Les trois jours qui suivent le cinquième dimanche après Pâques et qui précèdent immédiatement la fête de l’Ascension, sont consacrés par l’Église à des prières publiques et solennelles, accompagnées de jeûnes ou d’abstinences, et de processions pour demander à Dieu qu’il daigne bénir les biens de la terre et pourvoir à tous nos besoins.

Saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, établit ces prières publiques dans son diocèse, l’an 470. Voici ce qui en fut l’occasion.

Depuis que les Bourguignons s’étaient rendus les maîtres de cette partie de la Gaule viennoise, que nous appelons aujourd’hui le Dauphiné et la Savoie, il ne s’était point passé d’année, ni de saison dans l’année pendant lesquelles le pays n’eût été affligé de quelque fléau. La désolation était générale. Les tremblements de terre étaient très-fréquents et les édifices les plus solides ne pouvaient résister à de si rudes secousses. Les bêtes sauvages désolaient toute la campagne. Une infinité de loups enragés entraient en plein jour jusque dans les villes et dans les maisons et jetaient partout la terreur. Chaque jour, disent les historiens, semblait apporter quelque nouvel indice de la colère divine. Les incendies se multipliaient, et il ne se passait pas de semaine où, à Vienne, quelque maison ne fût consumée par les flammes. La nuit de Pâques de l’an 470, pendant que tout le peuple était assemblé dans la grande église, avec Mamert, son évêque, pour la célébration des saints mystères, le feu prit à la maison de ville qui était un édifice magnifique construit sur une éminence qui dominait toute la ville. Chacun craignant pour sa maison, l’alarme fut universelle. Tout le monde sortit de l’église ; le service divin fut interrompu. Le saint évêque demeura seul devant l’autel, où, prosterné et fondant en larmes, il supplia ardemment le Seigneur de délivrer son peuple de tant de fléaux, et pour apaiser la colère céleste, il fit vœu d’établir tous les ans dans son diocèse des Rogations ou prières publiques et des processions solennelles. L’embrasement cessa tout à coup, au moment où il semblait devoir consumer toute la ville. La joie que cet événement miraculeux causa dans les esprits, fit revenir tout le monde à l’église. Mamert, après avoir achevé les saints mystères et rendu publiquement de très-humbles actions de grâces à Dieu pour une faveur si visible, déclara à son peuple le vœu qu’il avait fait et l’exhorta à joindre la pénitence à la prière. Tout le peuple applaudit aux moyens qu’avait pris le saint évêque pour apaiser la colère divine, et on ne douta point que ce fût à ses prières et à son vœu qu’on dût la subite extinction de l’incendie.

Le saint évêque fixa ces Rogations aux trois jours qui précèdent la fête de l’Ascension et ordonna qu’elles seraient passées dans la pénitence et dans le jeûne. Cette fête se célébra pour la première fois avec beaucoup d’appareil et encore avec plus de dévotion. Saint Mamert, voulant ménager les forces de ceux qui n’auraient pu supporter la fatigue d’une trop longue marche, à jeun, se contenta de marquer pour la station ou le terme de la première procession, une église qui n’était pas éloignée des murailles de la ville. Tout le monde s’y trouva, et la multitude y fit paraître une si grande dévotion, que le terme de la première procession ayant paru trop court, on demanda que la station de celles qu’on devait faire les jours suivants fût plus éloignée.

On s’aperçut d’abord combien Dieu agréait la ferveur et la pénitence du peuple de Vienne. On ne ressentit plus de tremblements de terre, on ne vit plus paraître de loups ; la campagne ne fut plus désolée et l’on ne se plaignit plus de l’intempérie de l’air, ni du dérangement des saisons. Cette pieuse institution était trop intéressante, pour être renfermée dans la ville ou le seul diocèse de Vienne ; la plupart des églises des Gaules voulurent imiter un exemple si saint. Les Rogations devinrent une fête d’obligation dans presque tous les diocèses, afin que ce qui avait servi de remède fût un préservatif pour l’avenir. Les évêques, considérant la sagesse de cette institution, ne crurent pouvoir rien faire de mieux que de s’y conformer.

