« Seigneur Jésus, recevez mon esprit. »
— Actes des Apôtres 7, 59
Le 3 août, l'Église célèbre l'Invention de Saint Étienne, c'est-à-dire la découverte miraculeuse de ses saintes reliques au début du Ve siècle.
Cette fête, profondément enracinée dans la Tradition, ne commémore pas le martyre du premier témoin du Christ — célébré le 26 décembre — mais la manifestation providentielle de son tombeau, dont la découverte fut accompagnée d'innombrables miracles et d'un puissant renouveau de la foi.
Les pages qui suivent sont extraites de L'Année liturgique de Dom Prosper Guéranger, dont la méditation met en lumière la portée spirituelle et historique de cet événement.
Sollicité par l'approche du triomphe de Saint Laurent, Étienne se lève pour assister à ses combats ; rencontre toute de grâce et de force, où l'éternelle Sagesse se révèle dans la disposition du Cycle sacré.
Mais la fête présente nous réserve aussi d'autres enseignements.
La première résurrection, dont nous parlions naguère, se poursuit pour les saints.
À la suite de Nazaire et de Celse, après tous les martyrs que la victoire du Christ a montrés, selon la divine promesse, participants de Sa gloire, le porte-enseigne de la blanche armée sort lui-même glorieux du tombeau pour la conduire à de nouveaux triomphes.
Les farouches auxiliaires de la colère du Tout-Puissant contre Rome idolâtre, après avoir réduit en poudre les faux dieux, doivent être domptés à leur tour ; et cette seconde victoire sera l'œuvre des martyrs assistant l'Église de leurs miracles, comme la première fut celle de leur foi méprisant la mort et les tourments.
La manière reçue en nos jours d'écrire l'histoire ignore cet ordre de considérations.
Ce ne peut être une raison pour nous de sacrifier à cette idole.
L'exactitude dont se targue la science moderne n'est trop souvent qu'une omission des causes surnaturelles qui expliquent pourtant les grands événements de l'histoire chrétienne.
Or, autant le silence est profond aujourd'hui sur ce point, autant il demeure certain que les années qui virent les peuples barbares s'établir dans l'Empire romain furent marquées par une effusion extraordinaire de la puissance divine.
Cette abondance de miracles rappelle, sous plusieurs aspects, celle qui accompagna la prédication des Apôtres.
Il fallait, d'une part, soutenir la foi des chrétiens au milieu des bouleversements du monde, et, d'autre part, imposer le respect de l'Église aux peuples envahisseurs, qui ne connaissaient d'autre loi que celle de la force.
L'intention providentielle qui multiplia les découvertes des reliques des saints autour de la chute de Rome apparaît avec un éclat particulier dans celle de Saint Étienne.
Nous sommes en 415.
L'Italie, les Gaules et l'Espagne sont ravagées.
L'Afrique elle-même est désormais menacée.
Au milieu de cette immense détresse, les fidèles multiplient les prières.
Selon la belle expression du prêtre espagnol Avitus, ils supplient le Seigneur :
« Qu'Il donne de la mansuétude à ceux qu'Il laisse prévaloir. »
C'est alors qu'intervient l'un des événements les plus remarquables du Ve siècle.
L'évêque Jean de Jérusalem reçoit, par l'intermédiaire du prêtre Lucien, une révélation céleste.
Le premier martyr lui adresse ces paroles :
« Ouvre en hâte notre tombe, afin que, par nous, Dieu ouvre au monde la porte de Sa miséricorde et qu'Il prenne Son peuple en pitié dans la tribulation qui est partout. »
Cette révélation entraîne la découverte du tombeau de Saint Étienne et de ceux qui reposaient auprès de lui.
L'événement est immédiatement reconnu comme un signe de la Providence.
La découverte des reliques s'accomplit au milieu de prodiges extraordinaires.
La poussière même du corps du premier martyr est portée dans de nombreuses régions de la chrétienté.
Partout où elle est accueillie avec foi, elle devient une source de grâces.
Les conversions se multiplient.
Les guérisons miraculeuses abondent.
