Angèle reçut le jour, en 1474, à Désenzano, dans le diocèse de Vérone. C'était une ravissante enfant, où la beauté du visage et la magnificence de la chevelure le disputaient à la vivacité de l'esprit. Lorsqu'à dix ans elle entrevit le danger de ces avantages extérieurs, elle s'étudia à les détruire, et ne voulut plaire qu'à Jésus-Christ.
Orpheline à la fleur de l'adolescence, le désir d'une vie parfaite la conduisit dans la solitude ; mais l'oncle qui lui servait de père mit obstacle à sa retraite. Toutefois elle sut pratiquer à la maison les austérités du désert. Revêtue d'un cilice, elle se flagellait, jeûnait habituellement, passait même des jours entiers sans nourriture. Presque toujours en prière, à peine goûtait-elle, couchée sur la terre nue, quelques heures de sommeil.
A vingt-deux ans elle perdit son oncle. Libre désormais, elle quitte son patrimoine, et fait vœu de rester pauvre et chaste dans le tiers-ordre de Saint- François. Réduite à mendier pour vivre, elle trouve cependant les moyens de faire elle-même l'aumône ; elle soigne les infirmes et les malades, console les affligés, réconcilie les ennemis, fait pardonner des coupables, et ramène à la vertu des cœurs égarés. Le pain des anges, unique faim de son âme, fortifie son amour pour son Dieu, et souvent des transports inénarrables récompensent dès ici-bas l'héroïsme de son dévouement.
Elle voulut visiter les saints lieux. Dans cette longue pérégrination qu'elle fit avec les yeux du cœur, la pieuse vierge échappa, comme par miracle, au naufrage et à la captivité chez les barbares. A son retour, elle alla gagner l'indulgence du jubilé dans la ville éternelle. Les lumières qu'elle reçut au cours de ce pèlerinage fixèrent définitivement son projet : à leurs clartés s'élabora le plan d'un institut providentiel.
Humble mais clairvoyante, Angèle gémissait depuis longtemps sur un mal funeste et profond de la société, l'éducation défectueuse des jeunes filles. Elle se disait que l'état moral des familles dépend beaucoup de la mère, et que les mères ne sont pas de vraies chrétiennes parce qu'on les a mal élevées. Quel remède à cette plaie sociale ? Relever la bannière de la virginité, que les dernières hérésies avaient tenté de rendre odieuse ; renoncer au siècle, abdiquer sa propre volonté, faire profession de vertu austère ; se consacrer par état à l'instruction gratuite des jeunes filles, leur inspirer l'amour de Dieu et du devoir. Ce fut tout le programme d'Angèle. Rentrée dans son pays, elle se hâta d'en poursuivre l'exécution. Au début, elles étaient vingt-huit compagnes. La pieuse directrice avait loué une maison à Brescia, près de l'église de Sainte-Afre. Ce fut un beau spectacle pour les habitants de cette ville de voir sortir chaque jour, à des moments précis, le groupe de ces vierges dévouées, qui se répandaient dans tous les quartiers pour y semer l'instruction, les bons conseils et les bons exemples. Une communauté de femmes sans vœux ni clôture, c'était alors une innovation. Elles firent néanmoins admirer leur zèle et gagnèrent la confiance : la compagnie de Sainte-Ursule était fondée. Une règle était nécessaire. Angèle se mit en oraison, la dicta, la fit approuver par l'évêque.
Après la mort de la sainte, elle devait subir d'importantes retouches ; il n'en est pas moins vrai cependant que l'œuvre d'Angèle fut le germe béni de cette admirable congrégation des ursulines qui, depuis trois siècles, a dirigé des millions de jeunes filles dans l'étude des sciences et la pratique de la piété.
Angèle mourut le 27 janvier 1540. Pendant que la cathédrale et l'église de Sainte-Afre se disputaient son corps, il resta un mois, odoriférant et flexible, sur le catafalque où le peuple ne se lassait pas de le vénérer.
Réflexion Pratique Sainte Angèle a donné à la société chrétienne des institutrices dévouées, parce qu'elle a su leur inspirer, avec l'amour de Dieu et du prochain, l'esprit de sacrifice dans la pratique des austères vertus du cloître. Favorisons de tout notre pouvoir l'éducation des couvents.