Le concile d’Orléans, tenu l’an 511, ordonna que les Rogations s’observeraient par toute la France dans le même temps et de la même manière qu’elles se faisaient à Vienne. Cet usage passa en Espagne vers le commencement du septième siècle ; mais il ne devint d’obligation pour toute l’Église latine, qu’après que le Pape en eut fait une loi de discipline ecclésiastique, qui est aujourd’hui en usage partout. Ce fut Léon III qui établit à Rome, et partout ailleurs, les Rogations, vers la fin du huitième siècle. Il n’obligea pas les fidèles au jeûne, parce que c’est durant le temps pascal qu’elles se font. Charlemagne et Charles le Chauve ont fait des lois pour en ordonner l’observation et pour défendre de travailler en ces jours, ce qui a longtemps été observé dans l’Église de France. Le jeûne qui s’observait d’abord fort régulièrement, a été changé depuis en simple abstinence, par considération pour le temps pascal, qui est un temps de joie ; mais la pratique constante dans toute l’Église catholique a toujours été d’accompagner ces prières publiques d’un esprit de pénitence et de componction et de réciter des litanies pour demander à Dieu, par l’invocation et l’intercession de ses Saints, la rémission de ses péchés, les secours nécessaires tant spirituels que corporels, la paix de l’Église et de l’État, la conservation des biens de la terre et l’éloignement de tout ce qui peut nous nuire ou nous troubler. C’est là la fin que l’Église se propose dans ces supplications publiques.

Sidoine Apollinaire dit qu’avant saint Mamert on célébrait une espèce de Rogations ou prières publiques, et des processions ; mais qu’elles se faisaient avec peu d’ordre, et avec encore moins de dévotion : l’agæ, tepentes, infrequentesque supplicationes ; mais que celles qu’institua le saint évêque se firent avec ferveur, avec plus d’ordre et dans un temps déterminé. On voit dans la vie de saint Germain, évêque de Paris, écrite par Fortunat, qu’on appelait ces supplications ou prières publiques, les litanies : Dum tempore litaniarum.…. ad missam cum populo progreditur in processu. Ainsi, dès le sixième siècle, les Rogations se célébraient comme aujourd’hui. On disait la messe à la station, on faisait la procession, on chantait les litanies. Ce mot litanies est un nom qui vient du grec ; il signifie prière publique. C’est une formule de prière laconique, concise et répétée à l’honneur des Saints, suivie d’une invocation en mêmes termes, qui sert comme de refrain. Les litanies des Saints, ou de la sainte Vierge, qu’on chante aux processions, ont pour réponse cette courte prière : « Priez pour nous »; et celles qui regardent les personnes de la sainte Trinité, cette autre : « Ayez pité de nous ». Elles commencent toutes par ces deux mots grecs : Kyrie eleison : Seigneur, ayez pitié de nous. On lit même dans un ancien rituel romain, qu’on chantait quelquefois des litanies où l’on ne disait que Kyrie eleison, qu’on répétait jusqu’à cent fois, et autant de fois, Christe eleison. Dieunt centies : Kyrie eleison ; centies : Christe eleison. On appelle grandes litanies, celles de la fête de saint Marc, instituées par le pape saint Grégoire l’an 590, dans lesquelles, après l’invocation de la miséricorde divine, on implore les Saints, et on demande leur intercession et leurs prières.

La procession d’une église à une autre, en chantant les litanies, est une des cérémonies des Rogations ; le peuple y suit le clergé, et joint ses prières à celles des ministres du Seigneur, pour implorer sa miséricorde.

