26 Mai – Saint Philippe de Néri, fondateur de l’Oratoire (1515-1595)

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Quatre grands événements signalent l’existence de l'humanité, et tous les quatre rappellent la bonté infinie de Dieu. Florence, une des plus belles villes de Toscane et même de toute l'Italie, compte parmi ses gloires d’être la patrie de saint Philippe.

Enfance et jeunesse du « bon petit Philippe »

Il naquit en cette ville, l’an de grâce 1513, le vingt-deuxième jour de juillet, après minuit. Son père, François de Néri, et sa mère, Lucrèce Soldi, appartenaient à deux illustres familles, et vivaient dans la crainte de Dieu et l’observance de ses commandements. Cet enfant, qui fut nommé Philippe au baptême, mérita, dès l’âge de cinq ans, le surnom de Bon, à cause de sa grande obéissance et du profond respect qu’il avait pour ses parents ; de sorte qu’on l’appelait déjà le bon petit Philippe.

Il perdit sa mère fort jeune ; mais la bonté de son caractère, ses manières aimables, sa nature douce et soumise, lui en firent trouver une autre dans les secondes noces de son père : car sa belle-mère, gagnée par ses caresses, et les marques d’affection, de respect dont il la comblait en toute circonstance, l’aima jusqu’à sa mort comme son véritable fils. Il croissait ainsi en grâce et en sagesse, comme le petit enfant Jésus ; comme lui, doux et humble de cœur, se montrant si affable, si modeste, si caressant et si officieux, qu’on ne pouvait le voir sans l’aimer.

Il n’avait que huit ou neuf ans lorsqu’il reçut du ciel les marques d’une protection bien éclatante. Ayant fait une chute du haut d’un grenier sur le pavé, et ayant entraîné sur lui une jument chargée de fruits, on ne le trouva ni mort ni froissé sous cet animal, qui semblait l’écraser ; et le petit Philippe reconnut cette faveur comme il le devait, par de fréquentes actions de grâces à Dieu, jugeant qu’il ne lui avait prêté la vie que pour l’employer à son service, ce qu’il fit jusqu’à la fin de ses jours.


Le départ pour Rome et la vie cachée

Touché des exemples et des discours de plusieurs religieux de la ville de Florence, dont il visitait souvent les maisons, il commençait à étudier leurs vertus et à observer leur genre de vie, lorsque son père l’envoya dans la petite ville de Saint-Germain, qui est au pied du Mont-Cassin, chez un de ses oncles, nommé Romulus, riche marchand, pour y apprendre le négoce. Romulus, qui n’avait point d’enfants, le prit en telle affection, qu’il le destina à être son héritier.

Mais Philippe, qui aspirait à un commerce bien plus considérable, regarda ces favorables dispositions de son oncle comme un piège que lui tendait le démon, pour le retenir dans les engagements du siècle. Méprisant sa succession, qui était de vingt-deux mille écus d’or, il s’en alla à Rome pour faire ses études. Il était parti un matin, à l’insu de son oncle, sans provisions, sans argent, se remettant de ses besoins à la bonté du Seigneur. Sa confiance ne fut pas vaine ; la charité publique pourvut pendant le voyage à ses nécessités, et, arrivé dans la ville sainte, il rencontra un noble Florentin, nommé Galeotto Caccia, qui lui offrit un généreux asile.

Il passa là deux années, dans l’isolement le plus absolu des créatures :

  • Nourriture : Il ne faisait qu’un seul repas par jour, consistant à manger du pain sec et à boire de l’eau (avec parfois quelques olives). Il passait régulièrement deux ou trois jours sans manger.
  • Cellule : Aucun autre meuble qu’un lit qui ne lui servait que de siège, car c’était sur la terre nue qu’il prenait son repos.

Sa sœur Élisabeth, mise au courant de sa ferveur, répondit : « Cela ne me surprend pas. Dès ses plus jeunes années, je pus conjecturer, en voyant ses vertus, qu’il deviendrait un grand Saint dans la suite ».


Des sciences humaines à la science de Dieu

Il se sentit ensuite divinement attiré à l’étude de la philosophie. Il suivit au collège romain les cours des plus habiles maîtres, puis commença ses études théologiques au collège des Augustins. Les progrès qu’il fit dans cette science furent si remarquables qu’il fut toujours regardé comme un des plus savants théologiens de Rome.

