’être nés, si nous n’eussions eu le bonheur d’être rachetés : Nihil enim nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset. Ô effusion admirable de votre bonté sur nous ! à excès incompréhensible de votre charité ineffable ! O mira circa nos tuæ pietatis dignatio ! ô inæstimabilis dilectio charitatis ! Pour racheter l’esclave vous avez livré votre Fils : Ut servum redimeres, Filium tradidisti ! Ô péché d’Adam, détestable à la vérité, par sa malice, mais qui a été certainement l’occasion du plus grand de tous les bonheurs, puisqu’il a été effacé par la mort de Jésus-Christ : O necessarium Adæ peccatum quod Christi morte delectum est ! Ô faute, à la vérité malheureuse par ses tristes effets, mais dans un sens heureuse, puisqu’elle nous à procuré un si grand Rédempteur ! O felix culpa quæ talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! Ô nuit vraiment heureuse, O vere beata nox, qui seule a pu savoir le temps et le moment auquel Jésus-Christ est ressuscité ! Hæc nox est de qua scriptum est : Et nox sicut dies illuminabitur, et nox illuminatio mea in deliciis meis : C’est de cette nuit qu’il est écrit : La nuit sera aussi claire que le jour, et cette nuit, toute lumineuse par mon éclat, ne contribuera pas peu à la splendeur de mon triomphe. La sainteté de cette heureuse nuit bannit les crimes, lave les offenses, rétablit dans l’innocence ceux qui l’avaient perdue, rend la joie à ceux qui étaient dans l’affliction, dissipe les haines et les inimitiés, ramène la paix et l’union dans les cœurs, et soumet à Dieu les empires du monde. Recevez donc, à Père éternel ! en considération de cette nuit sacrée, le sacrifice de cet encens que votre Église sainte vous offre ce soir par les mains de ses ministres, dans l’oblation solennelle de ce cierge dont les abeilles ont fourni la matière. Ici, le diacre met, en forme de croix, les cinq grains d’encens au cierge pascal ; puis continuant : C’est maintenant, dit-il, que nous reconnaissons les avantages de cette colonne de cire qu’un feu brillant et sacré va allumer en l’honneur de la majesté divine ; et quoique ce feu bénit se divise ensuite en plusieurs parties afin de répandre et son ardeur et sa lumière, il ne perd rien par cette communication, se nourrissant de la cire fondue que l’abeille à produite pour composer la substance de ce mystérieux flambeau. C’est ici qu’on allume les lampes. O vere beata nox, poursuit le diacre, quæ exspoliauit Ægyptios, ditavit Hebræos ! O nuit vraiment heureuse, qui en dépouillant les Égyptiens, a enrichi les Hébreux ! Le sens littéral tombe sur ce qui se passa au départ des Israélites de l’Égypte ; et le sens allégorique nous représente les chrétiens enrichis, pour ainsi dire, des dépouilles des Juifs, qui, en refusant de reconnaître le Messie et en le faisant mourir, ont perdu pour toujours et la qualité de peuple choisi et toutes les bénédictions qui, en abandonnant la synagogue, ont passé dans l’Église. Nox, in qua terrenis cælestia, humanis divina junguntur : Nuit dans laquelle le ciel s’unit à la terre, et Dieu aux hommes. Oramus ergo te, Domine, ut cereus iste in honorem tui nominis consecratus, ad noctis hujus caliginem destruendam, indeficiens perseveret : Nous vous supplions donc, Seigneur, que ce cierge consacré en l’honneur de votre nom, brûle pendant toute cette nuit pour en dissiper les ténèbres, et que sa lumière, s’élevant comme un parfum agréable, se mêle avec celle des célestes flambeaux. Flammas ejus lucifer matutinus inveniat : Que l’astre du matin le trouve encore allumé ; cet astre, qui n’a point de couchant, qui, étant ressuscité et revenant victorieux des enfers, a fait luire sur tout le genre humain une si brillante et si pure lumière : Ille qui regressus ab inferis, humano generi serenus illuxit. Nous vous prions, Seigneur, que donnant à nos jours la tranquillité d’une heureuse paix, vous daigniez, dans la réjouissance de ces fêtes de Pâques, conserver par une protection spéciale tous vos fidèles serviteurs, tout le clergé et tout ce dévot peuple, avec notre saint père le Pape, notre prélat. Jetez aussi un regard favorable sur notre très-pieux monarque, et connaissant les vœux et les désirs de son cœur, faites, ô Dieu ! par une grâce spéciale de votre bonté et de votre miséricorde, qu’il jouisse de la tranquillité d’une paix inaltérable, et qu’il remporte une céleste victoire avec tout son peuple sur tous les ennemis du salut. C’est la grâce que nous vous demandons tous, par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l’unité du Saint-Esprit, par tous les siècles. Ainsi soit-il.