L’origine des processions est fort ancienne ; elles ont été en usage dans l’Église d’abord après les persécutions, et rien n’en a pu depuis interrompre la pieuse pratique. Saint Jean Chrysostome, qui vivait dans le quatrième siècle, faisait faire des processions à son peuple de Constantinople : on y portail la croix avec des flambeaux allumés, et l’on chantait des prières pour demander à Dieu la conversion des hérétiques, et les secours du ciel dans les nécessités publiques. On lit à peu près la même chose dans la vie de saint Porphyre, évêque de Gaza, en Palestine, mort vers l’an 490 : la croix précédait le clergé, qui allait deux à deux ; tout le peuple suivait, chantant des psaumes. Saint Ambroise parle des processions qu’on célébrait à Milan pour implorer la miséricorde de Dieu. Celle qui se fit sous ce saint prélat, pour transporter les reliques de saint Gervais et de saint Protais, est une des plus célèbres. Saint Ambroise et saint Augustin rapportent l’insigne miracle dont ils furent témoins : il s’opéra, pendant cette procession, en faveur d’un aveugle qui recouvra la vue aussitôt qu’il eut touché les saintes reliques. Le vénérable Bède dans la vie de saint Cuthbert, parlant de la procession des Rogations, fait mention des reliques qu’on y portait, comme d’un usage établi dans toute l’Église. Lanfranc fait mention des litanies, de la croix, de l’eau bénite, du livre des Évangiles et des reliques qu’on portait à ces processions, et à celles aussi qu’on faisait dans le temps des calamités publiques. Les processions les plus solennelles sont celle du très-saint Sacrement, celles des Rogations, de la Purification et des Rameaux, et celle qu’on fait en France le jour de l’Assomption de la sainte Vierge, depuis le vœu du roi Louis XIII ; nous pouvons ajouter encore celles qu’on célèbre extraordinairement pour le jubilé ou pour apaiser la colère de Dieu dans les calamités publiques. Les processions sont plus fréquentes dans le temps pascal, parce qu’on a besoin de demander à Dieu sa bénédiction sur les biens de la terre, qui courent alors de plus grands risques. C’est de là qu’est venue cette religieuse pratique en certains diocèses, de faire dans cette saison des processions tous les dimanches avant la messe de paroisse. De tout ce qu’on vient de dire au sujet des Rogations, des prières publiques, des saintes reliques qu’on porte aux processions, et de toutes les autres cérémonies de la religion presque aussi anciennes que le christianisme, l’Église n’a-t-elle pas raison de conclure que rien n’est plus blâmable que la conduite des hérétiques, qui osent encore condamner des usages nés, pour ainsi dire, avec l’Église, et autorisés par la pratique de tous les Saints et dans tous les siècles ?

Quoique les trois jours qui précèdent la fête de l’Ascension soient au même degré de solennité, l’Église cependant n’a assigné un office particulier qu’à cette seconde férie. L’Introït de la messe est tiré du psaume XVII. Comme c’est ici un jour de supplications solennelles, l’Église commence la messe par un verset bien propre à nous inspirer cette confiance en Dieu, qui doit accompagner toutes nos prières, et sans laquelle nous ne serions jamais exaucés. Ce psaume XVII est un cantique d’actions de grâces dans lequel David, après avoir rappelé tous les périls auxquels il a été exposé, et les victoires qu’il a remportées sur les ennemis par la protection du ciel, proteste que rien ne sera jamais capable d’ébranler sa confiance, ni d’affaiblir son amour pour Dieu. Exaudivit de templo sancto suo vocem meam alleluia, et clamor meus in conspectu ejus introivit in aures ejus, alleluia, alleluia : Ma voix, dit le Prophète, a pénétré jusqu’au plus haut des cieux, son temple et sa demeure ; mes cris sont parvenus jusqu’à lui ; il les a entendus et il m’a exaucé ; quelle confiance ne dois-je pas avoir en lui, et quelles actions de grâces ne dois-je pas lui rendre ? Diligam te, Domine, virtus mea ; Domine firmamentum meum et refugium meum et liberator meus : Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes toute ma force : le Seigneur est mon appui, mon refuge, mon libérateur. Avec de tels sentiments, Dieu ne saurait manquer d’exaucer nos prières. Tout ce psaume est plein des plus nobles pensées, et le style est d’une beauté et d’une élévation admirables. Saint Jérôme dit qu’en décrivant ses combats et ses triomphes, David prédit les victoires de Jésus-Christ sur les Juifs et celles de l’Église sur tous ses persécuteurs.