La Somme de saint Thomas était toujours près de lui, et il la consultait au besoin. Ce grand Saint était, à son avis, le théologien par excellence. Avec la Somme, il possédait encore la Bible. C’étaient les deux seuls ouvrages qu’il avait gardés, lorsqu'à la fin de ses études il avait vendu tous ses livres pour en distribuer le prix aux pauvres.

Sa vertu le rendit encore plus recommandable que sa science. Il conserva jusqu’à sa mort une pureté angélique, qui rejaillissait jusque sur son visage. Ses condisciples lui suscitaient pourtant tous les jours de nouvelles tentations, employant parfois des moyens honteux, comme d’envoyer secrètement dans sa chambre des filles prostituées ; mais elles ne purent jamais le corrompre. Il sortait victorieux de tous les combats, par la prière, les larmes et la confiance en Dieu. Pour récompense d’une si glorieuse victoire, il reçut du ciel cette grâce extraordinaire, que, les trente années qu’il vécut depuis, il ne ressentit jamais aucun mouvement de la chair.


L'embrasement du cœur et le service des pauvres

Son oraison était presque continuelle. C’est dans ce saint exercice qu’il ressentait plus vivement la violence du feu que produisait en lui l’amour divin :

Il se trouva un jour tellement embrasé des ardeurs de l’amour, que ces flammes sacrées se répandant impétueusement sur son corps, elles lui dilatèrent, et même, selon quelques-uns, lui rompirent la quatrième et la quintième côte, pour donner plus d’espace à ces mouvements séraphiques.

Il ne faisait guère diversion à ces pieux entretiens de son âme avec Dieu qu’en visitant les hôpitaux pour servir les malades, assister et instruire les pauvres. Il se retirait souvent la nuit au cimetière de Calixte, où il continuait les exercices de sa piété sur les tombeaux des martyrs. Le divin Sauveur parlait de si près à son âme qu'il était souvent obligé de crier avec larmes : C’est assez, Seigneur, c'est assez !


L'apostolat auprès des jeunes : « Philippe la Cloche »

Dans le dessein de gagner des âmes à Jésus-Christ, il renonça au repos de sa chère solitude et parut plus souvent en public. Philippe aimait surtout les jeunes gens. Il les attendait au sortir des écoles, se mêlait à leurs rangs, les cherchait jusque dans les magasins et les comptoirs :

« Oh ! mes frères, quand commencerons-nous à faire le bien ? »

Souvent il interrompait sa prière pour aller se promener, jouer, courir avec eux, et il gagnait leurs âmes par cette sainte camaraderie. Il portait toujours avec lui un petit livre qui ne contenait que le récit de la Passion du Sauveur.

Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, l’appelait agréablement Philippe la Cloche :

« De même qu’une cloche de paroisse appelle tout le monde à l’église et reste dans sa tour, ainsi cet homme apostolique fait entrer les autres en religion, et demeure dans le siècle ».

En 1548, assisté par son confesseur Persiano Rosa, il fonda la confrérie de la Très-Sainte-Trinité, en l’église de Saint-Sauveur-del-Campo, pour le soulagement des pèlerins et des convalescents. Il allait lui-même demander des aumônes chez les riches, et disait aux enfants avec un sourire paternel : Amusez-vous bien, mais n'offensez pas le bon Dieu.


Le Sacerdoce et la fondation de l'Oratoire

Malgré cette science profonde et cette vertu merveilleuse, il n’était encore que simple laïque. Lorsqu’il eut trente-six ans, son confesseur lui ordonna, au nom de Dieu, d’entrer dans les ordres. Il reçut la prêtrise le 23 mai 1551. Il ne passait pas un seul jour sans dire la messe. À l’élévation surtout, son esprit entrait en de tels ravissements qu’il se sentait comme soulevé de terre par une force invisible.

À cette époque, la tiédeur régnait. Beaucoup de chrétiens se contentaient de se confesser une fois chaque année à Pâques. Philippe ouvrit sa chambre nuit et jour pour enseigner les maximes de l’Évangile. C’est par ces petits commencements qu’il donna naissance à la célèbre Congrégation de l’Oratoire, attirant de grandes figures comme le futur cardinal Baronius, qui composa ses célèbres Annales ecclésiastiques sous l'impulsion du Saint.