L’Esprit-Saint se fait trop sentir dans cette solennelle bénédiction du cierge pascal, et dans la célébrité de cette auguste et mystérieuse cérémonie, pour ne pas croire que ce ne soit ici son ouvrage. On ne saurait douter qu’elle ne soit de tradition apostolique, quoiqu’elle ne se fit point avec cette majestueuse publicité dans ces temps de persécution où les empereurs païens tenaient comme captive toute l’Église; mais dès que ces jours mauvais furent passés et que la paix fut rendue à l’Église, on vit ces cérémonies se développer et ces offices se célébrer avec cet ordre, cette religion et cette majesté qui manifestent la haute sagesse et la sublime sainteté de l’Esprit divin qui les règle. On croit que ce fut le pape Zozime qui ordonna de bénir le cierge pascal, et on attribue à saint Ambroise le cantique Exultet, tel que nous l’avons. Ce cierge mystérieux ne représente pas seulement la colonne de nuée et la colonne de feu dont on a déjà parlé, mais encore la lumière de la foi qui nous éclaire, et ce feu divin de la charité que Jésus-Christ est venu apporter à la terre, et dont il veut que tous les hommes soient embrasés. C’est proprement à sa résurrection que ce feu divin s’est allumé, et que cette lumière surnaturelle a commencé de se répandre dans le monde ; et ce que semblent signifier ces paroles de la bénédiction : Gaudeat et tellus tantis irradiata fulgoribus. Lætetur et mater Ecclesia tanti luminis fulgoribus adornata. Le savant Durand, évêque de Mende, dans son Rational des offices divins, dit que les cinq grains d’encens qu’on met au cierge pascal en forme de croix signifient les cinq plaies dont le Sauveur a voulu conserver les cicatrices sur son corps glorieux.

La bénédiction du cierge pascal est suivie des douze leçons de l’Écriture sainte, que l’on appelle ordinairement Prophéties, dont la lecture est entremêlée de cantiques et d’oraisons. Les rapports spirituels, mystiques cl moraux qu’on en fait avec la solennité du jour, et surtout avec la cérémonie du baptême, dont on peut dire que le samedi saint est la grande fête, donnent une assez juste idée du mystère de notre régénération, qu’on appelle la Pâque, c’est-à-dire le passage de l’Égypte dans la terre de promission ; de l’état d’esclaves à la qualité d’enfants de Dieu ; du péché à l’état de grâce. On les lit sans titre, parce que comme elles étaient principalement pour les catéchumènes, on ne les leur lisait que sous le titre de parole de Dieu, sans leur nommer les écrivains sacrés dont ils ignoraient les noms, la qualité et le mérite.

La première de ces leçons, tirée de la Genèse, raconte la création du monde, et principalement la formation de l’homme à l’image de Dieu. Cette image avait été effacée par le péché, mais elle est réparée dans le baptême de la régénération en Jésus-Christ par le mérite de sa mort et de sa résurrection glorieuse qui a dissipé les ténèbres répandues sur toute la terre. Cette leçon est une représentation allégorique de la rédemption, sous le type de la création.