L’Épître de la messe est tirée du cinquième chapitre de l’épître de l’apôtre saint Jacques ; c’est une instruction abrégée des dispositions avec lesquelles il faut prier, et du fruit qu’on doit tirer de la prière. Confessez vos péchés l’un à l’autre, et priez les uns pour les autres, afin que vous vous sauviez. Il ne suffit pas de détester vos péchés dans le fond du cœur, dit le saint Apôtre, cette douleur intérieure et surnaturelle, cette véritable contrition est nécessaire ; mais elle ne suffit point pour avoir le pardon des péchés mortels, il faut les déclarer, les confesser avec humilité au prêtre, qui seul a le pouvoir de vous absoudre : c’est un juge, il faut l’instruire du procès ; c’est un médecin, il faut lui déclarer vos plaies et vos infirmités, afin qu’il y applique les appareils et les remèdes nécessaires. Confitemini alterutrum peccata vestra : par ces paroles, disent les interprètes et les saints Pères, l’Apôtre rappelle visiblement le précepte divin de la confession sacramentelle. Cornelius à Lapide, l’un des plus savants interprètes, dit que saint Jacques ne s’est servi de cette expression alerutrum, l’un à l’autre, que pour rendre la pratique de la confession plus aisée, et le précepte plus doux. Quoique ce ne soit qu’au seul prêtre que nous devions confesser nos péchés, le saint Apôtre emploie le terme alterutrum, l’un à l’autre, pour nous faire mieux comprendre que celui à qui nous déclarons en secret toutes nos misères, est lui-même sujet aux mêmes infirmités, aux mêmes tentations que nous, et capable de tomber dans les mêmes désordres : Alterutrum. En effet, quoique le caractère sacerdotal élève le prêtre au-dessus du laïque, et lui donne le pouvoir d’absoudre le pécheur, il ne le tire pas du rang des hommes ; et, quelque sublime que soit sa dignité, c’est toujours d’homme à homme que se fait la confession. « L’un à l’autre » exprime encore l’obligation que les prêtres ont eux-mêmes de se confesser. Si l’on a vu des pécheurs déclarer leurs péchés à de simples laïques, ce sont des actes d’humilité fort louables, et qui peuvent obtenir du Seigneur la grâce d’une parfaite contrition ; mais cet acte d’humilité, quelque louable qu’il soit, ne saurait jamais tenir lieu d’une confession sacramentelle.

Orate pro invicem, ut salvemini : Priez les uns pour les autres, afin que vous vous sauviez. L’Apôtre recommande ici la prière mutuelle auprès de Dieu, laquelle ayant pour motif la charité, lui est toujours agréable : c’est ce motif même qui la rend efficace. Le Seigneur écoute volontiers les prières que nous faisons pour nos frères ; et ce que nous n’obtiendrons pas pour nous-même, nous l’obtenons souvent pour eux quand la charité nous le fait demander. Multum enim valet oratio justi assidua : La prière constante du juste, ajoute-t-il, a un grand pouvoir auprès de Dicu ; il parle des justes qui vivent encore sur la terre. Quelle doit donc être la puissance des prières des Saints dans le ciel, et surtout de la Reine des Saints, en faveur de ceux pour qui ils s’intéressent !

