« S'il exige de vous amour pour amour, ne devez-vous pas vous donner tout à Lui ? »
L'Église célèbre aujourd'hui la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, signe glorieux de notre Rédemption.
La Croix, instrument du supplice du Sauveur, est devenue par le sacrifice de Jésus-Christ l'instrument de notre salut.
Elle n'est donc pas pour le chrétien un objet de honte ou de tristesse seulement : elle est aussi le signe de la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.
Le jour de la Pentecôte de l'année 628, le patriarche de Constantinople, Sergius, au milieu d'une foule immense, montait à l'ambon de Sainte-Sophie, et lisait un message d'Héraclius annonçant, comme couronnement de ses victoires, la paix conclue avec la Perse.
Les applaudissements couvrirent la voix du pontife.
De longues acclamations se succédèrent pour le prince, pour l'armée victorieuse, pour l'empire d'Orient réhabilité, pour le patriarche lui-même.
Mais une question autrement plus importante demeurait :
Qu'était devenue la Croix du Sauveur, l'instrument de Rédemption ?
Après plusieurs années de guerre, les chrétiens espéraient récupérer la précieuse relique de la Vraie Croix.
Le traité conclu avec Siroès stipulait la remise de la vraie croix, mais Siroès lui-même ignorait l'endroit où elle avait été déposée.
Héraclius confia à son frère Théodore le soin de cette importante négociation, et attendit au palais d'Hérée, près de Chalcédoine, ne voulant pas remettre le pied à Constantinople sans le trophée divin qui avait été le mobile et qui allait être la récompense de sa triomphante expédition.
L'on avait cru jusque-là que, dans ses diverses retraites, Chosroès s'était fait suivre de la croix sainte.
Il n'en était rien.
Serbar, le vainqueur de Jérusalem qui avait apporté le précieux trésor en Perse, l'avait déposé dans une forteresse, et savait maintenant seul ce secret.
Il en profita pour augmenter le crédit que les derniers événements lui assuraient déjà.
La vraie croix fut finalement rendue à Théodore.
Le 14 septembre 628, Héraclius, monté sur un quadrige triomphal, un diadème sur la tête, les épaules couvertes du manteau de pourpre, entrait solennellement à Constantinople par la Porte d'Or.
En avant du char, des prêtres portaient la relique de la Vraie Croix, autour de laquelle trois cents étendards enlevés aux Perses formaient un glorieux ombrage.
Le cortège se dirigea vers Sainte-Sophie, où le patriarche Sergius accueillit le nouveau Constantin, en cet anniversaire de la première exaltation de la Croix.
La gloire terrestre du triomphe militaire trouvait ainsi son accomplissement dans une réalité infiniment plus élevée : le retour du signe de notre Rédemption.
Au printemps de l'année suivante, Héraclius s'embarquait pour la Palestine, et reportait à la ville sainte le bois sacré teint du sang rédempteur.
À plusieurs milles en avant de Jérusalem, le patriarche Zacharie, les prêtres, les religieux, tous les fidèles vinrent à sa rencontre avec les cierges, les encensoirs et au chant des hymnes sacrées.
Quelle procession grandiose !
Tout un peuple chrétien marchait à la rencontre de la Croix du Sauveur.
Quand le cortège fut arrivé à la porte Dorée, l'empereur mit pied à terre.
Puis il déposa sa couronne et son manteau de pourpre.
Il s'achemina vers la nouvelle église du Saint-Sépulcre, portant sur ses épaules la relique de la vraie Croix.
Il la remit au patriarche.
Celui-ci vérifia l'intégrité du sceau apposé autrefois par lui-même.
Puis, montant à l'ambon, il présenta à l'adoration du peuple le sublime trophée.
Depuis, on célèbre toujours, en souvenir de la victoire des chrétiens d'Orient, la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix.
Le récit de cette fête nous enseigne quelque chose de fondamental.
Le monde cherche la gloire dans la puissance, l'argent, la réussite ou les victoires humaines.
L'Évangile nous révèle une gloire d'un autre ordre.
La véritable victoire du Christ passe par la Croix.
Jésus-Christ règne depuis la Croix.
Il triomphe en s'offrant pour les pécheurs.
Il vainc le péché par son sacrifice.
Il détruit la mort en l'acceptant librement et en ressuscitant.
Ainsi, l'Église peut proclamer avec confiance :
✝️ Ave, Crux, spes unica !
Salut, ô Croix, notre unique espérance !
La Croix nous rappelle avant tout ce que le péché a coûté au Sauveur.
Nous pouvons avoir tendance à considérer nos fautes avec légèreté.
La Croix nous oblige à regarder la réalité en face.
Le péché n'est pas une petite chose.
Il est ce qui a nécessité le sacrifice du Fils de Dieu fait homme.
Mais la Croix révèle simultanément quelque chose d'encore plus grand :
l'immensité de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes.
❤️ Le Christ ne s'est pas contenté de parler d'amour : Il nous a aimés jusqu'au sacrifice.
La Croix devrait occuper une place véritable dans notre vie chrétienne.
Elle peut être présente dans notre maison.
Dans notre chambre.
Dans notre lieu de prière.
Elle doit surtout être présente dans notre cœur.
Lorsque nous regardons un crucifix, nous pouvons nous arrêter quelques instants et considérer :
Qui est Celui qui est là ?
C'est le Fils éternel de Dieu.
Et :
Pourquoi est-Il là ?
Pour nos péchés.