La seconde leçon contient l’histoire du déluge. La malice des hommes étant arrivée au dernier excès, et toute chair ayant corrompu sa voie sur la terre, Dieu résolut de noyer, pour ainsi dire, l’iniquité dans les eaux du déluge, en ne conservant dans l’arche qu’un petit nombre d’âmes justes qui devaient dans la suite repeupler tout l’univers. Ce n’est proprement que dans le sang de Jésus-Christ que l’iniquité a été véritablement noyée et le péché détruit, selon la prophétie de Daniel : Et finem accipiat peceatum, et delcatur iniquitas. L’arche est la figure de l’Église hors de laquelle il n’y a point de salut.

La troisième leçon rapporte l’histoire du sacrifice d’Isaac, un père sacrificateur, un fils victime. Il ne fut jamais figure plus vraie du sacrifice de Jésus-Christ.

La quatrième leçon raconte le passage miraculeux des Israélites à travers la mer Rouge, en sortant de la servitude d’Égypte pour aller dans cette terre promise où coulaient le lait et le miel. Ce qui fut le salut du peuple de Dieu fut la perte de ceux qui le poursuivaient. Qui ne voit dans cette figure l’image du triomphe de l’Église sur tous les ennemis de Jésus-Christ !

La cinquième leçon est tirée du prophète Isaïe. Par la bouche de ce Prophète, le Seigneur, après avoir désigné en quoi consiste l’héritage qu’il promet à ceux qu’il doit adopter par Jésus-Christ ressuscité, convie tous les hommes à embrasser la foi, afin qu’ils puissent recueillir le fruit de ses promesses et partager cet héritage avec les cohéritiers du Sauveur : Hæredes quidem Dei, comme parle saint Paul, cohæredes auter Christi.

La sixième leçon contient la prophétie de Baruch. Ce disciple de Jérémie déclare aux enfants d’Israël, gémissant alors dans la captivité de Babylone, que la cause de tous leurs malheurs vient de ce qu’ils ont quitté le Seigneur leur Dieu, en s’éloignant de ses voies. Ensuite il leur prédit la venue de Jésus-Christ : C’est lui, leur dit-il, qui est notre Dieu : Hic est Deus noster. Il sait tout, il connaît la véritable sagesse, il l’a trouvée, lui, qui à affermi la terre pour jamais : Que scit universa, novit eam, et admvenit eam qui præparavit terram in ælerno tempore. C’’est lui qui a trouvé toutes les voies de la véritable science : Hic adinvenit omnem viam disciplinæ. Il l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël son peuple bien-aimé. Après cela il a paru sur la terre et il a conversé avec les hommes : Post hæc in terris visus est, et cum hominibus conversatus est.

La septième leçon, tirée du prophète Ezéchiel, nous rappelle les heureux effets du mystère de la rédemption des hommes, sous l’image allégorique de l’état pitoyable où était le genre humain avant la venue du Sauveur. Un champ vaste, rempli d’ossements desséchés, se présente aux yeux du Prophète, et il entend une voix qui lui dit : Fili hominis, putasne vivent ossa ista ? Fils de l’homme, pensez-vous que ces os doivent revivre ? Le miracle paraissait peu possible ; cependant il se fit, et Dieu découvrit lui-même au Prophète tout ce mystère. Ossa hæc universa, domus Israel est. Tous ces os, dit le Seigneur, représentent la maison d’Israël ; les Israélites disent : Nos os sont desséchés, il ne nous reste aucune espérance ; nous sommes perdus sans ressource. Voici cependant ce que je vous ordonne de leur annoncer : Ecce ego aperiam tumulos vestros, et educam vos de sepulcris vestris : Mon peuple, ayez confiance ; j’ouvrirai vos tombeaux, et je vous ferai sortir de vos sépulcres, et je vous ramènerai dans cette terre de bénédiction que je vous ai promise, et vous saurez, par votre propre expérience, que je suis le Seigneur. Ce n’est proprement qu’à la mort et à la résurrection du Sauveur que cette prophétie s’est accomplie.