Un autre moyen, imaginé par saint Philippe pour rendre la piété attrayante, fut l’emploi de la musique. Le plus grand compositeur de l'époque, Palestrina, se fit le disciple de saint Philippe et mit en musique plusieurs cantiques spirituels pour l'Oratoire. Palestrina mourut d'ailleurs saintement dans les bras du Saint le 2 février 1594, jour de la Purification de la sainte Vierge.

La congrégation fut officiellement confirmée en 1575 par le pape Grégoire XIII, qui lui attribua l’église de Sainte-Marie de Vallicella.


Profonde humilité et persécutions

Philippe protestait qu’il était le plus grand de tous les pécheurs, et faisait chaque jour cette prière :

« Seigneur, donnez-vous de garde de moi, parce que je vous trahirai aujourd’hui, et que je commettrai tous les péchés du monde si vous ne m’en préservez par votre sainte grâce ».

Il refusa constamment l'épiscopat ainsi que le chapeau de cardinal, qui lui fut offert par les papes Grégoire XIII et Clément VIII.

Cette prodigieuse humilité fut éprouvée par de lourdes calomnies. Accusé de tenir des assemblées dangereuses, le vice-gérant de Rome lui interdit le confessionnal et la chaire pendant quinze jours. Philippe reçut cette confusion d’un visage joyeux, sans chercher à se justifier, et se mit à prier pour ses calomniateurs.


Miracles, extases et dons surnaturels

Dieu l'honora d'une multitude de grâces extraordinaires :

  • Visions : Il vit la Sainte Vierge soutenir de ses mains le toit de l’église de Vallicella qui menaçait ruine.
  • Discernement des cœurs : Il pénétrait les consciences et distinguait les personnes chastes des autres par une agréable ou mauvaise odeur spirituelle qu'elles répandaient.
  • Guérisons : Le pape Clément VIII fut instantanément délivré d’une violente crise de goutte par le simple attouchement des mains de Philippe.
  • Pouvoir sur la mort : Il ressuscita le jeune Paul Fabricius (de la maison des Massimi) le temps de l'entendre en confession et de lui ouvrir les portes du ciel.

Une mort sainte et l'ouverture du cœur

L'heure de sa mort lui fut révélée divinement. Le 25 mai 1595, jour de la Fête-Dieu, il célébra la sainte messe avec une joie extraordinaire, confessa les fidèles, puis fut pris d'un grand vomissement de sang.

Au moment de recevoir le saint Viatique, il s’écria en pleurant :

« Voici celui qui fait toute ma joie, voici mon amour et mes délices ; je n’estime rien de si cher ni de si précieux que lui. Donnez, donnez-moi celui que j'aime ; donnez, donnez-le-moi promptement. J’ai reçu chez moi le médecin, me voilà content ».

Vers minuit, entouré de ses enfants spirituels et après leur avoir accordé un dernier regard de bénédiction, il rendit paisiblement son âme à Dieu à l’âge de quatre-vingts ans.

Lors de l’ouverture de son corps par les médecins, on découvrit un fait prodigieux : son cœur était tellement dilaté par le feu de l'amour divin que deux de ses côtes s’étaient écartées de leur place naturelle pour lui laisser de l'espace.


Culte et mémoire

Son corps fut trouvé parfaitement intact et sans aucune corruption sept ans après sa mort. Il fut canonisé solennellement par le pape Grégoire XV en 1622.

Les artistes aiment généralement représenter Saint Philippe selon quatre caractéristiques traditionnelles :

  1. Recevant la vision de la Sainte Vierge qui retient le plafond de sa chapelle.
  2. En habits sacerdotaux, célébrant la Sainte Messe avec ferveur.
  3. Rencontrant le capucin saint Félix de Cantalice dans les rues de Rome et buvant joyeusement à sa gourde.
  4. Entouré d’une multitude d’enfants et de jeunes gens qu'il instruit en souriant.

Une précieuse relique de saint Philippe de Néri est conservée chez les Ursulines d’Amiens.

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