Elias homo erat similis nobis passibilis : Élie était comme nous, un homme sujet aux infirmités. Saint Jacques, pour prouver la force et l’efficace de la prière, apporte l’exemple d’Élie, qui par sa prière tint le ciel fermé pendant trois ans et demi, sans qu’il tombât une goutte de pluie, et qui, par sa prière, l’ouvrit au moment où il crut qu’il le fallait, pour manifester la gloire et la puissance de Dieu, et pour tâcher de convertir l’impie Achab, qui ne profita pas de ce double prodige. Enfin, le saint Apôtre finit cette admirable épître, par exhorter tous les fidèles à avoir une charité chrétienne pour leurs frères et un véritable zèle pour leur salut. Mes frères, leur dit-il, si quelqu’un vient à s’égarer du vrai chemin et que son frère l’y ramène, que celui-ci sache que l’homme qui fera revenir un pécheur de son égarement, sauvera son âme de la mort éternelle et couvrira le grand nombre de ses péchés : et operiet multitudinem peccatorum ; c’est-à-dire, qu’en ramenant la brebis égarée dans la voie du salut, il aura le mérite d’avoir sauvé une âme et obtiendra aisément de la miséricorde de Dieu le pardon de ses propres péchés. C’est ce qu’écrivait saint Paul à Timothée : Veillez sur vous-même et travaillez au salut des autres : Hoc enim faciens et teipsum salvum facies, et eos qui te audiunt : Car en vous conduisant ainsi, vous vous sauverez vous-même et vous sauverez ceux qui vous écoutent. Voilà ce qui inspire tous les jours tant de zèle à ces hommes apostoliques, qui, sans être retenus par les liens les plus forts et les plus doux de la chair et du sang, sans être ébranlés par les amis qu’il faut abandonner pour toujours, ni par les charmes de la patrie, sans être effrayés par des dangers affreux, ni rebutés par la cruauté de tant de peuples inhumains, font le sacrifice de leurs commodités, de leurs talents, de leur vie, passent les mers pour aller porter la lumière de la foi aux nations les plus barbares. L’amour de Jésus-Christ, le zèle ardent pour sa gloire, le désir de sauver les âmes peuvent seuls inspirer ces miracles de la charité chrétienne. Ce n’est qu’au sein de la vraie Église qu’on trouve ces héros magnanimes et désintéressés.

Comme ce jour est consacré à la prière, ce que Jésus-Christ dit à ses disciples sur son efficacité, fait le sujet de l’Évangile de la messe. Le Sauveur, instruisant ses disciples sur plusieurs points de perfection, les assurait que pour être saint il fallait demander à Dieu, avec ferveur, la grâce de le devenir. Demandez, leur disait-il, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez à la porte, et on vous ouvrira. Je n’excepte ici personne ; je vous dis que tous ceux qui demanderont seront exaucés ; mais une des conditions essentielles, c’est de persévérer dans la prière. Voulez- vous en mieux connaître le mérite et l’efficace, considérez ce qui se passe tous les jours parmi vous. Si quelqu’un de vous avait un ami, riche et libéral, qu’il allât à minuit heurter à sa porte pour lui demander trois pains dont il a besoin, parce qu’il faut qu’il donne à souper à une personne de sa connaissance qui vient d’arriver de la campagne, et que cet ami lui répondit : Vous venez trop tard, ma porte est fermée, tous mes domestiques sont retirés, je ne puis me lever, revenez demain à toute autre heure ; je vous le dis, s’il continue à frapper et s’il ne se rebute point, son ami accordera à son importunité ce qu’il aurait difficilement accordé à l’amitié seule. Il se lèvera, il lui ouvrira la porte et lui donnera non-seulement les trois pains qu’il lui demande, mais tout ce dont il peut avoir besoin. Cet exemple nous offre une importante instruction. Dieu a plus envie de nous donner ce qui nous est nécessaire, que nous n’en avons de l’obtenir ; il veut seulement que nous le lui demandions et que nous persévérions à le prier. Jésus-Christ voulait accorder à l’aveugle de Jéricho la grâce qu’il sollicitait et à la Chananéenne la guérison de sa fille ; mais il voulait pour cela que l’un et l’autre le lui demandassent avec importunité, Dieu accorde tout à la persévérance, parce qu’elle est une preuve visible de notre foi et de la confiance que nous avons en son pouvoir et en sa bonté. Le manque de persévérance est une espèce de dépit qui marque la faiblesse de notre foi.

