« Il y a bientôt soixante ans que tu sers le Christ, peux-tu craindre la mort ? »
La vie de saint Hilarion est un témoignage de ferveur, de vigilance spirituelle et d'humilité. Retiré dans la solitude pour chercher Dieu, il connut les combats de la tentation, apprit à se relever de ses négligences et demeura attaché au Christ jusqu'à sa dernière heure.
Saint Hilarion naquit en Égypte, de parents riches et païens.
À quinze ans, éclairé des beautés de la foi chrétienne, il reçut le Baptême et, tout épris du désir de la perfection, courut au désert pour voir Antoine, dont le nom était déjà célèbre.
À la vue du patriarche du désert, il s'écria :
« Et moi aussi, Dieu me veut ermite ! »
Il vendit peu après le patrimoine de ses parents, qui venaient de mourir, et s'enfonça dans la solitude.
Le démon, furieux de voir un enfant égaler en ferveur les plus anciens anachorètes, lui déclara une guerre acharnée ; il employa tous les moyens : la crainte, les coups, la séduction, les tableaux impurs, les apparitions d'animaux ; l'ermite triompha de tout en multipliant ses austérités.
Un jour pourtant, Hilarion, chantant des psaumes, était distrait et ne priait que de bouche ; le démon, fier de cette légère faiblesse du Saint, lui sauta sur le dos et se moqua de lui.
Le solitaire s'humilia, pleura sa faute et profita de cette négligence pour redoubler d'ardeur au service du Seigneur.
Cet homme, qui avait tant à souffrir du démon, reçut de Dieu le pouvoir de se venger de lui ; on amenait de toutes parts des possédés à Hilarion, qui les délivrait des malins esprits.
Cependant, les foules accourant vers lui, attirées par sa réputation de sainteté, le Saint regretta sa solitude primitive :
« Je reçois ma récompense ici-bas ; il faut aller me cacher pour prier et souffrir, si je veux me rendre digne de la miséricorde de Dieu. »
Quand il voulut partir, plus de dix mille personnes l'arrêtèrent par leurs larmes et leurs gémissements.
Il réussit pourtant à s'échapper, mais le désert fleurissait sous ses pas, l'enthousiasme des foules le suivait partout.
Saint Hilarion nous apparaît ainsi comme un homme qui ne recherchait pas la renommée. Il souhaitait avant tout demeurer recueilli devant Dieu, tout en acceptant de servir ceux qui venaient solliciter son aide.
Le Seigneur, prenant pitié de ses larmes, l'avertit de sa mort prochaine.
Hilarion s'étendit sur une natte :
« Sors, mon âme, dit-il, sors de ton corps, brise les derniers liens. Pourquoi tarder encore ? Il y a bientôt soixante ans que tu sers le Christ, peux-tu craindre la mort ? »
Et il rendit l'esprit.
Digne émule du grand saint Antoine, il a mérité le titre de Patriarche des solitaires de la Palestine.
« En vain le démon cherche-t-il à effrayer le juste qui va mourir. L'Esprit-Saint l'a dit : “La mort sera douce à celui qui craint Dieu”. Soyez toujours chrétien fidèle, en vue de ce moment redoutable, pour lequel la foi seule a des secrets, et les bonnes œuvres des consolations. »
Cette réflexion nous invite à préparer notre dernière heure par une vie chrétienne fidèle. Pour celui qui s'efforce de vivre dans l'amitié de Dieu, la pensée de la mort n'est pas seulement une crainte : elle peut aussi devenir un appel à l'espérance, à la conversion et à la persévérance.
La confiance chrétienne ne repose pas sur la présomption, mais sur la miséricorde divine, la grâce de Dieu et la fidélité à Jésus-Christ.
Le récit de saint Hilarion rappelle qu'une prière commencée de manière fervente peut devenir distraite et mécanique.