Pour notre salut.
Par amour.
Une telle contemplation peut devenir une véritable école de conversion.
Le chrétien ne cherche pas volontairement les souffrances.
Mais les croix de la vie sont inévitables.
Une maladie.
Une fatigue.
Une injustice.
Une humiliation.
Une séparation.
Une difficulté familiale.
Une inquiétude.
Une épreuve que nous n'avons pas choisie.
Lorsque nous ne pouvons supprimer cette souffrance, nous pouvons encore l'offrir à Dieu.
🕯️ « Jésus, je Vous offre cette souffrance en union avec Votre Passion. »
Ainsi, la petite croix quotidienne peut devenir une prière.
La Croix n'est jamais séparée de la Résurrection.
Le Vendredi Saint n'est pas la fin.
Le tombeau n'est pas le dernier mot.
Après la Passion vient la victoire.
Après la mort vient la vie.
Après les ténèbres vient la lumière.
C'est pourquoi le chrétien peut porter ses souffrances avec espérance.
La Croix nous conduit au tombeau ; le Christ ressuscité nous conduit au Ciel.
Honorer la Croix, ce n'est pas adorer le bois comme une idole.
Le culte chrétien rendu à la Croix est lié à Jésus-Christ lui-même, qui l'a sanctifiée par son sacrifice.
Lorsque nous faisons le signe de la Croix, nous professons également les mystères fondamentaux de notre foi :
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Prenons donc l'habitude de faire ce signe avec véritable recueillement.
Au réveil.
Avant de dormir.
Avant la prière.
Avant un voyage.
Dans une tentation.
Au moment d'une épreuve.
🛡️ La Croix est le signe visible de notre appartenance au Christ.
La réflexion traditionnelle de cette fête pose une question qui nous concerne directement :
Si Jésus-Christ s'est livré pour vous, ne devez-vous pas vous donner tout à Lui ?
Nous ne pouvons pas répondre à l'amour du Christ uniquement par des paroles.
Il nous demande notre cœur.
Notre volonté.
Notre fidélité.
Notre temps.
Nos actes.
Nos sacrifices.
Notre vie entière.
Il ne nous demande pas nécessairement de verser notre sang comme les martyrs.
Mais Il nous demande chaque jour de mourir à ce qui nous éloigne de Lui.
Mourir à l'orgueil.
Mourir à l'égoïsme.
Mourir à la colère.
Mourir aux mauvaises habitudes.
Mourir au péché.
Et renaître à la grâce.
Ô Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
signe glorieux de notre Rédemption, apprenez-nous à aimer Jésus-Christ crucifié.
Lorsque nous sommes heureux, rappelez-nous les bienfaits de Dieu.
Lorsque nous sommes éprouvés, apprenez-nous à regarder le Calvaire.
Lorsque nous sommes tentés, donnez-nous la force de nous réfugier auprès de Jésus.
Lorsque nous avons péché, conduisez-nous avec repentir au pied de la Croix et au tribunal de Sa miséricorde.
Seigneur Jésus, Vous qui avez donné Votre vie pour notre salut, donnez-nous la grâce de ne jamais oublier le prix de notre Rédemption.
Faites que nous aimions Votre Croix, que nous acceptions chrétiennement les croix de chaque jour et que nous les offrions avec confiance en union avec Votre Passion.
Délivrez-nous du péché, préservez-nous du découragement et donnez-nous la persévérance finale.
Jésus crucifié, ayez pitié de nous.
Sainte Croix de Jésus-Christ, soyez notre espérance.
Ainsi soit-il.
Aujourd'hui, prenons quelques instants devant un crucifix.
Regardons silencieusement Jésus.
Puis faisons lentement le signe de la Croix.
Et disons :
« Seigneur Jésus, je veux Vous aimer davantage et porter pour Vous les petites croix de cette journée. »
Une difficulté peut alors devenir un acte d'offrande.
Une contrariété peut devenir une occasion de patience.
Une souffrance peut devenir une prière.
En voyant une croix, pensez au sacrifice du Calvaire et aux obligations qu'il vous impose. Si Jésus-Christ s'est livré pour vous, ne devez-vous pas vous donner tout à Lui ? S'il n'exige pas de vous sang pour sang, ne demande-t-il pas amour pour amour ?
Cette réflexion résume admirablement l'esprit de la fête.
Le chrétien regarde la Croix et comprend qu'il ne peut demeurer indifférent.
Nous avons été rachetés à un grand prix.
Notre réponse doit donc être généreuse.
✝️ Jésus s'est donné tout entier pour nous : donnons-nous tout entiers à Lui.
L'Exaltation de la Sainte Croix nous enseigne :
✝️ À contempler avec foi le sacrifice de Jésus-Christ.
❤️ À mesurer l'immensité de l'amour du Sauveur.
🕯️ À porter chrétiennement les croix de chaque jour.
🙏 À transformer nos souffrances en offrandes.
🌿 À fuir le péché qui nous sépare de Dieu.
🛡️ À faire du signe de la Croix une profession de foi vivante.
🌅 À garder l'espérance de la Résurrection et de la vie éternelle.
Votre soutien contribue à faire vivre et à développer cette œuvre de diffusion de la foi catholique, de la doctrine chrétienne et de la spiritualité traditionnelle.
Sainte Croix de Jésus-Christ, notre unique espérance, conduisez-nous vers Notre-Seigneur et obtenez-nous la grâce de Lui rester fidèles jusqu'à notre dernier souffle.