Les prodiges rappellent ceux qui avaient accompagné la prédication apostolique.
La manifestation de la puissance divine fut si éclatante que les résurrections elles-mêmes se multiplièrent autour des reliques du Protomartyr.
Les guérisons et les conversions furent innombrables.
Les contemporains y voyaient un renouvellement des merveilles qui avaient accompagné les premiers temps de l'Église.
Parmi les témoins les plus illustres figure Saint Augustin.
Dans plusieurs de ses sermons adressés au peuple chrétien, il rapporte ces prodiges avec une grande prudence théologique.
Tout en admirant les miracles opérés par l'intercession de Saint Étienne, il rappelle constamment que toute la gloire revient au Christ.
Il déclare :
« Mort, il rend les morts vivants, parce qu'en effet il n'est pas vraiment mort. »
Mais il ajoute aussitôt :
« Comme autrefois durant sa vie mortelle, c'est uniquement par le Nom du Christ qu'il agit maintenant. Tout ce que vous voyez se faire ainsi par la mémoire d'Étienne se fait en ce seul Nom, afin que le Christ soit exalté, que le Christ soit adoré et attendu comme Juge des vivants et des morts. »
Ainsi, les miracles accomplis auprès des reliques des saints ne détournent jamais les fidèles de Dieu.
Ils conduisent toujours davantage à Jésus-Christ, unique source de toute grâce.
Quelques années plus tard, Basile de Séleucie adressait au Protomartyr une magnifique louange qui résume admirablement l'importance de cette fête.
Il écrivait :
« Il n'est pas de lieu, de territoire, de nation, de lointaine frontière qui n'ait obtenu le secours de vos bienfaits. Il n'est personne, étranger, citoyen, Barbare ou Scythe, qui n'éprouve, par votre intercession, le sentiment des réalités supérieures. »
La renommée de Saint Étienne s'étendait désormais jusqu'aux extrémités du monde chrétien.
Les peuples les plus éloignés invoquaient son intercession avec confiance.
Dom Guéranger contemple ensuite cette découverte comme un précieux complément du récit inspiré des Actes des Apôtres.
Les Saintes Écritures rapportent simplement :
« Des hommes craignant Dieu ensevelirent Étienne et firent sur lui un grand deuil. »
(Actes 8, 2)
La Tradition nous permet désormais de connaître l'identité de ces hommes.
Selon les antiques récits transmis par l'Église, celui qui procura au Protomartyr une sépulture honorable fut Gamaliel, le célèbre docteur de la Loi auprès duquel avait étudié Saint Paul.
Lui-même, touché par la grâce du Christ, était devenu secrètement disciple de Jésus.
Comme Joseph d'Arimathie avait offert son tombeau neuf au Sauveur après la Crucifixion, Gamaliel offrit le sien au premier martyr de l'Église.
Ainsi, celui qui avait été le maître de Saul de Tarse honorait celui dont le témoignage avait préparé la conversion future de son plus brillant disciple.
La Tradition rapporte également que Nicodème, celui qui était venu trouver Jésus durant la nuit et qui avait participé à Sa sépulture, fut lui aussi persécuté par les autorités juives.
Chassé de Jérusalem, il trouva refuge auprès du tombeau de Saint Étienne.
Il y demeura jusqu'à sa mort.
Ainsi, les premiers disciples du Christ furent réunis dans l'espérance de la Résurrection autour de celui qui avait versé le premier son sang pour l'Évangile.
Dom Guéranger s'arrête avec émotion sur la figure de Gamaliel.
Parmi les docteurs d'Israël, il occupait une place éminente.
Son autorité demeura longtemps reconnue au sein du peuple juif.
Mais sa plus grande gloire ne fut pas son immense savoir.
Elle fut d'avoir reconnu en Jésus le Messie annoncé par les Prophètes.
Son fils Abibas, encore très jeune, reçut lui aussi le Baptême.
Peu après, il quitta cette vie dans l'innocence.
Gamaliel voulut alors être enseveli auprès de son enfant.