Le Sauveur ne nous exhorterait pas tant à lui demander, dit saint Augustin, s’il ne souhaitait lui-même d’exaucer nos prières : Non utique nos tantum hortaretur ut peteremus, nisi dare vellet. Ayons honte de notre inconstance et de notre lâcheté ; Dieu a plus envie de nous donner, que nous s’en avons de recevoir : Erubescat hunana pigritia : plus vult ille dare quam nos accipere.

Le Sauveur, après avoir apporté cet exemple familier qui exprime si bien le désir qu’il a de nous accorder ce que nous lui demandons, et qui nous prouve que le moyen d’obtenir c’est de prier avec persévérance, ajoute : Et ego dico vobis : Petite, et dabitur vobis ; quærite, et inventetis : pulsate, et aperietur vobis : Je vous dis de même : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et on vous ouvrira. Omnis enim qui petit, accipit ; et qui quærit, invenit ; el pulsanti aperietur. Le Sauveur ne dit pas que plusieurs seront exaucés ; omnis, il n’excepte personne. pourvu, comme il dit ailleurs, qu’on demande en son nom ce qui convient au salut, parce que tout ce qui y est contraire est un trop grand mal pour que Dieu nous le donne, lui qui est la source de tout bien.

Si quelqu’un de vous demande un pain à son père, ajoute le Sauveur, est-ce que son père lui donnera une pierre ? ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? et s’il demande un œuf, recevra-t-il un scorpion ? Si donc vous qui avez tant d’inclination à faire du mal et si peu à faire du bien vous êtes portés naturellement à donner à vos enfants ce que vous avez de meilleur, avec quelle charité, avec quelle libéralité pensez-vous que votre Père céleste répandra sur vous ses plus grandes miséricordes et surtout son Saint-Esprit, source de tous biens? Quanto magis Pater vester de cælo dabit Spiritum bonum petentibus se ?

Rien n’est mieux exprimé dans l’Évangile, rien n’est plus solidement établi dans la religion, que l’infaillibilité de la prière : d’où vient donc que Dieu tous les jours se montre si peu favorable à nos vœux, dit le plus célèbre de tous les orateurs chrétiens ? d’où vient que nous le prions et qu’il ne nous écoute pas ? d’où vient que nous demandons et que nous n’obtenons rien ? C’est que nous ne demandons pas ce qu’il faut, ou que nous ne demandons pas comme il faut. Nous demandons, ou des choses préjudiciables au salut, ou des biens purement temporels et inutiles au salut, ou des grâces même qui, de la manière que nous les voulons, bien loin de nous sanctifier, serviraient plutôt à nous retirer de la voie du salut. Désirons-nous que nos prières soient efficaces ? ne demandons que ce qui peut servir à notre salut, et demandons-le avec les conditions et dans les dispositions qui conviennent à la prière.

Prions avec humilité, prions avec attention de l’esprit et affection du cœur, prions avec confiance et avec une vive foi, prions enfin avec persévérance. Deus superbis resistit, dit saint Jacques, humilibus autem dat gratiam : Dieu résiste aux orgueilleux et donne la grâce aux humbles. L’attention de l’esprit et l’affection du cœur, dit saint Thomas, sont comme l’âme de la prière. Postulet autem in fide nihil hæsitans : Demandons avec foi, dit saint Jacques, et ne chancelons point. Exspecta, dit Isaïe, reexspecta : Attendez, attendez encore ; Dieu accorde souvent à la persévérance ce qu’il semblait refuser d’abord à la ferveur de l’oraison. Recte novit vivere, dit saint Auguslin, qui novit orare : On sait bien vivre quand on sait bien prier.

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