Si le calendrier civil associe aujourd'hui la fête des pères au mois de juin, la tradition chrétienne, elle, honore les pères de famille depuis des siècles sous le regard et le patronage de Saint Joseph.
Pour l’Église catholique, célébrer la paternité ne relève pas d'une simple coutume sociale, mais d'une reconnaissance de la mission spirituelle et éducative du père au sein du foyer, à l'image du "juste" de Nazareth.
Dès le Moyen Âge, sous l'impulsion de grands saints comme Bernard de Clairvaux ou François de Sales, la piété populaire commence à fêter les pères le 19 mars, jour de la Saint Joseph. Époux de la Vierge Marie et père nourricier du Fils de Dieu, Joseph incarne l'autorité bienveillante, le silence humble et le don de soi.
C'est cette date que plusieurs pays de tradition catholique (Italie, Espagne, Portugal) ont fidèlement conservée pour célébrer leurs papas, maintenant le lien direct entre la paternité terrestre et son modèle céleste.
Au fil des époques, les Souverains Pontifes ont publié des actes officiels et des lettres apostoliques pour réaffirmer la place de Saint Joseph comme guide spirituel des pères de famille et protecteur du foyer chrétien.
Face aux bouleversements du XIXe siècle qui menaçaient l'institution familiale, le Pape Pie IX publie le décret Quemadmodum Deus le 8 décembre 1870. Par ce texte, il proclame officiellement Saint Joseph Patron de l’Église universelle. En plaçant l'Église sous sa garde, le Pape rappelle que la mission de chef de famille et de protecteur est divine.
Le Pape Léon XIII consacre la toute première encyclique entièrement dédiée à l'époux de Marie : Quamquam Pluries. Il y explicite pourquoi Joseph est le recours absolu pour les pères :
« Les pères de famille trouvent en Joseph le plus beau modèle de vigilance et de prévoyance paternelle. »
Léon XIII y souligne la dignité du travail quotidien et la responsabilité de l'éducation chrétienne des enfants.
La fête des pères telle qu'on la connaît le troisième dimanche de juin nous vient des États-Unis. Elle est née de l'initiative d'une femme, Sonora Smart Dodd, au début du XXe siècle.
Élevée seule par son père, un vétéran de la guerre de Sécession, après le décès de sa mère, Sonora trouvait injuste qu'il n'existe une fête que pour les mamans (instituée en 1908). Elle voulait honorer le courage et le dévouement de son père. Grâce à sa persévérance, la première fête des pères locale a été célébrée le 19 juin 1910 dans l'État de Washington. Il aura tout de même fallu attendre 1972 pour que le président Richard Nixon en fasse une fête nationale officielle.
En France, l'introduction de la fête des pères moderne a une anecdote beaucoup plus... commerciale. Elle a été lancée en 1949 par la marque bretonne de briquets Flaminaire.
Pour booster ses ventes pendant la période creuse du mois de juin, la marque a créé un slogan percutant :
"Nos papas nous l'ont dit, pour la fête des pères, ils désirent tous un briquet Flaminaire."
L'initiative a tellement bien fonctionné que l'État a fini par officialiser la fête par un décret en 1952, en la fixant également au troisième dimanche de juin pour s'aligner sur le calendrier de la fête des mères.
L'esprit catholique de la fête des pères rappelle que la mission paternelle n'est pas une fonction honorifique, mais une véritable vocation de service (la paternité spirituelle).
En se confiant à l'intercession de l'Artisan de Nazareth, les pères chrétiens sont invités à redécouvrir la valeur du silence intérieur, de la fidélité et du travail sanctifié pour subvenir aux besoins de l'Église domestique qu'est la famille.