La huitième leçon est prise de l’endroit d’Isaïe où il est dit que sept femmes prendront un homme à qui elles ne demanderont autre chose, sinon qu’elles puissent porter son nom et être délivrées de l’opprobre. Le Prophète, ayant prédit la ruine entière de la synagogue et de Jérusalem, nous donne ici l’image de la vraie Église dont Jésus-Christ est le chef et l’époux. Le nom de sept désigne dans l’Écriture un nombre indéfini, et ces femmes signifient ici les âmes rachetées par Jésus-Christ et purifiées par son sang, qui mettent toute leur gloire et leur bonheur à être, durant toute l’éternité, les épouses de l’Agneau sans tache.

La neuvième leçon est de l’Exode. Le sacrifice de Jésus-Christ immolé sur la croix nous y est représenté sous la figure de l’agneau pascal, dont le sang imprimé sur la porte des maisons préserva les Israélites du glaive de l’ange exterminateur, et dont la chair servit de nourriture à tous ceux qui sortirent de l’Égypte et passèrent à travers les eaux de la mer Rouge. C’est le type le plus expressif de la pâque des chrétiens, et des effets merveilleux de l’Agneau de Dieu immolé pour nous sur la croix et devenu la nourriture du vrai peuple de Dieu dans l’adorable Eucharistie. Ce monde est une mer orageuse et pleine d’écueils, et les ennemis du salut qu’on a à combattre pendant le voyage de cette vie ne demandent pas un moindre secours ni une nourriture moins miraculeuse.

La dixième leçon est celle du prophète Jonas, lui-même figure de Jésus-Christ d’autant moins équivoque, que c’est le Fils de Dieu qui nous le révèle. En effet, la mort, la sépulture et la résurrection du Sauveur après trois jours sont clairement exprimées par ce trait de la vie du prophète, qui s’étant comme chargé lui seul de l’iniquité de tout l’équipage fut jeté dans la mer, englouti par un poisson et rejeté trois jours après tout vivant sur le rivage ; ce qui fut suivi de la conversion des Ninivites à la seule prédication de Jonas.

La onzième leçon est tirée de l’endroit du Deutéronome, où il est dit que Moïse écrivit son second cantique, et l’apprit aux Israélites peu de temps avant sa mort ; et comme il y décrivait fort au long toutes les faveurs qu’ils avaient reçues de Dieu depuis leur sortie d’Égypte, qu’il y rappelait leur extrême ingratitude et les châtiments dont Dieu les avait punis, il voulut que cet abrégé historique fût gardé à côté de l’arche d’alliance pour servir de témoignage contre eux. L’Église nous raconte aujourd’hui ce fait pour nous faire la même leçon, et nous avertir combien nous méritons d’être punis sévèrement, si nous nous rendons inutile le bien infini de la rédemption par la plus noire et la plus criante de toutes les ingratitudes.

La douzième et dernière leçon est tirée du chapitre de Daniel, où est racontée l’histoire de l’injuste persécution excitée contre les trois jeunes hébreux, leur condamnation à être brûlés dans une fournaise pour n’avoir pas voulu adorer la statue du roi de Babylone, et le miracle que Dieu fit en leur faveur. Le feu, bien loin de les brûler, leur servit de rafraîchissement, et la fournaise devint pour eux un oratoire où ils bénissaient Dieu et chantaient ses louanges. Ce miracle était un type de ce grand nombre de prodiges qui devaient arriver dans l’Église, quand tant de millions de généreux martyrs de Jésus-Christ devaient prêcher sa divinité et chanter ses louanges au milieu des feux des plus cruelles persécutions.

Le Père Croiset – 1888

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