La distraction involontaire n'est pas en elle-même une faute. Mais lorsqu'on remarque que le cœur s'éloigne, on peut humblement revenir à Dieu, reprendre son attention et renouveler son intention.
Imitons saint Hilarion : au lieu de nous décourager après une négligence, reconnaissons-la avec simplicité et reprenons notre chemin avec plus de ferveur.
Saint Hilarion ne répondit pas à sa faute par l'orgueil ou le désespoir. Il s'humilia et redoubla d'ardeur dans le service du Seigneur.
La vie spirituelle demande cette capacité à nous relever. Nous devons reconnaître nos péchés, recourir au sacrement de Pénitence lorsque cela est nécessaire, puis reprendre résolument le chemin du bien.
L'humilité ne consiste pas à se mépriser, mais à se connaître en vérité et à compter sur la grâce de Dieu.
La solitude de saint Hilarion était un moyen de rechercher Dieu, non une manière de se croire supérieur aux autres.
Nous ne sommes pas tous appelés à vivre au désert. Cependant, chacun peut ménager des instants de silence, limiter les distractions inutiles et réserver à la prière une place réelle dans sa journée.
Il importe aussi de rester disponible aux devoirs de notre état et aux besoins de notre prochain. Le détachement chrétien nous rend plus libres pour aimer Dieu et servir les autres.
Prenons quelques instants pour nous examiner devant Dieu :
Est-ce que je persévère dans la prière lorsque je suis distrait ou découragé ?
Quand je tombe dans une faute ou une négligence, est-ce que je me relève humblement, ou est-ce que je me laisse aller au découragement ?
Est-ce que je cherche parfois l'approbation des hommes au détriment du recueillement et de la fidélité ?
Est-ce que je prépare mon âme à rencontrer Dieu par la prière, les sacrements et les œuvres de charité ?
Demandons à saint Hilarion la grâce d'une âme vigilante, humble et persévérante.
Aujourd'hui, réservons quelques minutes à une prière recueillie, en éloignant autant que possible les distractions.
Si nous remarquons notre esprit vagabonder, revenons paisiblement à la présence de Dieu, sans impatience ni découragement.
Offrons cette fidélité cachée à Notre-Seigneur :
« Jésus, apprenez-moi à revenir à Vous chaque fois que mon cœur se disperse, et à persévérer humblement dans Votre service. »
Saint Hilarion, ermite et fidèle serviteur de Jésus-Christ,
vous qui avez quitté les biens du monde pour rechercher Dieu dans la solitude, obtenez-nous la grâce d'un cœur détaché et disponible à la volonté divine.
Vous qui avez combattu les tentations par la prière et la pénitence, apprenez-nous à demeurer vigilants sans présomption et à demander humblement le secours de Dieu.
Vous qui avez su reconnaître une négligence et reprendre votre chemin avec plus de ferveur, obtenez-nous l'humilité de reconnaître nos fautes et le courage de nous convertir.
Délivrez-nous du découragement, de l'orgueil et de la recherche désordonnée des louanges humaines.
Apprenez-nous à unir le recueillement à la charité et à servir fidèlement les âmes que la Providence place sur notre route.
À l'heure de notre mort, obtenez-nous une foi ferme, une espérance confiante et la grâce de demeurer unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Saint Hilarion, ermite, priez pour nous.
Ainsi soit-il
Saint Hilarion nous rappelle que la sainteté se poursuit dans les combats cachés du cœur : revenir à la prière, se relever après une faiblesse, fuir la vanité et persévérer jusqu'à la fin.
Que son intercession nous obtienne un esprit de pénitence, une confiance filiale en la miséricorde de Dieu et la grâce de nous préparer chaque jour à paraître devant Lui avec une âme fidèle.
✠ Saint Hilarion, priez pour nous.
✠ Seigneur, donnez-nous la grâce de persévérer jusqu'à la fin.
Veni Creator — Pour la défense de la Foi catholique, la prière et la sanctification des âmes.