Dom Guéranger écrit avec une profonde délicatesse :
« On ne vit plus dans le père et l'enfant que deux frères jumeaux engendrés ensemble à la seule vraie lumière. »
Quelle admirable image de la grâce baptismale !
Devant Dieu, les distinctions de l'âge, de la naissance et des honneurs s'effacent devant la dignité des enfants de Dieu.
La Providence avait entouré Saint Étienne d'honneurs jusque dans son dernier repos.
Dom Guéranger contemple avec admiration la sollicitude dont le Seigneur voulut entourer le premier martyr de l'Église.
Le noble Gamaliel lui offrit son propre tombeau.
Plus tard, lorsque vint le temps voulu de manifester cette sépulture au monde chrétien, Dieu confirma cette révélation par des signes éclatants.
L'ouverture du tombeau fut accompagnée de phénomènes extraordinaires.
Les témoins rapportèrent que la terre trembla.
Une lumière céleste sembla envahir les lieux.
Beaucoup crurent que le Ciel s'était ouvert au-dessus d'eux.
La sécheresse qui désolait la région prit fin.
Les peuples retrouvèrent l'espérance.
Au milieu des ruines de l'Empire romain, cette manifestation de la puissance divine rappelait que l'Église demeurait le véritable fondement de la civilisation chrétienne.
Dom Guéranger contemple ensuite l'œuvre providentielle de Dieu dans la translation des reliques de Saint Étienne vers l'Occident.
Il voit dans cette diffusion des reliques un signe de la sollicitude du Seigneur envers les peuples chrétiens.
Le premier martyr continue son combat.
Non plus par le sang versé, mais par son intercession.
Son témoignage demeure vivant.
Son courage soutient les fidèles.
Ses miracles affermissent leur foi.
L'auteur termine par cette prière ardente :
« Aujourd'hui que notre Occident vous possède, que Gamaliel cède à Laurent ses droits d'hospitalité, levez-vous encore, ô Étienne ; et, de concert avec le grand diacre romain, délivrez-nous des Barbares nouveaux, en faisant qu'ils se convertissent ou disparaissent de la terre donnée par Dieu à son Christ. »
Cette invocation reflète les circonstances historiques dans lesquelles écrivait Dom Guéranger et exprime la confiance de l'Église dans la protection des saints.
La fête de l'Invention de Saint Étienne nous rappelle que Dieu glorifie toujours ceux qui Lui demeurent fidèles.
Le témoignage des martyrs ne s'achève pas avec leur mort.
Par leur intercession, ils continuent de fortifier l'Église, de soutenir les fidèles et de conduire les âmes vers Jésus-Christ.
Les reliques des saints ne sont pas de simples souvenirs du passé.
Elles manifestent la communion des saints et l'espérance de la résurrection.
Comme l'enseignait Saint Augustin, tous les miracles accomplis auprès des reliques de Saint Étienne conduisent uniquement à glorifier le Christ.
C'est Lui seul qui agit.
C'est Lui seul qui sauve.
C'est vers Lui que les saints conduisent inlassablement les fidèles.
« Soyez fidèles jusqu'à la mort, et Je vous donnerai la couronne de vie. »
(Apocalypse 2, 10)
Ô glorieux Saint Étienne,
premier martyr de la Nouvelle Alliance,
vous qui avez confessé Jésus-Christ jusqu'à l'effusion de votre sang,
obtenez-nous une foi ferme,
une espérance invincible
et une charité capable de pardonner à nos ennemis.
Vous qui avez vu les Cieux ouverts
et le Fils de l'Homme debout à la droite du Père,
faites que nos regards demeurent toujours tournés vers les biens éternels.
Intercédez pour l'Église,
pour les prêtres,
pour les familles chrétiennes
et pour tous ceux qui souffrent à cause de leur fidélité au Christ.
Qu'à votre exemple,
nous persévérions courageusement dans la vérité,
jusqu'à recevoir la couronne promise aux serviteurs fidèles.
Ainsi soit-il.
Source principale : Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, fête de l'Invention de Saint Étienne, Protomartyr.